Castor Astral

  • La France et la poésie, premières amours de Stefan Zweig. Dès 1900, le jeune poète des Cordes d'argent traduit des vers de Baudelaire et Rimbaud, alors mal connus dans les pays de langue allemande - à peine mieux que Verlaine, disparu en 1896. Zweig a 18 ans lorsqu'il écrit à l'éditeur français du poète pour l'autoriser à traduire les Confessions. Dès son premier séjour à Paris, en 1902, il se fera un devoir d'absorber un verre d'absinthe au café Vachette, où Verlaine avait ses habitudes, puis d'acquérir pour sa collection d'autographes un manuscrit du poète : ce seront les Fêtes galantes, acquises en 1913.
    Zweig n'a jamais rien tant aimé que sortir un poète de son « obscurité apparente ». À la demande de l'éditeur berlinois Schuster und Löffler, il compose une monographie sur le poète français. Le luxueux petit ouvrage, suivi de traductions de poèmes parmi les plus emblématiques de Verlaine, paraîtra en novembre 1904 dans la collection « Die Dichtung » (« La Poésie »), illustré de documents inédits reproduits dans la présente édition.
    Il est étonnant que ce Verlaine, « gage d'amour et d'admiration », n'ait jamais été traduit en français. Plus surprenant encore, si l'on songe qu'il s'agit là du premier essai biographique de Zweig, genre auquel il consacrera dans l'entre-deux-guerres la monumentale série des Bâtisseurs de l'esprit et lui vaudra ses plus grands succès.
    Plus qu'une curiosité, le Verlaine de Zweig est le premier acte littéraire d'un grand écrivain européen, paru la même année que sa première oeuvre de fiction, L'Amour d'Erika Ewald. Il se complète, dans la présente édition, de « La Vie de Paul Verlaine », récit purement biographique paru en 1922, en guise d'introduction à l'édition allemande des oeuvres complètes du poète. On trouvera également une traduction de son texte intitulé « Arthur Rimbaud ».

    Édition présentée par Olivier Philipponnat, préface de Guy Gofette et traduit de l'allemand par Corinna Gepner.

  • En 1948, Georges Bernanos disparaît en laissant le manuscrit d'un dernier livre, paru de façon posthume : La France contre les robots. Plus d'un demi-siècle après sa parution, ce pamphlet reste d'une incroyable actualité. Cette apologie de la liberté est un défi jeté aux idolâtries du profit et de la force. Georges Bernanos, dans une violente critique de la société industrielle, s'adresse à la « France immortelle » face à la « France périssable », celle des combinaisons politiques et des partis. L'auteur y estime que le progrès technique forcené limite la liberté humaine. Bernanos conteste l'idée selon laquelle la libre entreprise conduirait automatiquement au bonheur de l'humanité. En effet, selon lui, « il y aura toujours plus à gagner à satisfaire les vices de l'homme que ses besoins ». Visionnaire, il explique ainsi qu'« un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu'à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne » ; une étonnante préfiguration de ce que seront les délocalisations un demi-siècle plus tard !
    Bernanos prédit également une révolte des élans généreux de la jeunesse contre une société trop matérialiste où ceux-ci ne peuvent s'exprimer, et cela plus de vingt ans avant la contestation de la société de consommation, qui sera l'un des aspects de Mai 1968. Ici, on sent en permanence le courage, la loyauté, la rectitude du jugement qui ont permis à Bernanos de se tenir toujours au niveau de l'histoire de son temps et de faire toujours les bons choix : contre le clergé assassin de la guerre d'Espagne, contre les dictatures, contre la collaboration, pour la résistance, pour la rectitude du coeur et du jugement. Cette polémique engagée contre la « société des machines » est un cri, un appel très moderne et même futuriste à la construction d'une société où il serait possible de mener une vie digne de l'être humain.

