Christian Bourgois

  • 2666

    Roberto Bolano

    2666 est le dernier roman écrit par roberto bolano.
    Il a été publié de manière posthume en 2004 et aussitôt salué par la critique internationale. de l'europe en ruines jusqu'au désert du sonora à la frontière du mexique et du texas, hanté par les meurtres non résolus de centaines de femmes, 2666 offre un parcours abyssal à travers une culture et une civilisation en déroute. l'entreprise de bolano est ambitieuse. embrassant tous les genres, du vaudeville au récit de guerre, en passant par le policier, le fantastique et le comique, 2666 étreint la littérature et incarne ce qu'elle a de plus essentiel : relever le défi de dire l'horreur, la mort, l'absence de sens, mais aussi l'amour.
    "qu'est-ce qui fait une écriture de qualitéoe savoir s'immerger dans la noirceur, savoir sauter dans le vide et comprendre que la littérature constitue un appel fondamentalement dangereux. " (roberto bolano, discours d'acceptation du prix romulo gallegos, 1999)

  • Plusieurs récits traversent à des vitesses et à des profondeurs différentes ce
    roman constitué par le journal d'Udo Berger. Leur enchevêtrement de ces récits
    fait de ce roman un objet inquiétant, à la puissance sombre duquel il est
    difficile d'échapper. Le premier récit suit la transformation d'Udo, ce jeune
    Allemand champion de jeux de guerre, venu passer quelques jours sur la côte
    méditerranéenne espagnole avec son amie, Ingeborg. Sa passion des jeux est
    telle que, plutôt que d'aller à la plage, il préfère passer son temps à mettre
    au point la stratégie qui le fera gagner au Troisième Reich, une reconstitution
    de la Deuxième Guerre Mondiale qu'il aborde d'un point de vue purement
    intellectuel, sans signification historique. Il finit par trouver un adversaire
    pour une partie de ce jeu en la personne du Brûlé. Cet individu, qui au départ
    ignore tout de ce jeu, vit sur la plage, dans une forteresse de pédalos, et
    doit son surnom aux séquelles des tortures qui lui ont été infligées sans doute
    dans un pays d'Amérique latine. Contre toute attente, le champion est battu et,
    de retour en Allemagne, cette défaite l'éloigne peu à peu des jeux et du monde
    des joueurs. En même temps qu'Udo entame sa difficile évolution, nous faisons
    connaissance d'un autre couple de jeunes Allemands, Hanna et Charly, eux aussi
    en vacances. Ce couple entretient des rapports difficiles, voire violents, dont
    Udo ne connaît pas les raisons. Le petit groupe rencontre deux Espagnols, assez
    louches, qui vont souvent réapparaître aux côtés des jeunes Allemands. Un crime
    - un viol- a peut-être été commis. Ces deux hommes sembleraient y être mêlés de
    près ou de loin. Rien n'est clairement explicité. Mais que ce crime ait eu lieu
    ou non, il plane au-dessus des personnages comme une sorte de malédiction liée
    aux mensonges et à l'indifférence de ceux qui savent. Alors que la relation
    entre Hanna et Charly prend un tour plus apaisé, ce dernier saisit sa planche à
    voile et disparaît en mer. Hanna rentre alors en Allemagne. Ingeborg repart
    elle aussi. Seul Udo refuse de quitter les lieux, sous prétexte d'attendre la
    découverte du cadavre de Charly. C'est à ce moment-là qu'il se met à jouer avec
    le Brûlé. Finalement, dans l'hôtel où il a séjourné avec ses parents, Udo
    retrouve Frau Else, la propriétaire dont il était amoureux quand il était
    adolescent. Il la poursuit de ses assiduités. Elle n'y est pas complètement
    insensible. Udo croit comprendre que le mari de celle-ci, pourtant gravement
    malade, aide le Brûlé dans le combat qu'il livre au Troisième Reich, comme une
    manière de se venger de lui. Malgré l'été et le soleil, c'est une atmosphère
    sombre qui imprègne l'ensemble du roman. Alternant des passages d'une grande
    précision technique quant aux développements de la guerre et d'autres plus
    contemplatifs, dont on ne sait s'ils sont le produit de la réalité ou le reflet
    d'hallucinations d'Ugo, Roberto Bolaño offre un roman crépusculaire ou il
    questionne de nouveau l'Histoire et le Mal. Roberto Bolaño est né à Santiago du
    Chili en 1953. Après avoir vécu au Mexique, il retourne dans son pays d'origine
    au moment du coup d'État de Pinochet. Il y sera brièvement incarcéré. Revenu au
    Mexique, il fonde « l'infraréalisme », groupe littéraire d'avant-garde,
