Kime

  • La nature

    Collectif

    • Kime
    • 22 Février 2001

    Sommaire : Dominique Bourg, Crise écologique et idée de nature / André Simha, La nature au défaut du discours / Louis Ucciani, Toutes les choses du monde / Stéphane Haber, Les apories de la libération animale : Peter Singer et ses critiques / Jean-Michel Le Lannou, La fonction « Nature »

  • Qui t'aime ainsi

    Edith Bruck

    • Kime
    • 10 Avril 2017

    Edith Bruck, née en Hongrie en 1932 dans une famille juive, vit en Italie depuis 1954. Avec Chi ti ama così, publié en 1959 chez Lerici (Milan), réédité en 1974 chez Marsilio Editori, elle écrit son premier livre en italien, un témoignage déchirant sur sa déportation à Auschwitz, à 12 ans, avec ses parents, ses deux frères et une de ses soeurs. Elle n'est revenue qu'avec son frère aîné et sa soeur.
    Edith Bruck fait le récit de la vie quotidienne de sa famille, très pauvre, en butte à l'antisémitisme dans un petit village de Hongrie et de sa déportation en mai 1944. Brutalement séparée de sa mère en arrivant à Auschwitz lors de la sélection, elle a pu rester avec sa soeur Eliz et, ensemble, elles sont allées d'un camp nazi à l'autre jusqu'à leur libération à Bergen Belsen en avril 1945. Elle insiste ensuite sur les années de l'après Shoah où devenue orpheline à 13 ans, elle tente la difficile reconstruction de sa vie. Elle fait le choix d'un récit intime où elle raconte sa vie sentimentale chaotique, commencée beaucoup trop tôt, sans repères, à la recherche éperdue d'affection. Elle décrit son retour en Hongrie où personne ne l'attend, son errance en Europe, les camps de réfugiés installés par l'AJDC. Elle raconte ensuite son voyage puis son séjour en Israël où elle n'est pas restée. À la fin du récit, elle vient juste d'avoir vingt ans et a déjà divorcé trois fois.
    Edith Bruck est encore méconnue en France. Un seul de ses livres a été récemment traduit en français avec une introduction de Philippe Mesnard : Signora Auschwitz, le don de la parole, Editions Kimé, 2015 En Italie, Edith Bruck est un auteur connu et reconnu.

  • Ainsi parlait Zarathoustra

    Friedrich Nietzsche

    • Kime
    • 15 Février 2012

    Ecrit par Nietzsche entre 1882 et 1885 Ainsi parlait Zarathoustra est l'une des oeuvres majeures de la littérature allemande et l'une des oeuvres majeures de l'histoire de la philosophie.
    Sous une forme poétique qui en fait un chef d'oeuvre littéraire mais qui n'a pas facilité toujours l'accès à sa pensée profonde et qui a suscité bien des malentendus Nietzche y réalise une mise en place de tous les grands thèmes de sa philosophie. Il y montre que l'humanité est menacée de découragement et du pire laisser-aller du fait que s'est perdue la foi en Dieu, foi qui constituait depuis des millénaires le socle de la civilisation occidentale.
    Il explique comment, pour éviter ce double danger l'homme doit se faire " surhomme ", c'est à dire remplacer Dieu dans son rôle de fondement de la morale et de toute la civilisation, et comment cette nouvelle morale et cette nouvelle civilisation impliquent une nouvelle conception du monde, une nouvelle métaphysique. Il examine enfin, sans illusion mais sans se décourager, la manière dont la civilisation contemporaine - contemporaine à Nietzsche, mais aussi contemporaine à ses lecteurs d'aujourd'hui - est en mesure d'écouter son message.