    Préface de Pierre-Louis Basse et postface d'Albert Béguin

  • " je me ferai déchirer par la populace, bannir par le pouvoir, maudire par le clergé, etc.
    " le ton est donné. le candidat est une grande comédie où flaubert se livre au plaisir suprême de déplaire à toute la classe politique : " jamais aucun gouvernement ne voudra le laisser jouer parce que j'y roule dans la fange tous les partis. cette considération m'excite. tel est mon caractère. " le candidat est bien le dictionnaire des idées reçues en politique. largement plus d'un siècle après sa parution, ce texte méconnu révèle un étrange parfum d'actualité et de modernité.
    son rythme effréné, ses situations ubuesques et le peu de scrupules de ses personnages en font le parfait petit manuel de cynisme politique à l'usage des électeurs !

  • Accompagné de dessins de Pierre Zanzucchi, le recueil s'ouvre avec la description de « L'Harmas », maison et laboratoire à ciel ouvert de Fabre. Nous pénétrons ici, au fil des observations patientes du scientifique, dans l'intimité de l'Ergate (longicorne dont la larve est succulente) ou du Scarabée sacré, de la Volucelle (mouche à parure de guêpe) . Au fil des pages, Fabre, ce génie de l'observation, se révèle être un chantre de la diversité du vivant, lui qui, déjà, s'insurgeait contre la destruction de la Nature faite en son temps, au nom de la science, de la technique et de la modernité. La présentation de Philippe Galanopoulos s'achève sur un constat amer : la conscience écologique ne date pas d'aujourd'hui ; c'est ce qui rend plus tragique encore l'urgence du combat pour la sauvegarde des espèces.

  • Portraits d'insectes réunit des extraits significatifs de ses Souvenirs entomologiques. Présenté par Philippe Galanopoulos, l'ensemble permet de redécouvrir la prose pittoresque de celui dont l'oeuvre fut en son temps proposée pour le prix Nobel de littérature. Fabre aura ainsi influencé l'esprit ou l'imaginaire de nombreux écrivains depuis Remy de Gourmont et Maurice Maeterlinck jusqu'à Gilles Deleuze ou Patrick Autréaux, en passant par André Breton et Roger Caillois.

    Ces écrits portent successivement sur la Cigale, la Sauterelle verte, la Mante religieuse, les Fourmis rousses, les Cétoines, le Minotaure typhée et le Grand paon de nuit. Ils permettent d'apprécier tout à la fois le talent d'observateur et de conteur de Fabre, et de traverser l'ensemble de ses thématiques : moeurs, sexualité et instincts des insectes.

  • Être préfacé par Marcel Proust (1871-1922), c'est s'exposer à « la douche écossaise de ses flatteries et de ses mots cinglants ». Jacques-Émile Blanche se remit d'ailleurs mal de celle que son ami consentit à ses Propos de peintre. Car son souci n'est pas tant de présenter un ouvrage que de s'en nourrir, voire de l'enrichir. Que vaudrait un livre dont le lecteur ne pourrait s'affranchir ?

    En vérité, c'est toujours plus ou moins lui-même que regardent les préfaces de Proust. Traducteur de John Ruskin, qui eut tant d'influence sur lui, il ne craint pas de le contredire dans les présentations qu'il en donne. Quant à Paul Morand, il n'oubliera pas les cuisantes « remarques sur le style » déposées par son aîné au seuil de Tendres Stocks. C'est que les devoirs de l'amitié n'excluent jamais pour lui les exigences de l'art.

    Chacune des préfaces de Proust forme ainsi une oeuvre en soi, où s'élaborent les grandes idées de la Recherche. « Sur la lecture » en est comme le préambule - et compte parmi les plus belles pages de l'auteur. Ici rassemblés pour la première fois, ces cinq préliminaires donnent à lire le moins snob, le plus honnête - et parfois le plus drôle - des écrivains de son temps.

  • Dessins de CHAVAL et préface de Jean-Claude DREYFUS.


    Gustave FLAUBERT, né à Rouen le 12 décembre 1821, mort à Croisset le 8 mai 1880, est l'une des figures majeures de la littérature (Madame Bovary, L'Éducation sentimentale, Bouvard et Pécuchet). Son oeuvre se présente comme une charge permanente contre la « sottise bourgeoise » dont Le Dictionnaire des idées reçues reste le bréviaire idéal et réjouissant.

