Fata Morgana

  • A la fin d'un dîner entre un banquier et l'un de ses amis, ce dernier s'interroge sur la manière dont ce «gros commerçant et accapareur notable» peut concilier l'exercice de sa profession avec de prétendues convictions anarchistes. Par le biais du dialogue socratique, ce pamphlet fustige les sophismes éhontés d'une bonne société «intellectuelle» qui se pique d'esprit révolutionnaire : la critique évoque irrésistiblement celle de la «gauche caviar». Publié pour la première fois en 1922, Le banquier anarchiste est le seul récit au sens strict dont Pessoa soit venu à bout. Il tenait à ce texte au point de le signer de son nom véritable et d'en prévoir la traduction anglaise en espérant pour lui une «carrière» européenne.

  • Découvrez Une vieille histoire, le livre de Jonathan Littell

  • Regards sur la mer Nouv.

    Regards sur la mer

    Paul Valéry

    Heureux les paresseux au soleil accoudés sur les parapets de cette pierre d'un blanc si pur dont les «Ponts et Chaussées» bâtissent leurs digues et brise-lames ! D'autres sont couchés à plat ventre sur les blocs avancés que le flot peu à peu ronge, fissure et désagrège. D'autres pêchent ; se piquent les doigts sous l'eau aux ambulacres des oursins, attaquent du couteau les coquilles collées aux roches. Il y a, tout autour des ports, une faune de tels oisifs, mi-philosophes, mi-mollusques. Point de compagnons plus agréables pour un poète. Ils sont les véritables amateurs du Théâtre Marin :
    Rien de la vie du port qui leur échappe.
    Paul Valéry invite l'oeil des hommes à se perdre, à plonger dans une rêverie abyssale : il scrute l'esprit comme on caresse l'horizon et livre un hymne à la mer gorgée de poésie. Si l'on sait la place qu'occupe la Méditerranée dans l'oeuvre du penseur sétois, sa réflexion déborde ici d'une passion intimement libératrice : le poète est à nu.
    Cette publication s'inscrit dans la collection menée en collaboration avec le musée Paul Valéry :
    Petit format à petit prix pour servir les textes les plus essentiels.

  • Si Marseille est la ville où Walter Benjamin vécut ses dernières semaines durant l'été 1940 avant sa mort tragique, elle est également, dès 1928 le champ d'expériences nouvelles. Expériences olfactives et chromatiques, dont celle qu'il relate ici, au gré de ses déambulations sur le vieux port, le cours Belsunce et la Canebière pris par l'ivresse du haschich.

  • Comme il l'avait fait avec La mue, Pierre Bergounioux revient sur ses déméles avec le temps et son inlassable travail sur l'existence. A toutes les échelles de l'histoire, il en flaire et détoure les empreintes. Tout n'est que résurgence dans ces Métamorphoses où chacun des actes présent semble procéder d'une cause à venir, et inversement.

  • Fragments Nouv.

    Fragments

    Héraclite

    Les chercheurs d'or remuent beaucoup de terre et trouvent peu (d'or) Il se purifient en se souillant d'un nouveau sang, comme si, ayant marché dans la boue, quelqu'un se lavait avec de la boue : on le prendrait pour un fou en le voyant. Et ils font leur prières à des statues, comme on parlerait avec des murs. Ils ne savent rien de ce que sont dieux et héros.
    Tout est mesure du destin.
    «Héraclite ne se reconnaissait pas de maître. Je me suis cherché moi-même, nous dit-il au fragment 101. Ou peut-être : j'ai cherché en moi-même, à l'écoute d'une autre voix. Parole en suspens , pour ainsi dire non prononcée, mais donnant lieu , comme en écho, à toute juste parole humaine.
    Parole cosmique - parole, mais cosmique : premier et dernier mot de toutes choses. Tel est bien le sens de ce terme (logos) entre tous fondateur, qu'il n'inventa pas, mais prit comme beaucoup d'autres dans le langage commun, en le chargeant d'un sens nouveau.»

