Belles Lettres

  • Yun Sun Limet livre ici un petit essai sous la forme épistolaire. Écrivant à quelques destinataires privilégiés, elle propose des réflexions sur le travail, qui en retrace l'histoire, la sociologie, partant du constat que nous passons l'essentiel de notre temps au travail, que l'essentiel de notre vie lui est consacré. L'impulsion de ces échanges est la maladie contre laquelle lutte l'auteure de ces lettres. Eloignée du travail, elle réfléchit. Et dans ce cheminement, la lecture de Sénèque (04-65) va se révéler précieuse.

  • Quel meilleur moyen d'affirmer son individualité que de se mettre en marge de notre société moutonnière, fondée sur le règne de l'opinion et de la consommation de masse ?

    Quel meilleur moyen d'affirmer sa liberté que de se révolter contre les formatages en tous genres que nous subissons de toutes parts ? Mais ce qui jadis était le luxe d'une petite aristocratie de l'esprit s'est tant généralisé que marginalisation et révolte sont devenues la règle commune. Comment, dès lors, devenir marginal ? La véritable révolte ne consiste-t-elle pas, désormais, dans un consentement amoureux envers l'être ? S'inspirant de la verve cocasse de l'Éloge de la calvitie de Synésios de Cyrène, Exclus approfondit cet apparent paradoxe pour restituer aux marges du monde leurs sens et leur inaliénable valeur : c'est par elles, en effet, que ce monde respire et devient habitable qu'il devient, en un mot, tout simplement, humain.

  • « Tu me demandes comment c'était. » Hanté par les lettres de Pline sur l'éruption du Vésuve qui détruisit Pompéi, Manhattan Volcano est un récit du 11-Septembre tel que l'a vécu un jeune Français parti à la conquête de la ville de ses rêves et soudain confronté, en même temps qu'au prodige des espaces américains, au brouillard des cendres et de la terreur.
    Errant dans les rues et les ruines de New York, depuis le vif de l'évènement jusqu'à aujourd'hui même, Pierre Demarty tente de raconter l'irracontable et, ce faisant, interroge la valeur de la mémoire, sa véracité, ses méandres, ses impasses.
    Album de choses vues, chronique d'une mythologie intime et de son deuil impossible, ce témoignage, loin de tout requiem, est une ode à la plus volcanique des cités de notre temps.

  • Qu'est-ce que la compétition ? Pour quelles raisons, objectives et secrètes, se bat-on envers et contre tout pour satisfaire à sa passion ?
    Quels enseignements retirer de ses exploits ?
    Les réponses se trouvent dans ce texte traversé par les vers de Pindare. Et les images du poète de s'inscrire en palimpsestes du récit de cette carrière sportive, des prémices aux exploits, en passant par les défaites, le passage à la retraite et la nécessaire reconversion qui s'en suit.
    La narratrice est âgée d'une dizaine d'années lorsque son équipe parvient à remporter le premier trophée d'une longue série de compétitions. Elle a commencé la voltige équestre à l'âge de huit ans, à la faveur du hasard et de la fascination qu'a exercé sur elle l'un de ses aïeuls russe. De cet Orient fantasmé à la découverte de cette discipline cosaque, il n'y a qu'un pas à franchir pour cette jeune fille. La pratique de ce sport en équipe étant proscrite après 18 ans, elle dispose donc de quelques années pour se consacrer à sa passion.
    À travers le récit de plusieurs compétitions, le lecteur suit ce « récit » d'éducation : la discipline à laquelle la narratrice doit se soumettre, la nécessaire lucidité quant à ses limites à un âge où l'on croit tout possible, les mécanismes mentaux qu'elle doit s'inventer pour faire face à toutes formes d'adversités et à l'inéluctable passage du temps.