    héritier de Dada et de la Beat Generation, entre autres. Il est arrivé comme
    une bombe sur la scène littéraire espagnole avec, d'abord, La littérature nazie
    en Amérique, puis Les détectives sauvages. Il a reçu le Prix Herralde en 1998,
    le Prix Romulo Gallegos, le plus prestigieux d'Amérique latine, en 1999.
    Héritier hétérodoxe de Borges, de Cortázar, de Artl, d'Onetti, à la fois poète
    et romancier, il saisit à bras le corps la littérature et l'histoire de sa
    génération, et est passé maître du brassage des registres, situations et
    personnages. Roberto Bolaño est mort en juillet 2003 à Barcelone à l'âge de 50
    ans. Dans ce roman crépusculaire, on retrouve quelques-uns des thèmes chers à
    l'auteur, ses préoccupations éthiques, repris plus tard, remaniés, amplifiés,
    bouleversés, dans la Littérature nazie en Amérique, Étoile distante, Nocturne
    du Chili et 2666. Sur 2666 : « 2666 n'est pas un roman mais un bréviaire pour
    les temps présents, un immense manuel de deuil et de mélancolie. [...] Chant
    d'adieu, de tristesse et de colère où viennent saluer quelques-unes de ces
    émotions dont on peine à se déprendre: l'art, l'errance, l'histoire, l'amitié,
    les utopies. On y lit une esthétique de l'indécision qui ne ressemble à rien de
    connu, si ce n'est les variations morbides chères à David Lynch. C'est un livre
    moderne, indifférent à la modernité. Inoubliable. » (Olivier Mony, Le Figaro
    Magazine) Sur Le Secret du mal : « Le secret du mal est un recueil de nouvelles
    de l'outre-monde. Des textes posthumes de l'immense écrivain chilien Roberto
    Bolaño, qui a su saisir à bras-le-corps la littérature et l'histoire de toute
    une génération. L'auteur nous réjouit parce qu'il joue en permanence du fossé
    entre le ciel supposé des poètes et la réalité terrestre, encombrée d'un grand
    nombre de catastrophes, sans jamais céder à ce fameux réalisme magique qui a
    fini par empoisonner le roman sud-américain. Bolaño, qui ne croyait ni aux
    littérateurs ni à la littérature, a accouché d'une oeuvre pyramidale  sur
    laquelle, à la fois grand prêtre et victime, il s'est éviscéré. Ce que l'on
    souhaiterait, c'est que la découverte de nouveaux écrits de Bolaño continue. »
    (Joseph Macé-Scaron, Marianne) Sur Conseils d'un disciple de Morrison à un
    fanatique de Joyce : « Roman de la circulation, des échanges incessants, les
    Conseils... constituent autant d'aboutissements que de pistes, de plaisirs que
    de frustrations. » (Hugo Pradelle, La Quinzaine littéraire) PAGE 1

  • On entre dans Les détectives sauvages de Roberto Bolaño un 2 novembre, le jour des Morts. Un jeune homme, Juan García Madero, tient son journal d'apprenti poète à Mexico. Il y consigne ses premiers brouillons sentimentaux, ses emballements érotiques, son apprentissage intellectuel.
    Il croise par hasard la trajectoire d'une bande de poètes, les réal-viscéralistes. Ces héritiers autoproclamés d'un mouvement d'avant-garde d'après la Révolution Mexicaine ont à leur tête deux personnages énigmatiques et fascinants : Ulises Lima et Arturo Belano, tous deux obsédés par le destin de Cesárea Tinajero, mère des réal-viscéralistes, auteur d'un seul poème (que les lecteurs d'Anvers reconnaîtront), partie vers l'état de Sonora, au nord du Mexique, à la fin des années 20, et dont on n'a plus rien su.
    Lima, Belano, Lupe - une jeune prostituée poursuivie par son maquereau- et le poète Garcia Madero, se lancent à la recherche de Cesárea Tinajero. Nous sommes le 31 décembre 1975.
    À peine cette quête a-t-elle commencé qu'elle s'interrompt pour céder la place à une autre poursuite, une autre enquête qui va durer vingt ans et dont Lima et Belano sont les objets. Il s'agit d'une véritable explosion narrative : l'unique voix du journal disparaît et est remplacée par une cinquantaine de personnages qui, interrogés par un enquêteur dont on ignore à peu près tout, prennent la parole, racontent ce qu'ils savent ou croient savoir sur Lima ou Belano.
    Le journal de García Madero reprend alors, le 1er janvier 1976. Cette dernière partie revient à cette recherche de la poéte perdue dans les déserts du Sonora, jusqu'au moment où, au terme de leur enquête, Lima, Belano, Lupe et le poète García Madero se séparent, se dirigeant vers un avenir dont nous avons lu déjà des fragments dans la deuxième partie du roman.

