Kime

  • Le réel de la poésie

    Corinne Bayle

    • Kime
    • 17 Mai 2019

    Le « réel de la poésie » : la proposition interroge le réalisme forcené de notre époque, sa prétention particulière de définir la réalité en supposant que la poésie n'y joue aucun rôle, dissociée des « choses telles qu'elles sont », en un mot, étrangère à la vie réelle.
    Que peut la poésie ? Depuis le Romantisme, elle s'interroge sur elle-même et sur sa valeur dans un monde qui n'a rien à faire d'elle ; le poète poursuit son questionnement des mots en attente de soulèvement du réel. Il refuse compromission ou capitulation. Il rêve d'une parole poétique performative, d'une poésie « en avant ».
    Qu'est-ce que l'effectivité de la poésie ? Comment s'articule-t-elle à ce qui est apparemment tout à fait en dehors de son langage? Que répond-elle au réalisme qui prescrit, veut définir ou désire prescrire ce qu'est le réel en dehors du langage ?

  • Ce volume collectif s'attache à la relation entre poésie et peinture, du romantisme au contemporain, autour de deux axes : « La critique d'art » et « Le poème d'art ». Dans un premier temps, les contributions cernent la réinvention de la critique d'art par les poètes. À travers des exemples majeurs des XIXe et XIXe siècles, il s'agit de sonder les caractéristiques de cette prose d'idées esthétiques, qui articule réception et réflexion, mais aussi observation et imagination, valorisant la prose poétique, en des ekphraseis singulières, qui interrogent en miroir la poésie dans ses virtualités plastiques. Le va-et-vient entre prose et poésie nourrit une critique d'art dont la portée créatrice aboutit à la collaboration du poète et du peintre, phénomène essentiel jusqu'à nos jours qui prend toutes formes de dialogues, recherches typographiques, collages ou livres à figures. Ces compagnonnages entre les expériences créatrices contribuent, par réfraction, à singulariser la critique d'art des poètes par rapport à la critique d'art spécialisée. Dans un second temps, les textes réunis ici se proposent d'évaluer le retour de ces pratiques dans la poésie, afin d'établir les enjeux et les modalités du poème d'art, un poème inspiré par le(s) tableau(x), englobant la rêverie esthétique, un genre à part, hybride et vagabond, une forme de poème critique où l'iconique entre en résonance avec la réflexivité de la poésie elle-même. L'idée même de poème trouve alors à se renouveler, loin des clivages traditionnels, à la faveur d'un déplacement du paradigme musical vers le paradigme pictural, jusqu'à émaner parfois de poètes-peintres ou de peintres-poètes.

  • Le poème, le juste

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    • Kime
    • 21 Janvier 2022

    Le poème, le juste : comment la poésie a-t-elle à voir avec la justesse et la justice ?
    « Rendre justice » suppose connaître la justesse de ce que l'on fait et dit. L'application mécanique du droit n'est pas la justice. N'est-ce pas une leçon de poésie qui se dit ici ? Si la justice passe d'elle-même, c'est par la vertu de l'agencement même du poème, dans l'équilibre de ses éléments et traits, condition sine qua non pour qu'elle soit ce qu'elle doit être.
    La « justice poétique » évoque une justice rendue sans l'intervention d'une tierce partie cherchant expressément à récompenser ou punir. Quelque chose comme une autorité simple se manifestant par le poème. La justesse trouverait-elle ainsi son efficacité propre, en poésie - et parfois, dans le monde ?
    Le fait que la justice réelle soit plus rarement présente dans le monde que la justesse dans la poésie ne constitue pas un constat d'impuissance quant à la poésie : au contraire, la pointe extrême, sociale, de ce que dit la proximité entre justice et justesse, entre politique et langage pourrait être le lieu même de la poésie.
    À travers des cas exemplaires, cet ouvrage invite à réfléchir sur la justice et la justesse de la poésie, en ouvrant les points de vue thématiques, génériques, métriques, l'histoire des théories poétiques, confrontant la littérature et les sciences humaines, afin de tenter de comprendre pour quelle raison la poésie, la justesse et le désir de justice sont si intrinsèquement liés.

  • Il s'agit ici de mettre en lumière filiations et croisements entre les oeuvres et les artistes fascinés par un motif de pure abstraction, l'arabesque. Symbole du travail esthétique, faisant jouer l'imagination comme la réflexion la plus haute de l'esprit humain à partir du moment du Romantisme où la peinture lègue le motif de l'arabesque à la poésie en dépassant le décoratif vers une signification essentielle, exhibant la gratuité, la liberté, la fantaisie et la supériorité de l'art sur la nature.
    L'arabesque unit les contraires, la courbe et la ligne, donne apparence à l'impossible, se fait chimère et allégorie, hiéroglyphe à déchiffrer. Exaltant le bizarre et le fantasque, elle souligne et transcende le hiatus entre le fini du réel et l'infini de l'idéal, visant une harmonie, une pure combinaison de signes rêvée comme art total. De façon réversible, elle symbolise l'écriture dans son pouvoir de création incessante, et la lecture elle-même, dans ses jeux sémantiques démultipliés : lecture du texte, du tableau, de la partition, du monde et de l'être.
    Le volume analyse l'évolution du motif de l'arabesque dans le passage du Romantisme à la Modernité en soulignant la manière dont les artistes se nourrissent d'oeuvres et d'images antérieures qu'ils transfigurent en déplaçant signes et matériaux, infléchissant l'arabesque initialement décorative vers une figure synthétique unissant les formes les plus pures de la nature et les formes les plus complexes de l'esprit humain. On redécouvre le motif chez des poètes ou des artistes tels Berlioz, Hugo, Musset, Nerval, Moreau, De Quincey, Poe, Van Gogh, Eisenstein, Michaux, Fourcade. D'autre part, sont mises en relation des oeuvres et des esthétiques apparemment éloignées, par des croisements originaux, tel les effets de la lecture de Schlegel, tel Valéry et le modèle mathématique de Mandelbrot ou les recherches botaniques de Goethe et le Land art d'un Robert Smithson retrouvant la mystique arabe, de sorte que l'ouvrage apporte une synthèse et fait le point sur l'Arabesque du XIXe au XXIe siècle. Il ouvre ainsi des perspectives de réflexion pour la littérature, la musique, la peinture, le cinéma ou la danse, et souhaite donner l'impulsion à d'autres recherches dans ces domaines, en une perspective comparatiste entre les arts qui nous semble être l'avenir le plus créatif des sciences humaines.

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