L'observatoire

  • « Le but de l'ouvrage que vous tenez entre les mains est de dire que la littérature ne doit pas être édulcorée, nettoyée ou purifiée. Les meilleurs livres sont souvent salaces, répugnants, couverts de crachats, obscènes, ils exploitent ce qu'il y a de plus voyeur en nous, ils exposent ce que la société voudrait masquer, ils révèlent la face obscure de notre humanité, ils fabriquent du beau avec du pervers, ils explorent les limites, dépassent les bornes, enfreignent les interdits. Mais surtout : ils se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Un bon livre est celui qui ne donne pas de leçons. » Dans un hit-parade aussi joyeux que corrosif, Frédéric Beigbeder inscrit pour l'éternité cinquante livres dans un panthéon littéraire où se croisent et s'apprivoisent Philip Roth, Simone de Beauvoir, Isaac Bashevis Singer, Virginie Despentes, Octave Mirbeau, Simon Liberati, Thomas Mann, ou Colette (évidemment). Et bien d'autres encore...

    Au-delà d'un top-50 revisité, c'est un véritable manifeste pour la littérature dans sa forme la plus pure et impure que signe Frédéric Beigbeder ; un remède imparable à notre époque en gueule de bois.

  • Notre vagabonde liberté : à cheval sur les traces de Montaigne Nouv.

    « Je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche », expliquait Montaigne à propos de la longue chevauchée qu'il fit à travers l'Europe en 1580.

    Gaspard Koenig aussi sait ce qu'il fuit : les injonctions permanentes des gouvernements et des algorithmes. Il s'est donc lancé sur les traces de Montaigne, en suivant le même itinéraire, avec le même moyen de transport : un cheval, ou plutôt une jument, Destinada. Pour rejoindre Rome, le cavalier et sa monture ont parcouru 2 500 kilomètres pendant cinq mois, passant par le Périgord, la Champagne, les Vosges, la Bavière, la Toscane...

    Toquant aux portes pour trouver gîte et couvert, parcourant les campagnes mais aussi les zones commerciales et les centres-villes, l'écrivain a eu tout le loisir de « frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui », comme le recommandait Montaigne. Dans cette plongée au coeur des territoires, la générosité et l'hospitalité sont presque toujours au rendez-vous.

    Au rythme du pas, notre modernité révèle ses vertus et ses travers. L'occasion pour l'auteur de renouer avec certains thèmes chers à Montaigne : la relation entre l'homme et l'animal, l'art du dépouillement, les conflits religieux, la diversité des cultures ou les leçons de la nature...

    Au fond, que Gaspard Koenig pouvait-il bien chercher dans un tel vagabondage, sinon la liberté ? La sienne, celle que l'on cultive dans cette « arrière-boutique » où se réfugiait Montaigne. Mais aussi la nôtre, exigence politique plus contemporaine que jamais.

  • Un an après L'Amour sous algorithme, qui lui a valu le titre de « la Française qui a défié Tinder », Judith Duportail se sent trahie par sa propre science. Ses analyses et conclusions ne l'empêchent pas, elle aussi, de souffrir des « incivilités affectives » de notre époque (du ghosting, à l'orbiting, et autres cruautés désinvoltes 2.0), et de traverser un burn-out émotionnel à force de luttes et d'errance dans le monde post-Tinder.

    Elle s'impose alors une « pause » affective pour reprendre son observation des relations amoureuses contemporaines et nous entraîne dans une (en)quête des liens et relations humaines à l'heure de la fin programmée de l'amour. Au-delà même de la problématique des applications de rencontre ou des réseaux sociaux, comment concevoir aujourd'hui le couple quand on appelle à le déconstruire ? Comment, concrètement, faire respecter ou tout simplement penser son consentement ? Ou même construire des relations égalitaires dans l'intimité quand notre société ne l'est pas encore ?

    Dans un récit intime où le particulier touche à l'universel, Judith Duportail se met à nu et s'observe avec franchise, exi-gence et émotions. Croisant analyses sociologiques, anecdotes et confidences, elle s'empare d'un phénomène affectif contemporain encore trop peu exploré et pose des mots sur les maux amoureux de toute une génération.

  • La désinformation, devenue notre quotidien, pénètre partout et exerce une emprise croissante sur les esprits.

    Pourtant, la combattre est possible. Pour mener la lutte, il faut d'abord connaître l'ennemi, comprendre le fonctionnement de la fabrique du mensonge, les mécanismes de la montée aux extrêmes, les mutations du paysage de l'information sur lesquelles prospère le faux.

    La riposte, elle, a plusieurs visages : responsabilisation des plateformes sur les contenus qu'elles diffusent, démonétisation de la désinformation, correction des effets pervers des algorithmes, intensification du fact-checking, travail d'investigation sur les réseaux et les stratégies de désinformation, défense et promotion d'une information de qualité accessible à tous, renforcement des moyens de lutte contre la haine en ligne.