  • Qualifié de " bible maya-quiché ", le Popol Vuh raconte avant tout, sous forme d'allégorie, la genèse d'un peuple - le peuple maya d'Amérique - à travers les créations successives des Esprits, et ses tribulations à travers les époques et les vicissitudes de l'histoire. Cette version d'un des plus importants textes précolombiens qui nous soient parvenus, transcrit en quiché peu après la conquête espagnole, aux environs de l'an 1550, et souvent considéré comme le document le plus ancien sur l'histoire de l'humanité, est une traduction amendée et en bonne partie actualisée du manuscrit de Chichicastenango, paru en coédition (Popol Vuh : Le Livre des événements, traduit de l'espagnol par Pierre DesRuisseaux en collaboration avec Daisy Amaya, Le Castor Astral et VLB éditeur, Paris et Montréal, 1987).
    Rédigé dans une langue à la fois élégante et fleurie d'images poétiques, on y relate les mythes cosmogoniques du peuple maya-quiché. Il s'agit donc d'un des textes les plus précieux et significatifs du continent américain, puisqu'il nous fait pénétrer directement et de plain-pied au coeur même de l'univers mythique du peuple maya. Genèse en même temps qu'eschatologie, récit sacré et historiographie mystique d'une des cultures précolombiennes les plus raffinées, évoluées et lettrées qui se soient développées sur le continent américain, le Popol Vuh est comparable, en terme d'importance, aux grands textes sacrés tels les Edda islandaises, les Veda indiens, la Bible chrétienne ou encore le Coran musulman. Dans le Popol Vuh, le mythe se confond avec l'histoire de la même façon que l'histoire se fond à la culture. Et l'histoire se déroule au sein de l'espace-temps sans discontinuité, sans rupture, marquant les étapes successives du développement humain.



    Auteur d'ouvrages sur les expressions populaires, poète et traducteur, notamment de Hymnes à la Grande Terre, rythmes, chants et poèmes des Indiens d'Amérique du Nord-Est (Le Castor Astral, 1997), Pierre DesRuisseaux partage son temps entre le Québec et le Mexique. Il a reçu le Prix de traduction du Conseil des Arts du Canada en 1986, et le Prix du Gouverneur général du Canada, section poésie, en 1989.


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  • Fin 1905, début 1906, alfred jarry établit le plan d'une anthologie de ses meilleures chroniques, sous le titre savoureux de " siloques, superloques, soliloques et interloques de pataphysique ".
    Mais ce livre, qui se présente comme un véritable manuel de pataphysique (cette " science des exceptions " inventée par le père ubu), ne vit jamais le jour. il montre comment l'imagination peut littéralement renverser l'ordre des choses et les évidences du regard. coller un timbre, être opéré de l'appendicite, utiliser un distributeur automatique. jarry découvre dans ces actes divers des cohérences ou des conséquences inattendues, parfois une fonction rituelle et magique.
    Humour froid et drôlerie poétique rythment ici un monde éclairé par " la chandelle verte ".

  • Les meilleurs bons mots, maximes et fulgurances glanés dans le Journal des Goncourt par Rodolphe Trouilleux et illustrés par Boll.
    Les deux frères y prennent alors un autre visage : gouailleurs, acerbes, érotomanes, voyous...
    Ces perles du Journal, accompagnées d'un appareil critique pertinent, nous offrent le portrait sensationnel de deux des plus grands acteurs de la littérature française du XIXe siècle.
    Les dessins de Boll, créés à partir de nombreuses recherches de l'artiste, plongent de surcroît le lecteur dans l'atmosphère parisienne et littéraire de cette période et nous offrent une édition inédite.