  • Paris, avril 1938. Tandis que l'Europe est frappée par le fascisme et la guerre civile espagnole, le poète Vallejo se meurt, frappé d'un hoquet incurable. Madame Reynaud, une jeune et jolie veuve amie de la femme du poète, appelle à son chevet le mystérieux monsieur Pain - secrètement épris de ladite veuve. Vétéran de la Grande Guerre aux poumons brûlés, magnétiseur et adepte des sciences occultes, Pierre Pain pourrait bien être le seul capable de sauver le poète latino-américain d'un mal que les médecins traditionnels ne parviennent ni à identifier ni à juguler.
    Mais à partir du moment où il se rend à la clinique Arago, la vie de monsieur Pain vire au cauchemar. Deux hommes se présentant comme des médecins, mais plus proches de tueurs à gage, s'attachent à le dissuader de guérir Vallejo. La mort de ce dernier semble en effet susceptible de favoriser la victoire des forces obscures en Espagne, où la guerre civile fait rage, et contribuer au triomphe de ces régimes qui se sont déjà emparés d'une partie de l'Europe.
    Monsieur Pain s'efforce un temps de s'opposer à ce rituel maléfique, mais qui s'abîme dans l'angoisse d'un labyrinthe psychique, vaincu par des forces démoniaques.

  • Dans ce court roman, Roberto Bolaño abandonne les territoires qui ont marqué son parcours et son imaginaire personnel pour se déplacer vers la ville de Rome. C'est le décor où plusieurs personnages excessifs déambulent, tendus entre l'inquiétude et la folie. Après la mort soudaine de ses parents dans un accident de voiture, Bianca, la jeune protagoniste, commence en effet une véritable descente aux enfers, côtoyant la délinquance et le mal.
    Elle se rappelle sa vie avec son frère, tous deux adolescents au moment de la mort brutale de leurs parents. Livrés à eux-mêmes, ils abandonnent rapidement leurs études et vont essayer de survivre : Bianca, la narratrice, travaille dans un salon de coiffure, son jeune frère se fait engager dans un gymnase où il fait la connaissance de deux individus étranges, le Bolognais et le Libyen. Ces derniers finissent par proposer à la jeune fille de se prostituer à un ancien acteur de péplums, Maciste, afin de pouvoir le voler.
    De la même manière que le titre du roman est un écho ironique aux trois petits romans bourgeois de l'écrivain chilien José Donoso, Rome et son passé, ici rappelé par le personnage de Maciste, héros de péplum, ancienne figure du nationalisme et du fascisme italien, n'apparaissent que sous leurs aspects les plus défaits. Il n'y a plus rien d'épique, Maciste est aveugle, sa gloire n'est même plus un souvenir et il n'apparaît que parce que les deux personnages indifférenciés - le Libyen et le Bolognais - veulent le voler (est-il vraiment riche, le lecteur en doute).
    Bolaño recycle donc cette fin de l'épopée, du grand récit (de carton pâte), se rappelle sans doute de la prostituée fellinienne qui erre dans les Nuits de Cabiria, affirmant une nouvelle fois que l'expérience de la difficile frontière entre le bien et le mal est faite par les personnages à la marge, pasoliniens pour rester en Italie, pris entre la terreur à la solitude extrême et l'impérieuse nécessité de l'affection, comme le dit Patricia Espinosa.
    Le titre modeste et ironique de Petit roman lumpen ne doit pas tromper le lecteur : nous sommes bien face à une oeuvre - la dernière publiée du vivant de l'auteur - où, une fois de plus, sont rassemblés des personnages touchants, luttant pour leur survie, cherchant l'amour, en équilibre au bord d'un abîme.