  • Ce livre propose de relire la philosophie de Walter Benjamin à partir de sa cosmologie. Le cosmos de Benjamin n'est pas un univers ordonné, composé de corps célestes identifiables, mais l'occasion d'une expérience fulgurante : dans l'univers post-copernicien de Benjamin, l'intériorité du désir et l'extériorité des étoiles, le politique et le théologique, le présent et le distant passé se rencontrent sans fusionner. Situant Benjamin dans la tradition philosophique (G. W. Leibniz, K. Marx, F. Hegel) tout en s'appuyant sur des pensées contemporaines (J. Butler, S. Hartmann, M. Löwy), ce livre crée une « correspondance » entre Benjamin et notre actualité. Dans un monde soumis aux replis nationalistes, aux virus destructeurs d'altérité et à l'intrusion technologique, le lointain semble s'évanouir. En prise avec l'histoire la plus récente, celle du New Space et de la Sixième Extinction, de Black Lives Matter et des Communes éphémères, ce livre soutient qu'aucune transformation politique radicale, aucune émancipation, aucun communisme n'est possible, et souhaitable, sans relation avec un lointain - telle l'Étoile du Nord que les esclaves en fuite suivaient dans le ciel nocturne pour les guider vers la liberté.

  • Le nihilisme européen

    Friedrich Nietzsche

    • Kime
    • 25 Janvier 1997

    Dans ces pages datées du 10 juin 1887, Nietzsche conçoit un nihilisme européen : concept daté et circonstancié, historique et géographique, philosophique, et tout à la fois moral et politique, bien plus que métaphysique ou mystique. Analysant les valeurs sacrées et éternelles, il prononce la parole déraisonnable de l'imprécateur. Mais son intention est de purifier la société européenne.

  • Comment des écrivains qui n'ont pas vécu la Shoah racontent-ils cet événement ? En France, cette question s'est posée de manière polémique à la parution des Bienveillantes de Jonathan Littell (2006) et de Jan Karski de Yannick Haenel (2009).
    Cet essai est consacré à l'ensemble de la littérature écrite en français par la génération des petits-enfants, soit par vingt-deux auteurs, qu'il s'agisse de descendants de victimes de la Shoah ou d'auteurs qui se sentent héritiers de cette mémoire.
    L'analyse de ces oeuvres permet de se pencher sur des questions très actuelles, comme la délicate appropriation d'un héritage, les supposés dangers de la fiction, ou encore l'utopie qui consiste à croire que l'on peut se faire témoin du témoin ou réparer le passé.

  • Médée

    Euripide

    • Kime
    • 4 Septembre 2009

    Cette traduction nouvelle de la Médée d'Euripide par Florence Dupont est une commande du metteur en scène Laurent Fréchuret, Directeur du Centre de Sartrouville et des Yvelines Centre Dramatique National pour une création en octobre 2009.
    Elle est donc destinée à la scène, c'est pourquoi le texte français laisse volontairement de l'espace aux acteurs afin qu'ils s'approprient le texte et ne comprend aucune ponctuation, c'est à chaque acteur en l'oralisant de lui donner forme par ses pauses et ses intonations. Florence Dupont et Laurent Fréchuret ont travaillé ensemble à un projet visant à retrouver la force spectaculaire du théâtre grec ancien, en particulier les émotions directement créées par le "décor sonore" : musique du choeur et voix des acteurs, chantées ou non.
    La traduction comme la mise en scène partent de la structure musicale de la pièce et s'organisent à partir des choeurs et de la musique. C'est pourquoi le texte indique par la typographie (italique) les passages chantés afin de les distinguer des passages parlés.

  • Qu'est-ce qu'engage la question « comment juger » ? En quoi celui qui juge est-il en même temps jugé par son propre jugement, sans cesse confronté à l'exigence de juger ? Ces interrogations se plient en deux marges qui s'équilibrent et se croisent l'une à l'autre. D'une part, la loi absente. Point de vue négatif correspondant à une condition positive, à l'avantage d'une contrainte, d'une obligation: il faut trouver la loi. D'autre part, le droit ne coïncide pas avec la loi de nature: il concerne des arrêts que la faculté de juger se prescrit elle-même. Ces aspects s'accordent et se relancent mutuellement dans le reniement de la puissance des origines en faveur de celle de l'alliance : alliance non pas sur la base d'une provenance commune, mais d'objectifs partagés. Ce qui met en jeu la question de la nondérivabilité des critères du jugement. Ou, dit en d'autres termes: afin d'éviter la chute dans le totalitarisme et dans la barbarie, l'action normative ne peut que renoncer à s'imposer à ses objets selon un modèle donné à l'avance qu'il faudrait tout simplement appliquer.
    Professeur de Sociologie de la Culture et de la Communication à l'Université Iuav de Venise, il a tenu des cours à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et à l'Université Sorbonne Paris Nord. Il a édité et introduit le volume Jean-Luc Nancy, Dies Irae, Westminster University Press. Il a publié le manuel Sociologie de la communication (Éditions Bruno Mondadori) et les monographies Sociologie de la culture entre critique et clinique (Éditions Mimesis); Georges Bataille sociologue de la connaissance (Éditions Costa & Nolan), L'appareil et le hasard (Éditions Postmedia), Projet et production artistiques comme action sociale (Éditions Aracne). Ses articles sont apparus dans maintes revues scientifiques internationales.