  • LE LIVRE Quand il parle de la nourriture et de la boisson, comme quand il parle
    de l'amour, de l'enfant, de la vie en ville et à la campagne, Maupassant montre
    la contradiction à laquelle est en proie l'existence humaine : tantôt ses
    nouvelles font sourire, tantôt elles emplissent de pitié ou d'horreur, et
    parfois elles jouent des deux registres ; il arrive aussi qu'elles rejoignent
    aussi le fantastique. Le présent recueil regroupe : * Des nouvelles parisiennes
    (« Garçon, un bock ! », « Imprudence » et « Le Gâteau »). La brasserie, le
    souper fin, la réception mondaine sont typiques du Paris de l'époque, habitude
    et moeurs. * Des nouvelles normandes (« Le Petit Fût », « Le Vieux » et « Un
    Normand »). * Des nouvelles qui montrent des aspects paradoxaux de la
    nourriture (« Le Rosier de Madame Husson », « Conte de Noël », « Une famille
    »). L'AUTEUR Guy de Maupassant (vers 1850-1893) est né au château de
    Miromesnil, en Normandie. Il ne commence ses études qu'à l'âge de 13 ans et
    s'adonne aux sports violents en plein air, et surtout au canotage. Engagé
    volontaire en 1870, il occupe ensuite de petits emplois de commis dans
    plusieurs ministères, avant de se consacrer entièrement à l'écriture. Flaubert,
    ami de la famille, corrige ses premiers essais. « Boule-de-Suif », un conte
    paru dans le recueil des Soirées de Médan, sous le patronage de Zola, le rend
    célèbre du jour au lendemain. Dès lors, Maupassant va produire quelque 300
    nouvelles, 10 romans et plusieurs recueils d'articles ou de récits de voyage.
    Il est notamment l'auteur de La Maison Tellier, Les Contes de la bécasse, Une
    vie, Bel-Ami et Le Horla. Atteint d'une névropathie héréditaire et d'une
    syphilis, il est interné dans la maison de santé du Dr Blanche. Il y mourra
    sans avoir recouvré la lucidité, à l'âge de 43 ans. Maître incontesté du conte
    et de la nouvelle, il est sans conteste l'un des auteurs français majeurs du
    XIXe siècle. LA PRÉFACIÈRE Poète, romancière et essayiste, Marie-Claire
    Bancquart a été Professeur de littérature française successivement aux
    Universités de Brest,?Rouen, Créteil, Nanterre et Paris-Sorbonne. Ses travaux
    sur Maupassant, sur Vallès, sur Anatole France font autorité. Ses HYPERLINK
    "http://www.evene.fr/tout/textes" textes sur le Paris des écrivains, qui
    évoquent la période surréaliste, la Belle Époque ou l'après-guerre sont des
    incontournables. Elle a notamment écrit des livres de critique littéraire :
    Maupassant conteur fantastique (Minard), Anatole France, un sceptique
    passionné (Calmann-Lévy), Anatole France (Julliard), Images littéraires de
    Paris fin de siècle et Paris dans la littérature française après 1945 (la
    Différence), Paris Belle Époque par ses écrivains (Adam Biro), Fin de siècle
    gourmande, 1880-1900 (PUF). On lui doit les éditions commentées d'Anatole
    France (Oeuvres, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard) et de Maupassant
    (Imprimerie Nationale, et collection « Folio », Gallimard ; Trois tomes de
    contes de Maupassant, collection « Pochotèque », Le Livre de poche). 8

  • En 1944, alors qu'il est exilé au Brésil depuis 1939, Bernanos livre une vision fulgurante du XXIe siècle, dans lequel il perçoit l'Homme perdu dans un brouhaha incessant, « informé de tout et condamné à ne rien comprendre ». Se fabriquant sans cesse des besoins inutiles autant qu'insatiables, l'Homme s'éloigne de toute vie intérieure et par conséquent de sa liberté. Celle de penser, qui ne peut vivre que dans le silence.
    Adapté du roman éponyme et d'autres récits par Jean-Baptiste Sastre et Gilles Bernanos - petit-fi ls de l'écrivain - La France contre les robots nous convie aux retrouvailles entre nous et notre liberté qui se conquiert chaque jour contre nos habitudes, nos préjugés, contre nous-mêmes.

    Les textes réunis ici sont issus de La France contre les robots, Les Grands cimetières sous la lune (Le Castor Astral), La Révolte de l'esprit (Les Belles lettres), La Liberté, pour quoi faire ?, Scandale de la vérité, Les Enfants humiliés, Nous autres Français, Français, si vous saviez (Gallimard) Le Chemin de la Croix des âmes (Le Rocher). L'adaptation et la mise en scène de ces textes furent un véritable révélation pour nombre de spectateurs, qui ne soupçonnaient ni la richesse, ni l'actualité de Georges Bernanos.

