Sciences humaines & sociales

  • Longtemps, la critique d'art fut considérée, dans l'oeuvre de baudelaire, comme d'importance secondaire.
    Aux éblouissements de l'inspiration poétique, ne pouvait-on pas opposer la nature essentiellement alimentaire d'un labeur que le poète, sa correspondance faisant foi, définissait comme " avant tout un remplissage de colonnes " ?
    Or, dans ces écrits sur la peinture et la musique, se déploie, en réalité, une pensée esthétique autonome, émergent une réflexion propre et un goût singulier. avec les " salons " notamment s'élabore chez baudelaire le rapport spécifique qu'entretiennent perception, souvenir et expérience esthétique.
    C'est ici que naissent ces correspondances sans lesquelles il n'est, pour baudelaire, de poésie possible. c'est ici que s'impose la nécessité de dire une même expérience esthétique - allégorique ou concrète, d'image ou de sens. seule la lecture des écrits du critique conduit à l'intelligence de l'oeuvre du poète. esthétique et poétique se rejoignent pour célébrer le culte baudelairien des images.

  • Dans sa promenade philosophique à travers l'art contemporain, Baudelaire compose une apothéose poétique de Delacroix. Il évoque aussi des oeuvres qui ne figuraient pas au Palais de l'Industrie, les pastels du pré-impressionniste Boudin, les eaux-fortes de Meryon et les géniaux dessins au lavis de Victor Hugo. Son compte rendu est une défense et illustration de l'imagination dans un siècle dont il accuse l'industrialisation comme origine de l'appauvrissement du génie français. La présente édition est une réimpression du texte original tel qu'il avait paru dans la Revue française. Le commentaire détaillé contient des citations abondantes des confrères de Baudelaire - Gautier, Dumas, Du Camp, Castagnary, Delécluze - qui permettent de se faire une idée concrète de la réception de l'art français au milieu du siècle dernier.

  • Dans cette nouvelle édition, Pierre Laforgue démontre comment Baudelaire s'est interrogé sur l'évolution du romantisme. La Fanfarlo est le reflet d'un monde d'illusions, de comédie où l'amour se multiplie dans des miroirs vertigineux et déformants. Dépendante des plus trompeurs artifices, la passion tente de luter contre le réel tout comme Samuel Cramer, "l'homme des belles oeuvres ratées" , engage sa vie dans un idéal sans se donner pour autant de distance critique. Le narrateur s'en chargera pour lui avec une réussite des plus stimulante.

  • Cet article des Curiosités Esthétiques (1855) intitulé De l'essence du rire et généralement du comique dans les arts plastiques fut initialement écrit par Baudelaire en guise d'introduction à son étude consacrée à la caricature. Il n'en écrira finalement que deux chapitres, intitulés : Quelques caricaturistes et Quelques caricaturistes étrangers.

    Pour Baudelaire, le rire est sans aucun doute mauvais, satanique. Il est le signe du péché originel. Le Sage ne rit qu'en tremblant, rappelle-t-il, adaptant une maxime attribuée à Bossuet.
    Voici un cours magistral et très pédagogique où Baudelaire, on le reconnaît bien là, fait une brillante démonstration de toute la cruauté du rire : le rire est causé par la vue du malheur d'autrui ou le rire est au fond satanique, il est donc profondément humain.
    Il n'est pas question pour lui du comique ordinaire, ou significatif, comme il le nomme, pas de celui de la traditionnelle satire sociale, déclenché à la vue d'une caricature et la monarchie de Juillet, temps de la jeunesse de Baudelaire, fut la grande époque de la caricature, avec Gavarni ou Daumier. La caricature est selon lui toujours un peu complaisante, elle flatte le spectateur, en fait un compère ; c'est le comique des contes de Voltaire, typique de l'esprit français que Baudelaire n'aime pas, celui des comédies de Molière, qui suscitent des réserves chez Baudelaire ; et c'est même celui de Rabelais, chez qui le rire est utile, sert à faire la leçon et a la transparence d'un apologue.
    Non, il s'agit du rire en ce qu'il est l'une des manifestations humaines les plus émouvantes, les plus mystérieuses, les plus intelligentes aussi, ce que Baudelaire appelle, dans ce traité De l'essence du rire, le comique absolu.

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