  • Le génie de Baudelaire, qui trouve sa nourriture dans la mélancolie, est un génie allégorique.
    Pour la première fois chez Baudelaire, Paris devient objet de poésie lyrique. Cette poësie locale est à l'encontre de toute poësie de terroir. Le regard que le génie allégorique plonge dans la ville trahit bien plutôt le sentiment d'une profonde aliénation. C'est là le regard d'un flâneur, dont le genre de vie dissimule derrière un mirage bienfaisant la détresse des habitants futurs de nos métropoles.
    Cet «exposé», fut rédigé en français par Benjamin en 1939. Il annonce ce qu'aurait dû être Le livre des passages, resté à l'état fragmentaire, qui se voulait «une histoire sociale de Paris au XIXe siècle» et tente de «montrer comment les formes de vie nouvelle et les nouvelles créations à base économique et technique entrent dans l'univers d'une fantasmagorie. A des fantasmagories du marché, où les hommes n'apparaissent que sous des aspects typiques, correspondent celles de l'intérieur, qui se trouvent constituées par le penchant impérieux de l'homme à laisser dans les pièces qu'il habite l'empreinte de son existence individuelle privée. Quant à la fantasmagorie de la civilisation elle-même, elle a trouvé son champion dans Haussmann, et son expression manifeste dans ses transformations de Paris».

  • Très présente dans le Journal de Raymond Queneau où il y fait allusion à de nombreuses reprises comme à un travail de la plus haute importance, cette pièce inachevée de 1940 se présente comme une fable biblique dramatisée. Sont en scène quatre anges déchus et trois archanges au moment de la création de l'homme... En rival du créateur une trinité angélique et maudite (Lucifer, le Diable et Satan) figure unique composée de trois personnages se voit assistée de l'énigmatique Monsieur Phosphore, en retrait, porteur de lumière, voué à l'humanité et à la réflexion. Raymond Queneau vient de rompre avec Breton et le surréalisme et cette image de la Création enrobée de mythologie annonce autant l'académie Goncourt que le collège de 'Pataphysique...

  • Je lis pour remplir un temps sans gaieté, les magnifiques drames de Don Pedro Calderon de la Barca. Cela vaut Shakespeare. Il est vrai que pour toi tous ces inconnus sont égaux. Je t'engage à travailler. Tu n'es pas sans en avoir besoin. N'attends pas que le besoin se fasse sentir. Tu fais des fautes qui commencent à être assez ridicules. Je vois dans ta lettre qu'une conversation n'est pas ininterréssante - et que tu es inviter chez Simonne. Renonçons à ces petites ordures grammaticales.
    J'espère surtout que Mr Co, une fois habillé, ne voudra pas que son cerveau soit moins bien doté que son derrière. Soyez chics, très bien, mais de toutes parts. Il y en a qui ont les pieds propres et les idées vaseuses. Je préfère l'inverse. Et je désire encore plus que tout soit net, intus et extra. Je l'engage à se méfier de l'histoire et à se tenir au courant de ce côté pour ne pas avoir à tout avaler en fin d'année. Qu'il se munisse aussi en littérature. Je regrette que pendant ces vacances il n'ait pas pu se donner à la pratique pure et simple du calcul des logarithmes et des sinus - C'était une machine acquise et il n'y avait plus à y penser.
    Désormais conservée au Musée Paul Valéry de Sète, cette myriade de lettres entre un père et sa fille dévoile un Valéry assoiffé d'affection et rongé d'inquiétudes («Angoisse, mon véritable métier», notait-il en 1910). Avec Agathe, née en 1906 et future gardienne de son oeuvre, il partage une tendresse exacerbée qui, sans jamais tarir, demeurera au coeur de sa vie d'écrivain. Du foyer familial, creuset littéraire et artistique, à son mariage avec Paul Rouart, petit-fils d'Henri Rouart, Agathe n'a cessé de recevoir de son père les témoignages d'un amour inaltérable. Une correspondance rare où la sensibilité se drape parfois d'un humour grinçant qui, sans nul doute, viendra bousculer la réputation de «froide rigueur» qui colle à la peau de ce penseur majeur du vingtième siècle.

  • L'empreinte

    Pierre Bergounioux

    Pierre Bergounioux ne cesse d'interroger l'épaisseur : l'empreinte est celle du limousin paternel dont il s'applique à retrouver contours, couleurs et contrastes. Sans cesse mêlés le temps long de la terre et celui, bref, des hommes se chevauchent et se répondent. Indisponible depuis près de dix ans, cette nouvelle édition creuse, avec Métamorphoses, les interrogations de Pierre Bergounioux sur le temps.