  • Onuphrius est Jeune-France et romantique forcené. Les livres de légendes et de sorcellerie à la mode lui ont déjà faussé l'esprit ; les contes d'Hoffmann achèvent de l'égarer. A-t-il flâné en allant voir sa maîtresse Jacintha ? Lorsqu'il lit l'heure tardive au cadran de l'église Saint-Paul, il imagine que l'esprit malin a poussé les aiguilles. S'est-il mis à peindre ? Il explique encore par la malignité du diable les menus incidents qui contrarient son travail. Joue-t-il aux dames ? Il se figure qu'un doigt muni d'une griffe dérange l'ordonnance de ses pions. Son sommeil est troublé par des rêves cruels : il croit qu'on l'a enfermé vivant dans un cercueil, qu'on se dispose à le dépecer ; il assiste au triomphe insolent d'un ami perfide qui lui a volé son dernier tableau, sa pièce de théâtre et sa maîtresse. Bientôt, il devient la victime des plus étranges hallucinations : un reflet sort de la glace où il se mirait et vient libérer ses idées bouillonnantes en lui faisant subir de force l'opération du trépan ; puis, au cours d'une soirée, un dandy emprisonne dans une résille les vers de sa composition qu'il allait déclamer et lui enfourne dans la bouche, avec une spatule, une insipide mixture de poésie rococo ; dans la rue, enfin, un carrosse lui passe sur le corps qui se brise en morceaux qui se ressoudent à quelque distance. La fièvre s'empare de lui et il sombre dans une folie incurable.

  • Jalousie

    Marcel Proust

    Marcel PROUST (1871-1922) est issu d'une famille bourgeoise qui manifestait une extrême curiosité intellectuelle. Il se lie rapidement avec des jeunes gens férus de littérature et publie divers essais dans des revues, insérant ses poésie dans Les Plaisirs et les Jours. Il entame un roman autobiographique, Jean Santeuil, et traduit les oeuvres de John Ruskin. Adoptant la vision de l'univers esthétique anglais, Proust s'est efforcé d'échapper à la loi du temps pour tenter, par l'art, de saisir l'essence d'une réalité enfouie dans l'inconscient et « recréée par notre pensée ».

    Jalousie est un texte d'une densité égale à sa crudité. Mais c'est d'abord une curiosité dans l'ordre de l'édition proustienne. En effet, cette centaine de pages inédites de Sodome et Gomorrhe paraissent, en novembre 1921, chez Arthème Fayard et Cie, dans Les OEuvres Libres, « recueil littéraire mensuel ne publiant que l'inédit ». Le texte de Proust ouvrant la revue côtoie ceux d'auteurs en vogue : les Miguel Zamacoïs, Victor Margueritte, Alfred Machard, André Billy. Disproportion flagrante ! 1921 : c'est le temps de la reconnaissance et presque de la mort... Et l'on voit Proust, après la publication de Jalousie, assailli de demandes de collaboration à des revues à la mode, comme Les Cahiers Verts (dirigés par Daniel Halévy, chez Grasset), offres qu'il décline, par fatigue et malice. Ambiguïté du succès : Jalousie est à la fois, et sous la même plume, louangé et condamné par pudibonderie, dans le très parisien Comoedia ! Le roman Jalousie se joue en deux actes : l'un théâtral et aristocratique ; l'autre intime et bourgeois : deux actes et un épilogue paradoxal, puisque celui-ci nous ramène en arrière, dans le ressouvenir de Balbec. Le premier acte, le plus long, raconte la réception chez la Princesse de Guermantes, et promène, dans la pupille du Narrateur, les cruautés et les trahisons du « grand monde », les manoeuvres séductrices de Charlus, aussi l'agonie de Swann, changé en vieux prophète dreyfusard. Le second dit la visite tardive qu'Albertine fait au Narrateur, ravivant tous les poisons du coeur. La jalousie qui insuffle l'amour. Les mensonges qui le font flamber. L'angoisse qui en éternise les cendres. Lire Jalousie, c'est revivre la stupeur des lecteurs de 1921, confrontés au plus audacieux des romanciers modernes.