  • Tourner la page assemble douze lettres d'amour (une pour chaque mois de l'année) écrites par des personnages féminins contemporains. Elles sont inspirées des Héroïdes, où Ovide se fait le porte-voix des plaintes d'héroïnes délaissées ou trahies par leur amour. Variées dans leurs intentions et leurs issues, diverses dans leurs tons, ces lettres racontent toutes une rupture amoureuse, porteuse de souffrance mais aussi, souvent, d'une volonté farouche d'aller de l'avant. Car l'amour et la passion ont ce pouvoir de renaître de leurs cendres dans ce qu'ils ont de plus essentiel.
    Ainsi, si les motifs de l'abandon, de l'attente et du souhait de mort dominent dans la lettre que l'actrice russe Nina envoie à son Boris pendant l'hiver 1925, elle est déterminée à faire face à son malheur avec force et dignité :
    « je me dois la rigueur de l'honnêteté, par respect des sentiments qui m'habitent. Car ce n'est que dans l'écoute profonde de ce qu'on ressent qu'on arrive à trouver un sens aux blessures et aux offenses qui n'en ont pas ». Et lorsque tout s'écroule entre Giselle et Ivan, elle comprends et admets avec lucidité combien ses sentiments pour lui « étaient à la fois répugnants et délicieux, égoïstes et naïfs ».
    C'est alors avec un recul non dénué de sarcasme qu'elle lui écrit, de ce café de Vienne où ils s'étaient séparés quelques mois auparavant, pour le féliciter de ses nouvelles fiançailles, consciente que « derrière notre manière d'aimer se profile toujours notre besoin d'amour ».
    Comment et pourquoi arrive-t-on à s'aimer, à fusionner avec l'autre, puis, presqu'irrémédiablement, à s'éloigner, voire à se haïr ? Qu'il y a-t-il d'aussi enivrant dans le lien mystérieux qui nous pousse à nous immerger dans l'univers de l'être aimé? La voix de ces femmes fictives reconstitue gestes, paroles, regards. Elle permet ainsi de se figurer la rencontre face à face avec l'autre dans toute sa complexité, en sondant les inépuisables nuances du sentiment amoureux.

  • Excédé des railleries sur sa barbe, l'empereur Julien écrit en 363 une satire, le Misopogon, autrement dit « l'ennemi de la barbe », destinée à la population christianisée d'Antioche. Plutôt qu'une attaque frontale, Julien traite le sujet à rebrousse-poil et se moque de « ce menton de bouc, que je pourrais, je pense, rendre lisse et net, comme l'ont les jolis garçons ». Il admet que « la barbe doit être une gêne : elle interdit d'imprimer lèvres nettes sur lèvres lisses ».
    Au IVe siècle, la barbe d'un empereur faisait donc polémique. En d'autres temps, elle aurait eu un succès fou. La barbe est une arme politique complexe. Bien taillée et à la mode, elle est redoutable.
    Anachronique, elle est un fardeau.
    Julien, avec sa barbe en bataille, n'était pas de son temps. Il n'est pas non plus du nôtre, où le glabre et l'épilé gouvernent : nos politiques ont cessé d'être poilus. Pour autant, la barbe a-t-elle vraiment perdu sa place en politique ? Est-il inenvisageable qu'un barbu accède à la présidence ? Julien, longtemps surnommé l'Apostat, a des atouts pour faire une belle carrière en politique : il a intrigué les plus grands - Montaigne, Ibsen ou encore Yourcenar -, il a l'expérience de violentes attaques contre son physique et il a réfléchi à la place des poils qui poussent le visage, sur le menton et sur les joues des hommes politiques.
    Voilà l'occasion d'un échange foisonnant d'anecdotes piquantes, à travers les siècles, d'une discussion à laquelle participent des intervenants de tout poil.
    La politique de la barbe ou la barbe en politique : le matin, devant la glace, est-il raisonnable qu'un candidat à la plus haute magistrature puisse penser à autre chose qu'à la lame qui caresse sa joue ? Un rasage sans concentration conduit à la balafre. Faire de la politique, c'est séduire. Le barbu peut-il séduire ? Bref, faut-il être l'ennemi de la barbe en politique ?

