Lorsque Marcia Coulihan voit débarquer Lonesome Rhodes dans la petite radio locale de Fox, Wyoming, où elle assure l'intérim, elle saisit vite son intelligence derrière le personnage de péquenot naïf qu'il incarne à la perfection. Dès sa première chronique, Rhodes déchaîne l'enthousiasme des auditeurs.
S'inspirant du village d'Arkansas dont il affirme être originaire, il met en scène les personnages truculents de « sa famille » le cousin Abernathy, la tante Lucybelle sans oublier « son pépé » Bascom pour s'adresser directement à l'Amérique ordinaire, entre deux extraits de folk et d'énormes éclats de rire : « c'qui nous faut c'est un peu plus de bons sentiments chrétiens et rudement moins de ce tourneboulis de notre époque. » Son destin bascule quand il fait campagne contre le shérif local. Le Time dépêche un chroniqueur et Lonesome, accompagné de Marcia, s'envole vers Chicago où il conquiert une audience nationale grâce son émission quotidienne « Votre voyageur de l'Arkansas ».
Galvanisé par le succès, Lonesome se mêle de tout, donne, entre deux histoires drôles, son avis sur les maux, réels ou imaginaires, dont souffre le pays. Il s'érige en porte-parole d'une Amérique modeste, conservatrice et rurale, mais pétrie de bon sens. Comme le souligne Marcia : « En ce siècle d'angoisses atomiques, l'Amérique en revenait à la sagesse des bons vieux adages qui avaient fait sa grandeur. » L'argent afflue, les publicitaires se battent pour gérer son image, placer des produits dans son émission, des millions d'anonymes envoient des dons à sa fondation caritative.
La consécration intervient avec son show TV, grande messe nationale, qui fait trembler les politiques de tous bords. Lonesome Rhodes devient un état dans l'état et profite de son influence pour s'adresser directement aux gouvernants étrangers, comme Winston Churchill.
Ivre de pouvoir et d'alcool, il se tue accidentellement avant d'avoir eu le temps de déclarer la guerre aux « angliches » et aux « ruskoffs ».
Adaptée au cinéma par Elia Kazan, Un homme dans la foule est une satire féroce, angoissante, du populisme et de l'influence des médias de masse. Écrit en écho au maccarthysme de l'époque, l'irrésistible ascension de l'incontrôlable et outrancier Lonesome Rhodes ne peut que résonner aujourd'hui.
pour la première fois sont publiés dans un même volume les carnets du congo et du goût des voyages de joseph conrad qui constituent d'un côté la véritable matrice de cour des ténèbres et, de l'autre, la dernière réflexion d'un écrivain sur ses choix de vie.
cette nouvelle traduction de textes, en partie inédits en français, et l'originalité de cette présentation permettent de comprendre le cheminement créatif de l'oeuvre de conrad et d'en saisir l'unité autour de la géographie. se dessine alors l'itinéraire d'un enfant amoureux des cartes, passionné par les récits des navigateurs, qui, à son tour, deviendra capitaine au long cours puis écrivain : ultime métamorphose d'un homme dont la seule terre promise fut la littérature.
car la vie de conrad fut une succession de renoncements - à son pays natal, la pologne, à un destin d'explorateur, à une carrière de marin et même à ses amours - pour se construire un territoire exclusif, celui de l'écriture, qu'il arpenta jusqu'aux limites extrêmes du possible, de ses propres forces et de son propre entendement. " j'irai là! " répétait-il en désignant à la fois l'afrique mais aussi le coeur des ténèbres de la condition humaine.
voici donc, réunis dans un même livre, l'acte de naissance et le testament ironique d'un aventurier, d'un marin et d'un écrivain.