  • Tant par son oeuvre politique importante que par le potentiel créateur de son travail sur la perception, l'expression et l'ontologie, Maurice Merleau-Ponty a exercé une influence peu remarquée sur la pensée politique française. Aux lectures des Aron, Sartre et Lefort qui ont déterminé la compréhension et le sens politiques de l'oeuvre de Merleau-Ponty s'ajoute une postérité immédiate chez ses contemporains. Colette Audry, Tran Duc Thao, Jean-Toussaint Desanti, et Frantz Fanon furent marqués par leur proximité à Merleau-Ponty tout autant que par ses écrits, reprenant chacun une attitude à leur propre compte. Une postérité silencieuse, quelque peu différée, se remarque chez Cornelius Castoriadis, Françoise Collin et Jean-François Lyotard, qui construisirent leurs pensées dans une rupture créative avec celle de Merleau-Ponty. Enfin, la postérité politique de Merleau-Ponty se fait sentir dans le moment qui nous est contemporain : Vincent Peillon, Marc Crépon et Luce Irigaray reviennent ici sur leur relation à sa philosophie et sur ce qu'elle permet de penser. À travers ces postérités, les contributrices et contributeurs de cet ouvrage se penchent ainsi sur les questions de l'engagement militant et philosophique, de la relationalité et de l'altérité, de la racisation et des émotions, du corps et de la parole, de la vie esthétique, l'ontologie et la révolution, le républicanisme, le conflit et les épreuves historiques, ou encore le toucher et la culture politique.

  • Thomas le solitaire Nouv.

    Thomas le solitaire

    Maurice Blanchot

    • Kime
    • 13 Mai 2022

    Dans la note qui précède la « nouvelle version » de Thomas l'Obscur (récit) de 1950, Maurice Blanchot explique avoir travaillé à ce projet d'écriture « à partir de 1932 ». Ce n'est pourtant qu'en mai 1940 qu'il s'est décidé à remettre à Jean Paulhan le manuscrit de Thomas l'Obscur (roman), ouvrage qui paraîtra chez Gallimard en septembre 1941. Entre 1932 et 1940 ce texte de Blanchot a traversé, on le sait, plusieurs états différents. C'est l'une de ces versions, intitulée Thomas le Solitaire, inédite à ce jour, retrouvée dans les archives personnelles de Blanchot après la mort de celui-ci en 2003, qu'avec l'aimable autorisation de l'ayant droit, Mme Cidalia Fernandez Blanchot, et le précieux concours de Eric Hoppenot nous livrons aujourd'hui pour la première fois au public.