  • Tristan Bernard était de bonne famille mais de mauvaise composition. Du moins rechignait-il à considérer le travail comme quelque chose de prioritaire. Ce qui lui importait avant tout c'était de se moquer du monde. En plaçant le dilettantisme au rang de vertu obligatoire et en raillant les travers de ses semblables avec constance. Dix romans, cent pièces, des milliers de chroniques et d'articles y suffirent à peine. Encore convient-il d'ajouter que le préposé à la satire mena son entreprise de démolition avec délicatesse. Prolixe et gai, Tristan Bernard (1866-1947) était d'abord désopilant. « L'homme le plus spirituel de la terre » d'après Léon Blum son ami et contemporain.

    Au bout du bout, il est une seule chose que ce voltigeur prenait au sérieux : le sport. Cavalier, boxeur, cycliste, Tristan Bernard arbitra Georges Carpentier avec précision, dirigea le vélodrome Buffalo avec méthode et suivit le Tour de France avec enthousiasme. Une façon pour lui de donner le change ? « Il y a dans tout écrivain, un sportman qui s'ignore. » Entendez un créateur qui, trop souvent, se prend au sérieux et un athlète qui, trop facilement, s'estime dérisoire... Pour « le champion de France de l'humour » la tête ne pouvait aller sans les jambes et inversement. Cette anthologie (inédite) le prouve au détour de chaque page.

  • Initialement intitulé Notes d'un musicien en voyage, ce livre est un témoignage exceptionnel d'un des plus grands compositeurs européens de son temps parti à la découverte de l'Amérique. En 1876, criblé de dettes, Jacques Offenbach accepte de réaliser une tournée en Amérique. Commence alors une série de concerts de quatre mois, allant de New York à Philadelphie. Avec une liberté de ton et une fascination pour son sujet, Jacques Offenbach détaille la traversée, les villes américaines, l'apparition de la réclame, les femmes du pays, les théâtres de New York... Porté par une prose fraîche et vivante, Offenbach se révèle ici un portraitiste de la société américaine inattendu.

  • Marcel PROUST (1871-1922) est issu d'une famille bourgeoise qui manifestait une extrême curiosité intellectuelle. Il se lie rapidement avec des jeunes gens férus de littérature et publie divers essais dans des revues, insérant ses poésie dans Les Plaisirs et les Jours. Il entame un roman autobiographique, Jean Santeuil, et traduit les oeuvres de John Ruskin. Adoptant la vision de l'univers esthétique anglais, Proust s'est efforcé d'échapper à la loi du temps pour tenter, par l'art, de saisir l'essence d'une réalité enfouie dans l'inconscient et « recréée par notre pensée ».

    En 1896, La Confession d'une jeune fille n'est qu'une invention du jeune Proust. Mais onze ans plus tard, par une curieuse coïncidence, un fait divers rejoint la fiction, l'outrepassant en horreur. Par un article du Figaro du 25 janvier 1907, titré « Un drame de la folie », Proust apprend stupéfait qu'un jeune homme de la haute société a assassiné sa mère et, à la suite de son crime, s'est mutilé affreusement avant de se suicider. Ayant appris l'existence de lettres échangées entre Proust et le meurtrier, le directeur du Figaro demande à l'écrivain une chronique sur ce drame. Le 1er février 1907, les lecteurs du Figaro découvrent en première page et sur quatre colonnes et demie, une chronique stupéfiante. Proust, peu soucieux d'épargner les âmes sensibles, a intitulé son article « Sentiments filiaux d'un parricide ». Les dernières lignes de cet article avaient été censurées en raison de leur « blâme insuffisant »... Dans celles-ci, Proust rappelle audacieusement que la mémoire d'Oreste et d'OEdipe, une fois l'outrage vengé et l'expiation accomplie, a été honorée et sacrée.