  • Bien qu'il soit plus connu comme narrateur de fiction, Roberto Bolaño se considérait cependant, et avant tout, comme poète. La mise au point par Bolaño de son recueil La Universidad Desconocida, qui rassemble sa production en prose et en vers dans un manuscrit daté de 1993, témoigne à la fois de son travail et de son souci d'ordonner sa production littéraire.
    La lecture de ces textes poétiques, qui transgressent les frontières des genres, révèle à la fois d'autres aspects de son univers, (de ses univers), et jette une lumière parfois surprenante sur son oeuvre narrative en grande partie ultérieure, troublant au passage la distinction entre récit et poème.
    Trois regroupe trois recueils disposés par ordre chronologique : Prose de l'automne à Gérone est daté de 1981, Les néo Chiliens de 1993 et Une promenade dans la littérature de 1994. Si chacun des trois recueils possède une manière, un ton particulier, tous ont un caractère peu ou prou autobiographique et relèvent en même temps de la construction de son " mythe autobiographique ".
    Prose de l'automne à Gérone est une série de fragments kaléidoscopiques de textes désespérés et hallucinés, qui racontent de façon parfois énigmatique ou cryptique des évènements - une histoire et une rupture amoureuse, des problèmes de visa, de séjour pour un étranger (R. B.), d'argent qui manque - évoqués de manière fluctuante à la 1ère, 2ème ou 3ème personne.
    Les néo Chiliens est l'épopée d'un groupe de jeunes musiciens chiliens qui part de Santiago du Chili et remonte vers le Nord, traverse le " légendaire " Pérou et arrive en Équateur. L'ensemble est tout à la fois plein d'énergie vitale et de désillusion, d'humour et de mélancolie : relatant ce voyage latino-américain, l'auteur met en scène des personnages se précipitant vers un avenir tourmenté, vers la mort.
    Une promenade dans la littérature propose enfin, en 57 fragments, dont la plupart commencent par " j'ai rêvé ", une promenade onirique en compagnie de fantômes, hommage mélancolique aux écrivains, aux lieux et au passé du grand lecteur qu'était Bolaño.

  • Angel Ros aime le danger, Joyce et les Doors.
    Le temps d'un été à Barcelone, ce jeune écrivain en devenir s'éprend d'Ana, une Sud-Américaine excentrique, qu'il suit comme son ombre jusqu'aux extrémités les plus sombres où sa folie l'entraîne. Dans son errance suicidaire, ce couple à bout de souffle va s'aimer, se perdre, jouer avec sa vie et celle des autres, terroriser et massacrer absurdement en quête d'une improbable issue. Comment Ana échappera-t-elle à cette plongée dans les bas-fonds du crime ? Angel réussira-t-il à écrire son roman joycien tandis que résonnent les dernières notes de The End de Jim Morrison ? Ce roman, écrit à quatre mains par Roberto Bolafio et A.G Porta au début des années 1980, préfigure ce qu'une partie de leur oeuvre ultérieure déploiera : jeu avec l'érudition, noirceur, rage, humour et mélancolie

  • Dans ce « roman » constitué d'une trentaine de biographies d'écrivains et d'artistes américains, la
    plupart latino-américains, le lecteur est mené à travers le XXe siècle, de la Patagonie aux prisons
    du Sud des États-Unis, de la bourgeoise mexicaine conservatrice aux supporters de l'équipe de
    football d'Argentine. Les textes jouent sur un rapprochement incongru entre les représentations
    les plus répandues, les clichés, et un foisonnement d'histoires qui décentrent et recomposent le
    regard du lecteur. On trouvera ainsi, thématiquement disposées, et se chevauchant parfois, la
    biographie d'une famille d'admirateurs argentins d'Adolf Hitler, celle d'un prédicateur poète nordaméricain,
    celle d'un Haïtien qui meurt en travaillant à l'oeuvre posthume de ses hétéronymes,
    celle d'un Guatémaltèque absolument inculte qui écrit de la science-fiction « aryenne », celle d'un
    Chilien d'origine allemande dont l'oeuvre gravite autour des plans de camps de concentration, celle
    d'un Cubain, cryptographe, anti-castriste et pro-nazi...