  • En parcourant les lieux par où elle est passée, ce livre tente de reconstituer le chemin intellectuel et spirituel de Simone Weil. A chaque lieu, qui constitue un moment mental, est attaché un questionnement majeur de son oeuvre, si bien qu'à la fin la pensée de la philosophe apparaît dans sa globalité : c'est d'abord une philosophie de l'esprit où le miracle de la pensée tient dans le mystère des inspirations qui nous traversent. Mais Simone Weil ne peut suivre le fil de ses pensées que si elle se confronte à l'actualité de son époque, de 1929 à 1943, et qu'à travers les milieux sociaux très différents où elle sème le trouble (du syndicalisme à la France libre de Londres, en passant par le monde des usines, la guerre d'Espagne, l'exode de Juifs français) et les rencontres qu'elle fait. C'est une pensée à la fois très intérieure (mystique même) et complètement ouverte aux problèmes économiques, sociaux et politiques d'une tranche d'Histoire que ces pages essaient de reconstruire à partir de la géographie concrète que sa vie dessine. Cependant, l'ouvrage refuse d'enfermer Simone Weil en son temps et prend le risque d'actualiser sa pensée en interrogeant ce que sont devenus les campagnes, les villes et les pays qu'elle a traversés, jusqu'à faire un état des lieux de la France d'aujourd'hui.
    Une lecture des lieux à partir de sa pensée ; une lecture de sa pensée à travers les lieux.

  • « Poétique du savoir : étude de l'ensemble des procédures littéraires par lesquelles un discours se soustrait à la littérature, se donne un statut de science et le signifie ». C'est de cette façon, en apparence modeste, que Jacques Rancière débute Les noms de l'histoire (1992). Mais comment comprendre cette affirmation a priori paradoxale selon laquelle une telle poétique utiliserait des « procédures littéraires » pour mieux se soustraire à la littérature ? Que penser, en outre, de cette idée selon laquelle l'historiographie telle qu'elle s'est pratiquée jusqu'ici aurait systématiquement occulté les conditions même de toute historicité ? L'essai s'avère rapidement être une critique lucide et radicale des fondements mêmes du savoir historique, prenant appui sur certaines hypothèses majeures que le philosophe n'aura de cesse de développer durant tout son parcours : le nouage entre politique et esthétique, l'alliance entre littérature et démocratie caractérisée par un désordre salutaire de la parole. Pourtant, malgré le caractère familier de ces termes pour le lecteur de Jacques Rancière, l'essai conserve toute sa densité, et même une certaine part d'équivocité : c'est parfois entre les lignes qu'il convient de traquer la position de l'auteur, et surtout de cerner les contours de cette « histoire hérétique » vers laquelle il nous entraîne et qui conserve toute son actualité.
    Fruit d'un travail collectif consacré à cet essai, le présent ouvrage a pour ambition de rassembler des contributions dissensuelles : à l'image de la philosophie qui les inspire, celles-ci, en confrontant Rancière à ceux avec qui il entre en dialogue (Michelet, Benjamin, Althusser, Thompson et d'autres), visent à leur tour à éclairer la force, et parfois les zones d'ombre, de la poétique de cette pensée qui se veut elle-même « hérétique ».

  • Rabelais ne parle pas que des mots, il désigne des choses. Il se noue une intrigue au coeur de l'oeuvre de Rabelais qui pourrait retenir l'attention des philosophes, pour peu qu'ils se souviennent de la vie des choses, au risque de leur obscénité. L'encyclopédie rabelaisienne n'est pas seulement un monde de signes empilés pour le seul plaisir de la dissémination. Le moine indigne et le voyageur masqué, le médecin au grand coeur et le savant sévère n'ont pas encore livré tous leurs secrets, malgré des siècles de commentaire. Il était naturel que quelques Pantagruélistes se donnent un temps de réflexion autour de la « fine follie » revendiquée par le pronostiqueur de toutes les Renaissances de l'esprit. Quel étonnement alors si le fameux bateleur devient notre Présocratique, notre Architecte, notre Réformateur?

  • Nos mots et les leurs : autour d'un texte de Carlo Ginzburg Nouv.