    La Collection « Les Inattendus » Depuis sa création en 1987, cette collection a publié une quarantaine de titres. Elle regroupe des textes insolites, méconnus ou introuvables d'auteurs ayant marqué la littérature, depuis Érasme au XVIe siècle jusqu'à Colette, au xxe siècle. Présentés par des spécialistes ou des écrivains contemporains passionnés par la confrontation avec leurs auteurs favoris, ces livres sont autant destinés à surprendre l'érudit qu'à entraîner de nouveaux lecteurs vers des écrivains essentiels. Derniers titres parus : Le Dictionnaire des idées reçues, de Gustave Flaubert / Mon oursin et moi, de Francis Blanche / La Divine Bouchère, de Georges Ribemont-Dessaignes

  • Ce recueil forme la seconde partie d'un ouvrage composite, Toiles d'araignées d'un crâne vide, qui comprend aussi Les Fables de Zambri (Le Dilettante, 2013). Il s'agit des premières oeuvres de fiction d'Ambrose Bierce, publiées sous le pseudonyme de Dod Grile en 1874 en Angleterre. Ambrose Bierce a écrit Le Dictionnaire du diable, Les Fables fantastiques et plusieurs recueils de nouvelles alternant entre l'humour corrosif, l'horrifique, la fantaisie macabre et le réalisme noir. Il a disparu en décembre 1913 dans le sillage de l'armée de Pancho Villa au Mexique. Bierce s'est toujours senti plus proche des satiristes européens que des humoristes américains comme Mark Twain. L'écrivain est né dans le contexte de l'explosion de la presse sur la côte ouest américaine au début des années 1870 et l'humour hyperbolique et sanglant des pionniers a considérablement influencé ses débuts littéraires. Ces premiers contes nous permettent de plonger aux sources mêmes de son inspiration : l'histoire énorme américaine et la tradition classique européenne. Cette édition a donc le mérite d'offrir aux lecteurs un document précieux sur le parcours d'une des figures les plus légendaires et les plus énigmatiques des lettres américaines.
    Inédits en français, ces contes furent presque tous écrits en Angleterre. Ces parodies - premières oeuvres de fiction de Bierce - nous prouvent que, contrairement à une idée répandue, il ne fut pas seulement influencé par la culture de la frontière mais aussi par la tradition littéraire européenne (satiristes anglais, conteurs allemands, moralistes français). Par ailleurs, le caractère transgressif de son humour noir, ses envolées dans l'absurde et le macabre, l'imposent comme un véritable précurseur du comique moderne.

  • Colette, de janvier à juillet 1903, alors tout juste âgée de 30 ans, tient une rubrique de critique musicale dans le quotidien Gil Blas, aux côtés de Debussy.
    Nous retrouvons ici les vingt-trois Claudine au concert (comptes rendus de concerts parisiens) et les dix Claudine au Conservatoire (comptes rendus de concours), avec leur succulent vocabulaire et cet humour à la fois tendre et acide. Sa vie durant, Colette conservera pour la musique un penchant secret: " Si j'avais composé avant d'écrire, j'aurais pris en dédain ce que je fais depuis quarante ans.
    Car le mot est rebattu, et l'arabesque de musique éternellement vierge. " Avec une vivacité et une fraîcheur uniques, sa critique recèle au plus haut point cette habileté à croquer l'air du temps et brosser les portraits de Fauré, d'Indy, Cortot, Ysaye ou Richard Strauss. Pour le mélomane autant que pour le littéraire, ces textes oubliés de Colette soulignent aussi l'étroite relation qui unissait alors les lettres à la musique.
    Ils sont réunis ici, pour la première fois en un volume.

  • Gautier parle de son ami Balzac et trouve aussitôt le ton le plus juste et le plus fervent. Colorées, surprenantes, les pages de Gautier s'imposent autant par l'attention qu'elles portent aux détails (que d'informations minutieuses et troublantes !) que par leur vue d'ensemble qui nous fait entrer avec familiarité dans un monde de la fiction aussi intense et multiple que celui du réel. A travers elles, Balzac vient à nous, physiquement présent, pressé, inventif, volubile, et dès lors nous n'éprouvons plus qu'un désir : le retrouver, plus proche encore, dans son oeuvre. Il n'est pas de meilleure incitation à pénétrer dans La Comédie humaine que la lecture de ce livre, témoignage, mais surtout acte critique de haute intelligence et d'amitié reconnaissante.