  • Amuleto

    Roberto Bolano

    En septembre 1968, pour échapper à la police qui envahit l'Université de Mexico, Auxilio Lacouture se cache au quatrième étage de la faculté de Lettres et de Philosophie. Cette Uruguayenne, amie des poètes et de la poésie, passe treize jours et treize nuits ainsi enfermée dans les toilettes des femmes. "J'étais à la faculté ce fameux 18 septembre quand l'armée viola l'autonomie de l'université et entra sur le campus pour arrêter ou tuer tout le monde.
    "Ainsi recluse, elle raconte son histoire au fil d'un vaste récit qui mêle passé et futur, évoquant les jeunes gens qu'elle a connus à l'université - génération bientôt sacrifiée par l'armée - et les événements de ces années troubles qu'elle a traversées comme une ombre. Par moments, cette réflexion prend également les allures d'un songe mystique au sein duquel surgissent certains personnages historiques tels Remedios Varo, peintre surréaliste épouse du poète Benjamin Péret, ou la poétesse salvadorienne Lilian Serpas.
    Dans cet ouvrage qui fut l'un des premiers de Roberto Bolano à paraitre en France, on retrouve la combinaison, propre à l'auteur, d'une atmosphère angoissante, proche des récits d'Edgar Allan Poe, et d'une terreur politique bien contemporaine. A cet égard, Amuleto annonce les oeuvres futures de l'auteur, où les écrivains et les poètes jouent souvent un rôle essentiel : La littérature nazie en Amérique, Etoile distante, Nocturne du Chili...

  • Nocturne du Chili met en scène un chilien, critique littéraire et poète qui, le long d'une nuit d'agonie, tâche de se défendre des accusations qu'il entend et qui ne sont probablement qu'une dernière manifestation de sa conscience. Sur son lit de mort, le père Icabache revient fébrilement sur son passé. A mesure que le récit se rapproche de notre présent, le prêtre glisse vers l'enfer,
    sans rien perdre de sa mégalomanie ni de son aveuglement, lesquels atteignent leur paroxysme lorsqu'il accepte de donner des cours de marxisme à Pinochet et assiste à des soirées chez Maria Canales, dont le mari, nord-américain, torture dans la cave des opposants au régime (anecdotes
    malheureusement historiques...). Le portrait s'achève alors, à la fois ridicule et effrayant, et le personnage est enfin confronté à la « tempête de merde », son apocalypse personnelle. Le tout 70 dans une sorte d'élan de joie et de rage. Dans ce roman/poème en prose, mêlant vision et grotesque, l'auteur éclaire un demi-siècle d'histoire du Chili et repose une des questions qui le
    hantent : que peut la littérature face aux ténèbres oe

  • Un vieil écrivain argentin exilé en Espagne, rongé par la disparition de son fils, survit à force de concours littéraires. Une ancienne star du porno agonisante dans une clinique de Nîmes, se souvient de son amour pour Jack, atteint du sida. Un adolescent un peu marginal rencontre à Mexico un homme énigmatique, qui pourrait être un tueur, et se lie d'amitié avec lui. Un engagé espagnol, envoyé sur le front russe lors de la Seconde Guerre mondiale, se fait capturer par les partisans et, sous la torture, découvre que l'art sauve. Un écrivain sans talent, que tout semblait destiner à la collaboration, sauve de la déportation des hommes de lettres qui l'ignorent. En quatorze récits, fragments de biographies, d'autobiographie ou d'auto-fiction, Roberto Bolano compose un puzzle drôle et émouvant où nous est rappelé le caractère énigmatique de la condition humaine.