    Le numéro 16 de la revue Incidence est organisé autour d'un essai de Carlo Ginzburg qui touche au coeur ignoré de la plus brûlante actualité, dans le monde globalisé qui est le nôtre, celle qui voit se déchaîner des conflits entre les cultures, les genres, les religions... : « Nos mots et les leurs. Une réflexion sur le métier d'historien, aujourd'hui ». Que peut apporter la réflexion d'un historien sur la démarche qui permettrait de tenter de comprendre l'autre, celui qui est en face? Carlo Ginzburg, à partir de son métier, préconise une attitude critique et détachée qui exige de prendre en compte deux niveaux, non seulement celui de la parole de ceux qui se font entendre à travers les traces laissées par l'Histoire, mais aussi celui de l'observateur lui-même impliqué dans sa recherche avec ses propres mots, et les façons de penser qu'il partage avec ses contemporains. L'historien part donc de ses propres questions, inévitablement anachroniques, pour chercher des réponses, mais ces réponses modifient elles-mêmes les questions, de sorte que, dans un jeu dynamique d'allers et retours, s'affine peu à peu la possibilité de parvenir à l'interprétation des sources en reconstruisant les modes de pensée des individus et des sociétés des époques analysées, si différentes des nôtres. Mais il précise bien que cela reste une interprétation, c'est à dire que même parvenu à restituer les réponses apportées par les documents, il doit garder à l'esprit qu'il y a toujours un travail de traduction. Il est donc important de maintenir la tension entre les questions et les réponses, nos mots et les leurs. Ce que l'historien a élaboré pour tenter de penser le passé peut servir de modèle pour aider à franchir les distances qui séparent aujourd'hui les genres, les cultures, les nations etc. au niveau mondial. Carlo Ginzburg dans le déroulement de ce fil réflexif ne cesse de rayonner vers les autres sciences humaines, s'enrichissant de cette ouverture constante aux disciplines elles aussi confrontées aux nécessités de l'enquête et de l'interprétation: la linguistique et l'anthropologie qu'il donne en exemple de cette rigueur méthodologique, mais aussi la philologie et la littérature. La revue Incidence réunit ici des chercheurs de grande compétence, de sciences humaines, et de critique littéraire, pour dialoguer avec lui à partir des problèmes auxquels ils sont confrontés dans leur propre domaine d'étude.

  • Après Renan et Fichte, ce livre propose une nouvelle définition philosophique de la nation. Il s'agit de cerner ce qui fait d'une nation une nation. Il s'agit de montrer en quoi la nation se distingue à la fois de la famille et de la religion, de la tribu et de l'Empire, de la société et de l'Etat. Il s'agit surtout de montrer en quoi le nationalisme, loin d'être un régime social et politique parmi les autres, est la revendication d'une dimension fondamentale de l'existence humaine, en tant que celle-ci intègre le sens du sacrifice.
    Contre le matérialisme et contre la déconstruction de la nation, il s'agit de proposer une nouvelle conception spiritualiste de la nation. Contre le mondialisme, il s'agit de montrer en quoi la nation est le cadre par excellence de la véritable démocratie. Contre l'abstraction libérale de l'Etat de droit, il s'agit de revendiquer un nationalisme démocratique concret.
    Contre toute forme de totalitarisme, la position de l'auteur n'exclut pas une part pragmatique de républicanisme voire de libéralisme bien compris, ni même une part de monarchisme nostalgique.
    L'auteur défend plus précisément, par-delà toute structure institutionnelle, l'idée singulière d'un anarchisme national comme fondement de toute sociabilité humaine.

  • Au XIXe siècle en Europe, la capacité à fixer techniquement les images va changer la culture et les sociétés. Il s'agit d'un des vecteurs essentiels, avec les chemins de fer, de l'intégration par la société du progrès industriel. Dans son essai, Juliette Grange met en relation la philosophie positiviste et la daguerréotypie. Elle interroge l'essence de la technique photographique à ses débuts, entre enthousiasme et inquiétude.
    L'objectif introduit l'objectivité et l'exhaustivité de l'inventaire spatial ou temporel. Le portrait, la prose réaliste (Balzac se propose de «daguerréotyper la société»), transforment l'identité individuelle ou sociale.
    S'ajoute au volume la publication d'un certain nombre de textes de autour de l'invention de la photographie. En tout premier lieu le discours d'Arago, spécialiste de l'optique en même temps que grand républicain, à la Chambre des députés (1839). Ce discours sur Daguerre précipite l'invention technique dans le champ politique et constitue la photographie comme bien commun, à la disposition de tous. Le gouvernement français acquiert en effet le brevet pour «en doter libéralement le monde entier».
    Par ailleurs, les textes de Delacroix, Baudelaire, Valéry montrent la vivacité de l'interrogation sur la nature de la peinture et de la littérature dans ses rapports avec la technique.