  • Dans ce mini traité à l'usage des mélomanes, l'auteur de la " Symphonie fantastique " passe en revue chacune des familles instrumentales de l'orchestre, commentant les caractéristiques de chaque instrument et celles des différentes voix humaines.
    Hector Berlioz publia cet ensemble en 1841 et 1842 dans la " Revue et Gazette musicale de Paris ". Dans ces textes, il cherche avant tout à sensibiliser le lecteur à la diversité des sonorités et à leur utilisation musicale. De l'instrumentation montre également que Berlioz fut très tôt intéressé par les coloris instrumentaux. Ces écrits étonnants ont été regroupés ici pour la première fois en volume.

  • Proche des artistes du cabaret du Chat noir - puis de Cocteau, Picasso, Braque, Tzara, Picabia, Duchamp, Man Ray... - Erik Satie (1866-1925) compose Le Piège de Méduse en 1913 et lui donne un avant-goût du théâtre de l'absurde. Sa bouffonnerie rappelle à la fois son compatriote honfleurais Alphonse Allais, mais aussi Alfred Jarry ou Léon-Paul Fargue. Cette édition hors du commun propose de relire et d'écouter le génie d'Erik Satie en offrant l'enregistrement de la composition avec le livre. Des bois gravés par l'ami Georges Braque ont également été reproduits dans l'ouvrage.  

  • Le 19 juillet 1778, Beaumarchais fait diffuser à Aix-en-provence le Tartare à la Légion, mémoire répondant à celui que son adversaire, le comte de La Blache, vient d'offrir, quatre jours plus tôt, à la curiosité du public.
    Depuis 1770, les deux hommes s'affrontent devant les tribunaux à propos d'une " potioncule " de l'héritage de Joseph Pâris-Duverney. Des salons parisiens aux antichambres de Versailles, on se raconte les épisodes les plus savoureux de l'affaire qui, avant même ses succès d'auteur dramatique, apportera à Beaumarchais la célébrité.
    Le Tartare n'est pas seulement le virulent plaidoyer d'un homme dont on a juré la perte.
    C'est aussi un chef-d'oeuvre d'esprit qui, en maints endroits, rappelle le Barbier de Séville et le Mariage de Figaro - dans lesquels fourmillent par ailleurs les allusions au procès qui empoisonna, huit années durant, la vie de Beaumarchais.
    La présente réédition du Tartare est la première, depuis deux siècles, à en restituer le texte intégral, rectifiant en outre les approximations historiques qui entourent habituellement les comptes rendus de l'affaire.
    Elle prouve que le Tartare ne méritait pas d'être écarté des oeuvres complètes de son génial auteur. Car Beaumarchais, sans le Tartare, eût-il survécu à Beaumarchais ?

  • Bibliothécaire à l'Arsenal à partir de 1823, Charles NODIER (1780-1844) réunit chaque semaine dans son salon les principaux écrivains de son temps, pour faire de ce lieu le point de ralliement du romantisme. Grâce à lui, le rêve et même le cauchemar marquèrent leur entrée dans la littérature. Nerval et, plus tard, certains surréalistes lui seront fortement redevables.

    Charles Nodier ne fut pas seulement le merveilleux conteur fantastique que nous connaissons. Il aima aussi jusqu'à l'obsession les vieux bouquins et les éditions rarissimes. Au-delà de textes aussi savoureux que « L'Amateur de livres » et « Le Bibliomane », cette douce folie - qualifiée par luimême de « monomanie » - lui permit de rencontrer au fil des pages plusieurs auteurs bizarres dont il s'est plu à nous révéler l'existence dans sa « Bibliographie des fous ». Ces textes étonnants et fort drôles, jusqu'alors dispersés dans des publications éphémères, se devaient d'être regroupés à l'attention de tous les fous de livres et de lecture. De l'elzévir comme objet de volupté ! De la lecture comme acte érotique !

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