  • L'univers inquiétant et fantaisiste de ces cinq nouvelles est du meilleur bolano.
    Des lapins sauvages et féroces investissent la pampa ; des rats s'entretuent ; des poètes tristes errent dans la nuit tandis qu'un écrivain argentin plagié se rend à paris sur les traces du coupable, qui est aussi son meilleur lecteur. dans cet univers entre onirisme, humour noir et violence latente, des doubles et des triples de l'auteur se combattent dans des jeux de miroirs déformés. figurent aussi deux conférences où bolano parle de lui, de sa mort, de son amour violent de la littérature et de la vie : deux textes magnifiques et émouvants, " littérature + maladie = maladie " et " les mythes de chtulhu", où il cingle la littérature récente, les écrivains qui déshonorent leur art.
    Drôle, cruel, polémique et émouvant, ce recueil, remis à son éditeur quelques jours avant sa mort, nous montre bolano au sommet de son art

  • Roberto Bolaño a écrit un étrange roman noir qui mêle art, histoire et horreur.
    Un jeune homme, séduisant et mystérieusement lointain, se présente dans un atelier d'écriture que suit le narrateur dans une ville provinciale du Chili. Le coup d'État de Pinochet donne l'occasion à cet étrange artiste de mettre en pratique sa conception radicale de l'art de la cruauté, en assassinant quelques femmes de sa connaissance dans des circonstances que le lecteur, comme le narrateur, ne peuvent qu'imaginer.
    Étoile distante est aussi une prolifération tourbillonnante d'histoires qui accompagnent ce récit sur la démence et le mal. Histoires folles, invraisemblables, traversées de rumeurs invérifiables, comme autant de visions égarées de ceux que l'histoire du Chili a brisés, d'épisodes cruels et pathétiques où l'espace de quelques pages des monstres terriblement (in)humains s'ébrouent. Roberto Bolano exerce son sens de l'humour, son goût de la parodie et sa singulière imagination, dans le foisonnement et les bifurcations vertigineuses de ces récits soufflés par l'histoire ou l'exil, et nous livre une méditation sur le mal dans ce qu'il a de plus fascinant et sobrement médiocre, mais aussi sur son rapport à la littérature.

  • Parallèlement à son oeuvre de fiction, plus connue en France, Roberto Bolaño n'a jamais cessé d'écrire de la poésie, en vers et en prose, à la fois anti-poèmes et des textes narratifs qu'il réalisait conjointement.
    Les Chiens romantiques se présentent donc comme une sorte d'anthologie de la poésie de Bolaño depuis son arrivée en Espagne jusqu'à la fin des années 90.
    C'est un livre qui s'écrit à partir des exils successifs de Bolaño : celui du Chili, jeune adolescent, du deuxième exil du Chili, jeune adulte chassé par Pinochet, et enfin l'exil du Mexique. La poésie naît de ces territoires qui se sont dérobés et qui permettent au poète, à l'homme (quelle différence, demanderaient ses amis " infrarréalistes ", les " réalviscéralistes " mexicains des Détectives sauvages) d'avoir (de) la liberté et d'écrire dans les formes qu'il invente sans cesse.
    Les lecteurs reconnaîtront la nature ou la construction autobiographique de ce recueil. Bolaño a pu écrire à propos de la poésie qu'elle est ce que le miroir nous renvoie (...) de notre travail : des jeunes gens ridicules et mal habillés, des poètes mendiants, de vieux détectives latino-américains qui se perdent dans une enquête vaine et dangereuse.
    Comme dans Trois, apparaissent soudain les paysages, les personnages, les hantises de ses fictions - le désert de Sonora, ces détectives et ces assassins, l'amitié, l'amour perdu, la beauté éphémère et la mort - comme dans le dernier poème, dans la division " San Roberto de Troya " :
    Entre les mouches Poètes troyens / Plus rien de ce qui pouvait être vôtre / N'existe / Ni temples ni jardins / Ni poésie / Vous êtes libres / Admirables poètes troyens