  • Retours proustiens : qu'est-ce qu'un événement littéraire ? Nouv.

    Ce livre analyse de manière suivie et lyrique ce qui se répète chez Proust. Il s'agit pour nous d'un geste de retour vers Proust, non seulement en tant que spécialiste ou chercheur universitaire, mais par des détours nombreux dans le champ de la création - la philosophie (Deleuze), l'image (Chris Marker), la sémiologie (Barthes), et de bien d'autres domaines. S'immerger dans l'événement littéraire qu'est À la Recherche du temps perdu nous protège de la dilution du moment actuel en « événements » médiatisés et médiatiques, déterminés à l'avance et figés ; en lisant Proust, nous affirmons notre liberté, nos marges de manoeuvres pour retrouver les intermittences du temps. Des entre-temps ou entre-images à travers quelques chapitres courts où les thématiques se suivent et se répètent de façon parfois inattendue.

  • Spinoza et la politique de la multitude, dirigé par Pierre-François Moreau, ENS Lyon, et Sonja Lavaert, de l'Université de Bruxelles. Cet ouvrage fait le point sur la notion de "multitude" avec des spécialistes de Spinoza, particulièrement Toni Negri, afin de voir comment l'auteur de L'Anomalie Sauvage se situe aujourd'hui, 40 ans après la publication de son ouvrage majeur sur Spinoza. L'Anomalie Sauvage, Puissance et pouvoir chez Spinoza a été, en effet, publié en 1981.
    C'est un livre qui faisait apparaître la nouveauté à la fois théorique et politique de la notion spinoziste de "multitude" ; une notion que Toni Negri allait reprendre pour lui-même - avec M. Hardt -comme titre de son livre Multitude de 2014.

  • Bien au-delà de la seule philosophie, le débat à Davos en 1929 entre Cassirer et Heidegger a marqué l'histoire des idées. Il a même donné naissance à des récits passablement légendaires qui négligeaient le contexte historique précis. Un nouveau regard s'impose, à la lumière des oeuvres publiées depuis lors. Les vingt-cinq tomes de l'édition allemande de référence de Cassirer ne sont disponibles que depuis 2007.
    S'y s'ajoutent les dix-sept tomes du Nachlass depuis 2017. Des 102 volumes de la Gesamtausgabe de Heidegger, édition de référence mais sans garantie scientifique, moins d'une dizaine reste programmée, mais d'ores et déjà la publication des cinq premiers volumes des Cahiers noirs a permis d'engager une relecture critique de l'ensemble. C'est donc à présent seulement que l'on peut véritablement évaluer les projets contrastés des deux auteurs.
    Leurs enjeux intéressent notamment le statut de la rationalité et des sciences, en particulier celles de la culture, aussi bien que le statut de la technique parmi les formes symboliques. Et tout autant, l'opposition entre la démocratie et la théologie politique ; entre la légitimité du cosmopolitisme et l'ontologie identitaire ; enfin, entre la possibilité même d'une éthique ou son rejet de principe.
    Tous ces thèmes contradictoires exigent aujourd'hui une révision critique, non seulement rétrospective, mais aussi ancrée dans le présent. Car au-delà même de la philosophie, des courants de pensée et des forces politiques en Europe et dans le monde poursuivent ces deux voies qui s'opposent aujourd'hui.

  • Dès leur parution, en 1951 et jusqu'à nos jours, Les Origines du Totalitarisme de Hannah Arendt s'est imposé comme une référence incontournable. Pourtant cette oeuvre est plus une synthèse des analyses (politique, historique, juridique, sociologique, ...) antérieures des systèmes totalitaires, qu'une interprétation entièrement originale.
    Ce livre se propose d'examiner les sources juridiques du modèle totalitaire arendtien. Il montre comment Hannah Arendt utilise aussi bien la théorie du droit d'inspiration critique (élaborée par des juristes en exil, en lutte contre totalitarisme, comme Ernst Fraenkel ou Franz Neumann) que la doctrine juridique dogmatique, développée par des juristes engagés dans les systèmes totalitaires, comme Carl Schmitt ou Theodor Maunz.

