Littérature germanophone

  • Fraises

    Joseph Roth

    ?Dans ce texte de 1929, roman inachevé inspiré de son enfance, Joseph Roth met en scène un « chevalier d'industrie » qui revient sur ses jeunes années. Évocation d'une petite ville d'un pays de l'Est où beaucoup d'habitants vivent du commerce du houblon, d'une vie parfois rude, d'une famille de huit enfants et d'un père absent et ivrogne, ce texte est cependant empreint d'humour et de poésie. Le lecteur y croise des personnages haut en couleurs : monsieur le Comte, Pantaleymon, voleur battu par sa femme. La part autobiographique de ce fragment qui rappelle l'enfance de l'auteur à Brody, en Galicie, est indéniable.

  • Ce n'est certainement pas un hasard si ce texte, baptisé en allemand « Streitschrift » (littéralement : « texte de controverse »), est venu sous la plume de Wolfgang Sofsky en ce début de deuxième décennie du xxie siècle. Ce sociologue important, auteur de plusieurs ouvrages majeurs sur l'univers concentrationnaire et la violence, discerne dans les pratiques de surveillance de notre époque, et plus encore dans les motivations de ceux qui les mettent en place, une menace réelle et immédiate contre la liberté des citoyens, y compris dans les démocraties qui semblent les plus solides.
    Il dresse au début de son ouvrage un inventaire assez glaçant des mesures d'observation ou d'espionnage auxquelles chacun de nous est exposé dans ses actes les plus quotidiens.
    [...] Un maillage dense de surveillance de l'individu se met en place, susceptible, à tout moment de se refermer sur lui comme un filet, d'autant plus que chaque progression de la surveillance suscite de nouveaux interdits, et donc de nouvelles techniques de répression.

  • Cet écrit - le titre le révèle - est avant tout un délassement, une tache de lumière, un bond à côté dans l'oisiveté d'un psychologue. Peut-être est-ce aussi une guerre nouvelle ? Et peut-être y surprend-on les secrets de nouvelles idoles ?... Ce petit écrit est une grande déclaration de guerre ; et pour ce qui en est de surprendre les secrets des idoles, cette fois-ci ce ne sont pas des dieux à la mode, mais des idoles éternelles que l'on touche ici du marteau comme on ferait d'un diapason, - il n'y a, en dernière analyse, pas d'idoles plus anciennes, plus convaincues, plus boursouflées... Il n'y en a pas non plus de plus creuses. Cela n'empêche pas que ce soient celles en qui l'on croit le plus ; aussi, même dans les cas les plus nobles, ne les appelle-t-on nullement des idoles...

  • Le plus beau, dans mon terrier, c'est son silence.
    Silence trompeur, cependant. Il peut se briser d'un seul coup : alors tout sera terminé. Pour l'instant, il est encore là. Je peux passer des heures à me faufiler dans mes galeries sans rien entendre d'autre que, parfois, le froufroutement d'un petit animal quelconque que je ramène aussitôt au calme entre mes dents, ou le ruissellement de la terre qui m'annonce la nécessité d'une réparation ; pour le reste, le silence règne.
    Le vent porte à l'intérieur le parfum de la forêt, il fait chaud et frais à la fois. Parfois je m'étire et je me roule d'aise dans la galerie. Qu'il est beau d'avoir pareil terrier à l'approche du grand âge, d'avoir un toit au-dessus de la tête lorsque commence l'automne ! Tous les cent mètres, j'ai élargi les galeries pour y loger de petites places rondes, je peux m'y lover à mon aise, jouir de ma propre chaleur et me reposer.
    J'y dors du doux sommeil de la paix, du désir assouvi, de l'objectif atteint - posséder son chez-soi.

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