  • Bras cassé

    Henri Michaux

    Il boudait. Ce bras qui l'avait lâché, il le lâchait à son tour, et vainement encore cinq mois plus tard la kinésithérapeute m'exhortait à rentrer dans mon bras, mais je me débrouillais avec le gauche, m'étant mis tant bien que mal, dès le lendemain de la chute, malgré sa maladresse, sa presque inexistence, à écrire vermiculairement de la main gauche pour ne pas perdre trace entière de cet aspect gelé et belle-au-bois-dormant de la nature, dont il fallait que je prenne note, afin de ne jamais plus l'oublier, ni l'omettre dans mes futures possibles investigations.
    L'individu a au moins deux manières très distinctes de vivre son corps : à ces deux modes de vie s'accordent les noms de droit et de gauche. Dans le corps droit est perçue la représentation sociale, déterminante du corps visible, a contrario, le corps gauche est une manière intérieure, porté par les sensations et l'imagination. Un bras cassé, le droit, provoque une rupture dans la perception du corps, point de départ de ce texte, voyage intérieur, côté gauche.
    Ce titre était indisponible depuis trop longtemps alors qu'il est au centre du catalogue.

  • J'ai tué

    Blaise Cendrars

    Lorsque la guerre de 14 éclate, Cendrars s'engage comme volontaire ; il est blessé et perd son bras droit en 1915. L'expérience du combat et de la mort réapparaîtra constamment dans son oeuvre, à commencer par ce premier pamphlet écrit de la main gauche dénonçant violemment l'ignominie de la guerre. Nous reprenons ici en fac simile l'édition originale imprimée en couleurs par François Bernouard en 1918.

  • " Qu'il meure de ma main ou que je meure de la sienne, il n'assouvira pas sa faim, il n'entendra pas le mot de l'énigme ; pas plus que je ne l'entendrai, moi, Aetius. Tout cela me lasse jusqu'à la mort. Tout cela doit être. Combattons. Des chevaux galopent, des flèches passent comme un vol d'ibis. Mon casque. "

  • Ode maritime

    Fernando Pessoa

    Publié du vivant de Fernando Pessoa, sous le nom de Álvaro de Campos - l'un de ses hétéronymes, ingénieur et poète futuriste - Ode maritime est l'un des plus célèbres et plus beaux poèmes de l'auteur. La Différence a déjà publié ce texte dans le tome III des " oeuvres complètes " (épuisé). Pour la présente édition, bilingue, la traduction a été revue et corrigée par Claude Régy et Parcídio Gonçalves, à l'occasion de sa création sur scène par Claude Régy en juin 2009.

  • Saisir

    Henri Michaux

    Voyage parmi les signes et les mots : Henri Michaux nous invite à entrer dans la genèse d'une oeuvre, à le suivre dans le tonique mystère de son combat contre les formes existantes. Progression de la main sur le papier : l'écriture court et multiplie trajets et tentatives. Elle appelle avec force le mouvement : élans, suspensions, pour que rien ne s'arrête.

  • Zoologiques

    Eric Chevillard

    LUI - Et donc, mesdames messieurs, les lettres que vous voyez assemblées sur cet écriteau forment le mot tapirs. Contrairement aux lettres T.A.M.A.N.O.I.R.S. qui, malgré un bon début et même un excellent départ, échouent dans leur tentative. Leur effort n'est pas absolument vain cependant et les trois dernières comme les deux premières ne détonneraient pas dans le mot tapirs, c'est vrai, elles ne dépareraient pas le mot tapirs. Mais entre celles-ci et celles-là, hélas, il s'en trouve quatre autres, observez bien, le M, le A, le N et le O qui sont tout à fait déplacées, tout à fait hors de propos pour ne pas dire saugrenues, qui infléchissent considérablement le sens, qui le faussent, avouons-le, si bien que le mot formé finalement désigne tout autre chose que nous, nomme une autre réalité, une autre bête, car enfin, combien de fois faudra-t-il vous le dire...
    ENSEMBLE - Nous ne sommes pas des tamanoirs !
    LUI - Nom de Dieu !
    Crabes, punaises, hérissons, orang-outans ou, plus récemment, tortues, l'animal fait partie de la panoplie littéraire d'Eric Chevillard. Indiscrète plongée au coeur du zoo, ces dix-huit dialogues d'animaux, qui agissent à la fois comme loupe et miroir, révèlent autant qu'il auscultent : nous voici scrutés par un verbe vicieux...

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