  • Le loser, l'Amérique et le cinéma

    Yves Pedrono

    • Kime
    • 16 Avril 2021

    L'idéologie américaine repose sur un principe : chacun peut réussir dans ce pays s'il s'en donne la peine. Cette assertion a inspiré un concept : le rêve américain. Cependant, comme dans tout autre pays, seule une minorité connaît le succès. Si l'essentiel du cinéma américain fait l'apologie des Etats-Unis, il existe un faible pourcentage de cinéastes qui ont choisi, dès la naissance du parlant au moins, d'offrir une image beaucoup plus sombre de leur pays.
    Ainsi est né un personnage paradoxalement très américain, le loser, celui qui, pour avoir cru au rêve, paye le plus souvent sa conviction au prix de sa déchéance et même de sa vie. En réalité, le loser est le produit de trois données : l'histoire, qui repose sur un quasi-génocide et sur l'esclavage ; le calvinisme, qui fait de l'élection divine le moteur de toute existence ; le capitalisme qui privilégie absolument la réussite économique au détriment de la loi sociale.
    Avec plus ou moins de constance, tous les genres cinématographiques ont montré des personnages de losers, mettant ainsi en évidence une véritable sociologie des laissés-pour-compte. Ce faisant, le cinéma américain, montrant les tares d'une société productrice d'individus trahis par l'illusion à laquelle elle incite à croire, démontre à la fois que l'Amérique n'est pas l'Eden dans lequel les Pèlerins ont pensé pénétrer, et qu'elle est condamnée, comme le loser, à l'échec, parce qu'elle contient dans ses fondements les tares qui auront raison d'elle.

  • La référence au populisme semble bien, en ce début de XXIe siècle, redoubler de fait et se faire de plus en plus accusatrice en droit dans le cadre des sociétés démocratiques désenchantées de notre temps.
    Une telle peur du loup populiste provient-elle d'un corps étranger qui menacerait de s'introduire, de l'extérieur, dans la bergerie démocratique ? Ou ne tient-elle pas, bien plutôt, à l'essence même de la démocratie et, plus particulièrement, à la crise de la représentation en politique qui sévit actuellement dans nos démocraties tiraillées entre les modèles représentatif, participatif et délibératif ? Si le populisme est bien « l'ennemi public numéro un », comme cela paraît être définitivement acquis pour la science et l'action politiques démocratiques, ne faut-il pas l'exclure de la cité voire l'excommunier de l'humanité ? S'il s'avérait, cependant, que le chef d'inculpation politique de populisme relève assez souvent d'un anathème idéologique anti-populaire, ne faudrait-il pas envisager d'accorder quelque place au populisme dans la refondation républicaine de la démocratie qui s'impose de plus en plus aujourd'hui ?

  • Cet ouvrage renvoie tout d'abord les « légendes » de la Commune à leurs insuffisances et à leur rapport biaisé aux faits. Puis il examine, sans préférence affirmée, la pensée des actrices et des acteurs, en s'efforçant d'en restituer aussi fidèlement que possible la pluralité. Trois principales conceptions de la Commune se combinèrent souvent au sein du mouvement pour définir celle-ci : soit comme un simple conseil républicain garant des franchises municipales de Paris, soit comme un gouvernement révolutionnaire central de la France, soit comme le complément politique des organisations de travailleurs dans la restructuration socialiste de la société.
    Pour ne pas réduire la Commune à un appendice meurtrier du passage de l'Empire à la République d'ordre, il faut réhabiliter la révolution théorique inachevée et la quête d'une alternative à la République bourgeoise qui mirent une population en mouvement autour de ces trois axes politiques.
    Dans cet esprit, la modeste mais ferme ambition de cet ouvrage est de contribuer à l'exploration de la philosophie politique et des pratiques politiques qui circulèrent dans le Paris libre du printemps 1871 et qui, aujourd'hui encore, portent des enseignements pour les révolutions contemporaines du Commun.

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