  • L'ode, ôdè en grec ancien, était à l'origine un chant, le plus souvent accompagné de musique. C'était le genre de prédilecton du poète latn Horace qui avait à peu près la renommée d'un Rolling Stone sous le règne d'Auguste (encore que sa manière de chanter s'apparentât davantage au negro-spiritual, eu égard à son cofre et à son embonpoint). L'ode qui fait l'objet de ce livre laissera sans doute à désirer si on la compare aux chefs-d'oeuvre de son illustre prédécesseur. Son but n'en reste pas moins le même : chanter la louange d'un être ou d'un événement, le bernard-l'ermite en l'occurrence, et de son comportement, le changement d'habitat en partculier. L' Ode au bernard-l'ermite, enveloppée au coeur de ce bref opuscule est accompagnée d'un appareil panoramique de textes qui forment autant de coquilles, souvenirs des mues et régénératons successives du crustacé que les scientfques nomment pagure. Traitant aussi bien de naturalisme que d'art contemporain, adoptant les genres les plus divers, ces quinze textes font le tour de la queston qui taraude l'animal aux formes archaïques, comme l'individu le plus contemporain (au point que le bernard-l'ermite soit un animal de compagnie de plus en plus couru) : pourquoi toujours cete impérieuse et vitale nécessité de partr, de quiter son chez soi, le « home sweet home » qui a fait rêver les génératons précédentes ? Sommes-nous devenus - ou revenus à l'état de - pagures ?

  • Découpée en deux actes, Olympe et Elysée est une pièce en alexandrins. Dans le premier acte, Olympe, apôtre de la Conscience Juste, rend visite à Elysée en son palais. Jaugeant la morale du président, elle se rend vite compte qu'il a des desseins peu conformes aux vertus démocratiques. En pleine joute verbale, ils rencontrent Média, L'Opinion Publique, ainsi que les Consciences Juste et Injuste. Au terme du débat, Elysée fait enfermer Olympe.
    Mais des comploteurs assassinent Elysée. Olympe profite du chaos pour s'évader, non sans avoir dit son dernier mot au tyran. Dans le second acte, elle croise Parité et Misandre, deux députées féministes. Apprenant la mort d'Elysée, ces dernières veulent en profiter pour prendre le pouvoir. Au même moment, Le Patriarcat fait prêter aux députés masculins un serment d'abstinence afin de combattre l'avancée féminine dans l'hémicycle.
    Lorsque la guerre des sexes se déclenche, Olympe est convoquée pour y mettre un terme. Le débat reprend alors à l'assemblée, transformée en arène par la hargne des deux camps extrêmes. En dialoguant sur la vertu des actes politiques, les personnages de la pièce y débattent entre autres de la liberté, de l'égalité, de l'éducation, du sexisme, de l'avortement, de la fin de vie - en un mot, de la société actuelle et de ses interrogations -, laissant le soin au lecteur de juger de la pertinence des positions des uns et des autres.

  • Portrait du couple moderne, cette satire romanesque déshabille la façon dont deux amants contemporains passent leur samedi soir. Pour peindre ce qu'est devenue la relation entre homme et femme, il faut un style d'une tonalité et d'une insolence inexplorées. Aussi le début des Satires de Juvénal, témoignage exemplaire de la liberté littéraire, résonne-t-il ici en un écho spontané.

    Dans un récit drôle et terrible où se mêlent cynisme et pornographie, Maxence Caron raconte douze heures de la vie d'un couple, une nuit entre Clitandre et Phallusine, autrement dit l'existence de celui ou de celle qui tient ce livre entre ses mains ou qui, déjà, se trouve avoir lu ces lignes. « Satire de l'alcôve générale, satire de l'alcôve terminale, satire de l'enfoutrade et de la foutimasserie, la Satire Foutre est le roman comique de tous les Clitandre en proie volontaire à toutes les Phallusine. »

  • « Je croyais savoir ce que le bonheur voulait dire, et surtout, j'avais l'impression d'avoir fait une véritable rencontre. » Le narrateur, un homme que 40 ans d'existence ont abimé, part, seul, se ressourcer dans la forêt du Jura. Il y croise une femme, sans âge, qui vit retirée de la société. Seuls et ensemble, ils entament une discussion sur la rencontre, évoquant non seulement les artistes et les intellectuels qui ont abordé le thème, mais surtout leurs expériences personnelles. Nourri de la Consolation de Philosophie, ce court dialogue tente de cerner comment l'on ne parvient à soi, à la connaissance de soi ainsi qu'à la sérénité intérieure, qu'en nous réfléchissant dans le miroir que l'autre nous tend. Accessible et intime, cette conversation philosophique propose une réflexion ouverte, documentée et partageable.

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