Editions B42

  • Dans cet essai, Sarah Schulman fait le pari de lier les relations intimes, les luttes contemporaines autour du racisme ou du sida et la politique internationale. Elle met en avant la persistance, ici et là, de fallacieuses accusations d'agressions mobilisées pour décliner la responsabilité de chacun dans une situation conflictuelle.

  • Dans cet ouvrage, Michael Taussig prend comme point de départ la proposition de bâtir un musée de la Cocaïne.
    C'est depuis ce simulacre de musée, qui serait l'image reflétée du musée de l'Or de la banque centrale de Colombie que l'auteur dresse un portrait sans concession de la vie des mineurs Afro-colombien aspiré dans le monde dangereux de la production de cocaïne dans le fin fond de la forêt tropical, sur la côte pacifique de la Colombie.
    L'or et la cocaïne sont les deux matériaux bruts de Mon musée de la Cocaïne et les éléments privilégiés d'un mystérieux système de transmutation. Taussig nous décrit en effet comment le pouvoir du capitalisme globalisé transforme la boue et la crasse du littoral colombien en objet de désir pour les banquiers de Wall Street. Mais ce qui lui importe plus que tout est qu'au cours de cette transformation et de ce raffinement, ces deux substances ramènent avec elles une histoire de l'oppression et de l'esclavage: « La mort suit ces substance dans la même proportion qu'elle les anime, les enchante et leur donne la vie. » En affirmant que l'or et la cocaïne sont des « miasmes congelés », Taussig renvoie à leur site de production. Il décrit la violence, la pauvreté, mais aussi les croyances qui surgissent des marais envahis de mangroves et des rivières tropicales qui, pendant plus de 500 ans, ont attiré, ruiné et décontenancé Amérindiens, orpailleurs, conquistadors et pirates, esclaves Africains, ingénieurs Russes et guérilleros marxistes.
    Mon musée de la Cocaïne se présente comme un assemblage éclectique d'histoires et d'anecdotes, présenté comme autant de salles d'un hypothétique musée de la Cocaïne, au sein desquelles le lecteur est invité à déambuler, en croisant des références qui vont de Charles Dickens à Franz Kafka en passant par la poésie de Seamus Heaney.

  • Palma africana Nouv.

    Dans Palma Africana, l'anthropologue australien Michael Taussig poursuit son étude de la matière et explore la production d'huile de palme en Colombie. Alors que cette dernière envahit tout, des chips au vernis à ongles, et a fait son chemin pour envahir les biens de consommation courante présents sur les étals de nos supermarchés, l'auteur examine les conséquences écologiques, politiques et sociales de cette exploitation. La production mondiale d'huile de palme a presque doublé en vingt ans et les plantations de palmiers à huile remplacent peu à peu ce qui fut une oasis de vie pour les animaux, les oiseaux et les plantes. Dans un contexte encore marqué par le conflit entre la guérilla des FARC et les paramilitaires colombiens, l'agrobusiness en est venu à menacer l'habitat indigène, tout en donnant lieu à des conditions de travail abusives et à des violations majeures des droits de l'homme. Bien que la liste de l'intrication des horreurs induites par cette exploitation soit longue, nos terminologies habituelles («?disparition de l'habitat naturel?», «?violation des droits de l'homme?», «?changement climatique?»...) semblent dépassées. Sous la forme d'une déambulation anthropo-poétique au coeur des marécages colombiens, ce sont aussi les mots et l'écriture qu'interrogent l'auteur. Dans un récit riche en références littéraires, Michael Taussig prend date des ruminations de ses prédécesseurs, comme Roland Barthes, pour qui les arbres forment un alphabet où le palmier est le plus charmant. William Burroughs arguait, face à ses détracteurs, que les mots étaient aussi vivants que des animaux et n'aimaient pas être maintenus en pages - coupez ces dernières et ils seront rendus à leur liberté. Pensé à partir d'une vie d'exploration philosophique et ethnographique en Colombie, Palma Africana cherche à contrecarrer la banalité de la destruction du monde et offre une vision pénétrante de notre condition humaine. Illustré de photographies prises sur le terrain par l'auteur et écrit avec la verve expérimentale propre à l'anthropologue, ce livre est le Triste Tropique de Michael Taussig pour le XXIe siècle.

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