  • Entre parenthèses, publié de manière posthume en Espagne en 2004, réunit un ensemble de textes que Roberto Bolaño a écrit au cours des cinq dernières années de sa vie, c'est-à-dire entre 1998, année de parution des Détectives sauvages en Espagne et 2003, date à laquelle sa mort suspend définitivement l'écriture de son roman 2666. Bolaño avait le projet, comme en témoignent les propos tenus dans des conversations ou des courriers échangés avec ses amis, de les ordonner et d'en faire un ouvrage. C'est à ce livre projeté que s'est attelé son ami Ignacio Echevarría.
    Bolaño a écrit ces textes en diverses circonstances, pour différentes publications. Il s'agit aussi bien du discours prononcé à l'occasion de la remise du Prix Rómulo Gallegos - l'un des plus grands prix littéraires de langue espagnole, décerné à Caracas -, que de conférences données ici et là, ou de chroniques, de recensions, de réflexions sur l'écriture et la littérature, de récits autobiographiques ou non, pour des quotidiens et des revues de langue espagnole (chiliens, mexicains, espagnols) et, dans un cas, de langue catalane. On pouvait craindre que leur juxtaposition ne fasse ressortir leur disparité mais c'est paradoxalement la remarquable unité de ton que l'on perçoit. Bolaño est toujours et partout lui-même et cet ensemble rappelle combien l'auteur pouvait passer d'un genre à un autre avec aisance, et brouiller les frontières.
    Entre parenthèses, comme le dit Ignacio Echevarría dans sa présentation, constitue une sorte d' " autobiographie fragmentée ". Cet aspect " autobiographique " n'implique cependant aucun épanchement. C'est un homme souvent pris dans son quotidien qui écrit, un homme qui nous invite à de brèves rencontres avec des amis chez lui ou ailleurs, avec sa libraire, son vendeur de jeux vidéo, son pâtissier à Blanes où il résidait ; qui nous convie à passer avec lui un après-midi à la plage auprès d'une femme qui lit debout et de trois jeunes femmes au comportement énigmatique, à rester une nuit dans sa chambre, dans une immense demeure déserte, sur les bords du Wannsee, à tuer des moustiques ; un homme avec qui nous faisons quelques pas au Chili, et dont nous devinons la souveraine indifférence aux rancunes, à l'hostilité, que suscitent, dans son pays natal, ses affirmations lucides et provocantes. Mais c'est surtout un Bolaño écrivain, qui manie toujours l'auto-ironie, l'humour (souvent cinglant), qui a le goût de l'amitié et de l'exigence littéraire, l'exécration des médiocres et des arrivistes, le don de percevoir l'étrangeté derrière le spectacle le plus banal, qui refuse tout sentimentalisme et tout auto-apitoiement, que nous lisons.
    Entre ces parenthèses, Bolaño déploie tout le spectre de son talent littéraire, un paysage reconnaissable entre tous.

  • Anvers

    Roberto Bolano

    Ecrit en Espagne en 1980, dans le dénuement et l'illégalité, Anvers est resté inédit pendant vingt-deux ans et n'a paru que quelques mois avant la mort de Roberto Bolano. Construit comme un thriller, sans solution, Anvers voit défiler des cadavres, des policiers, des plages méditerranéennes balayées par l'automne, des campings déserts, des hallucinations, des cauchemars longuement retranscrits, les premiers détectives fantômes à la dérive... En forme d'explosion initiale, ce texte concentre les éléments qui se déploieront dans ses oeuvres ultérieures. Roman disloqué et poème en prose d'une beauté frénétique et exténuée, roman noir sidérant où l'on sent passer l'influence d'auteurs comme Hammett, Robbe-Grillet ou Burroughs, Anvers est, selon les mots mêmes de Bolano, radical et solitaire.

  • " cette histoire est très simple, mais elle aurait pu être très compliquée.
    Aussi : c'est une histoire inachevée, parce que ce genre d'histoires n'a pas de fin. " ainsi débute le texte qui a donné son titre à ce recueil sur lequel roberto bolano travaillait peu de temps avant sa mort. s'inscrivant dans la lignée des putains meurtrières ou du gaucho insupportable, ce volume entremêle des récits de pure fiction, des écrits plus ou moins autobiographiques et les textes de discours et conférences.
    Ce quatrième recueil de textes brefs a été établi dans le souci de donner aux lecteurs l'idée la plus proche et la plus respectueuse de la façon dont roberto bolafio l'aurait lui-même conçu. ce volume confirme son intention de plus en plus affirmée de brouiller les frontières entre les genres littéraires en vue de les dépasser. bien que posthume, le secret du mal est à l'image du reste de l'oeuvre de roberto bolano : empreint d'une énergie à vivre, à se moquer de ceux qui croient pouvoir se tirer d'affaire sans faire preuve de courage.