    Fabrice Fries apporte ici le regard du praticien. Il dirige en effet l'Agence France-Presse, aujourd'hui reconnue comme le média qui dans le monde est le plus engagé dans la lutte contre la désinformation. Observateur privilégié de ce mal du siècle, il ne s'arrête pas au constat mais propose une stratégie de combat.

  • Contre les déraisons modernes - collapsologie, cancel culture, essentialisme, identitarisme... -, Perrine Simon-Nahum prône une «?dé-sidération?» urgente grâce à la philosophie.

    La philosophie a-t-elle encore quelque chose à nous apprendre pour nous préparer à affronter le monde qui vient?? Oui, affirme Perrine Simon-Nahum, si l'on rompt avec les pensées apocalyptiques et la guerre des identités qui nous ont exclus de l'histoire. Les premières en faisant de nous les spectateurs passifs d'un futur qui nous accable, les secondes en nous décrivant comme les victimes impuissantes d'un passé qui nous hante. Contre ces déterminismes, l'auteure nous appelle à la «?dé-sidération?», à reprendre pied dans le monde actuel, à «?refaire histoire?».

    Comment?? En renouant avec un sujet acteur de sa propre vie. C'est à partir de la relation que la philosophie doit trouver à se redéfinir. Les liens qui nous unissent les uns aux autres, l'amour, l'amitié, mais aussi le deuil ou la perte?:?ces expériences intimes ne se comprennent que si elles sont vécues dans l'épaisseur d'un présent qu'elles permettent d'infléchir. Elles ne donnent sens à nos vies que si elles trouvent à se prolonger dans des institutions qui traduisent au niveau collectif l'importance que nous donnons à nos engagements individuels. Nous ne sommes pas condamnés à subir le sort que nous réservent les déraisons modernes. Les relations que nous tissons au monde, parce qu'elles sont nécessairement plurielles, parce qu'elles engagent, même au niveau le plus modeste, notre liberté, nous montrent le chemin à suivre.

  • Nos libertés se réduisent sous prétexte de protectionnisme, d'écologie, d'égalité des sexes, ou de santé publique?? C'est que nous le voulons bien.

    Alors qu'elle est sur toutes les lèvres, la liberté individuelle a déserté les lieux. À en juger par l'extraordinaire inflation des règles, lois et autres normes, il n'est plus un domaine qui ne soit régenté par l'État. De l'éducation des enfants à la transmission du patrimoine, en passant par l'assurance, l'échange des données personnelles ou le travail le dimanche, rien n'échappe au contrôle public.

    Pourtant, l'immixtion croissante du pouvoir politique dans les affaires privées n'a rien de totalitaire. Bien que vécue comme une intrusion insupportable, elle résulte de la volonté du peuple qui a fait de l'État le garant de sa sécurité, le promoteur de son bonheur et l'artisan d'une société idéale. Situation paradoxale, qui prend sa source dans une représentation fantasmée d'un État devenu une divinité à même de satisfaire toutes les attentes. À condition qu'on lui sacrifie notre liberté individuelle.

    De cette relation d'amour-haine naissent le populisme, les révoltes sociales et la demande d'autoritarisme qui caractérisent la crise politique actuelle. Face à la menace d'un effondrement de la démocratie, une seule solution?: réinventer un «?mythe?» libéral et remplacer le désir de servitude par un amour inconditionnel de la liberté.

  • Autrefois, jamais un Corse n'aurait osé dire qu'il n'était pas français. Aujourd'hui, cette objection ne se limite plus aux indépendantistes. Que s'est-il donc passé ? La Corse française ? Jusque dans les années 1970, c'était une évidence. Mais cette époque est révolue et on a désormais l'impression que beaucoup de Corses sont Français malgré eux. Comment en est-on arrivé là ? C'est ce que tente de comprendre dans ces pages Paul-François Paoli.
    En retraçant l'histoire de la Corse et de sa relation complexe avec les "pinzuti" - autrement dit les continentaux -, Paoli porte un regard amoureux mais lucide sur l'île de Beauté, dans sa relation torturée, passionnée, avec la France. Sa thèse est détonante : identitaires plutôt que nationalistes, de nombreux Corses ne reconnaissent plus la France dont ils s'étaient fait une certaine idée, à travers les figures tutélaires de Pascal Paoli, Napoléon Bonaparte, de Gaulle.
    Ils refusent à présent d'être une minorité parmi d'autres dans un pays vaincu par la mondialisation. Dans ce texte à la fois tendre et plein de colère, franc comme un pamphlet mais réfléchi comme un essai, Paul-François Paoli cherche à recréer les liens d'affinités qui s'étaient noués au cours des âges entre la Corse et la France, et donc entre la France et le fil de son histoire.

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