  • Treize variations sur les thèmes du désespoir, de la folie, de la littérature qui est essentielle, mais aussi de son absence, de la beauté qui disparaît, de l'amour, de la mort, du destin obscur des êtres.
    Roberto bolano brouille sans cesse les frontières, mêle ironie et fantastique, textes de fiction, personnages réels et cauchemars : castration d'enfants, magie noire, errance, pornographie, assassinats, détresse, hommages à divers écrivains aimés, ironie et solitude. un recueil qui donne la mesure du talent protéiforme de l'écrivain chilien, treize récits que traversent la violence, l'urgence et la compassion face à la vie, et oú se perçoit, derrière le fracas et le silence, la mélancolique énergie de son auteur.

  • Publié en 1993, La piste de glace est un des romans les plus attachants de l'oeuvre de Bolaño.
    La narration se fait à trois voix - un Chilien installé à Z, la ville sur la côte
    méditerranéenne où se déroule le récit et où se trouvent ses affaires : boutiques, camping, hôtel, qui vit dans le désenchantement et dont la vocation première était la littérature, l'écriture - mais est-il encore un écrivain oe
    Un poète mexicain, dénué de tout, d'argent, de papiers légaux, un ami du Chilien qu'il a connu au Mexique, et qui a fait partie du même mouvement poétique que lui, travaille comme veilleur de nuit dans un camping.
    Un fonctionnaire de la Mairie de Z, qui cumule les travers et les tares des technocrates et les préjugés racistes de certains Espagnols, touché par l'amour - sa passion et sa maladresse nuancent son portrait - va bâtir de manière illégale une piste de glace pour que la belle Nuria, patineuse de haut niveau, puisse s'entraîner.
    À ces trois personnages qui racontent, s'ajoutent d'autres voix, d'autres silhouettes : le Carajillo, l'autre veilleur de nuit, Carmen la cantatrice mendiante, Caridad la droguée au couteau, le Recluta, l'amoureux transi, et Nuria, la plus belle fille de Z.
    Divers jeux parcourent le texte, car le roman sollicite le lecteur :
    - le jeu le plus important est celui avec les codes du roman dit policier, de série noire, qui impose une lecture au second degré ;
    - jeu sous forme de décalage avec ce qui est raconté, car les versions des évènements ne coïncident pas toujours entre elles ;
    - jeu avec le lecteur qui, comme dans les romans policiers, doit reconstituer en partie le puzzle, et de toute façon ne voit pas ce qu'il a sous les yeux, le réel même vu par trois paires d'yeux n'étant que rarement ce que l'on croit, et comporte une dimension énigmatique. Comme c'est le cas aussi dans le roman policier, le lecteur ne sait pas qui est le criminel mais- et c'est plus rare- non plus qui est la victime ;
    - enfin des jeux sur la littérature : auteurs improbables et résumés délirants d'aventures saintes, perverties, ou canines, racontées avec le plus grand sérieux (et qui annoncent d'une certaine manière les résumés et les biographies des écrivains de La littérature nazie...)
    On retrouve aussi le regard plein d'humour voire d'une certaine cruauté sur l'agitation humaine, sur les passions - l'amour, l'ambition, la jalousie-, sur une petite ville de province avec ses personnages imbus de leur importance, croqués dans une histoire qui s'achève après dans l'indifférence et l'oubli.
    On retrouve le thème du labyrinthe et de la présence du mal, énigmatique, qui apparaît brusquement (elle est mentionnée cependant dès la première page) : mais une sorte de leçon semble pouvoir être tirée : seuls ceux qui répondent à l'amour peuvent être sauvés, les autres vivent en enfer. On reconnaîtra aussi des lieux qui ne cesseront pas de hanter l'oeuvre : le Chili de la dictature, le désert au nord du Mexique.
    Enfin le thème, joué comme en sourdine, mais obsédant, de la littérature, des écrivains et des poètes lancés sur les routes du monde, méconnus, méprisés et sur lesquels la rancune ou le dépit n'ont pas de prise, constitue le bruit de fond du roman.
    On reconnaîtra aussi dans les deux personnages, le Chilien Remo Morán et le Mexicain Gaspar Heredia, des frères des deux personnages des « Détectives sauvages », Arturo Belano et Ulises Lima, des rescapés de ce groupe de poètes de fer, comme les désigne Remo Morán dès la première page, comme dans cette narration à trois voix l'esquisse de la polyphonie des « Détectives sauvages », dont « La piste de glace » pourrait être un épisode.

empty