La Difference

  • Noire ou blanche, Américaine ou Française, danseuse nue ou dame de charité ?
    Qui est Joséphine Baker ?
    Aussi connue comme artiste de music-hall que comme résistante ou comme mère adoptive - douze enfants ! Et de toutes les couleurs, une vraie tribu, la « tribu arc-en-ciel » comme elle aimait à le dire, qui joue ces divers rôles ?
    On se souvient de ces images qui ont fait le tour du monde : la panthère noire croquée par Paul Colin, la diva moulée dans des robes de strass, coiffée de diadèmes et de plumes qu'elle fut jusqu'aux derniers jours, la résistante en uniforme de sous-officier de l'armée française, et la mama un peu épaisse qu'on a vue pleurer misère à la télévision pour ces petits orphelins que des créanciers impitoyables s'apprêtaient à expulser du Château des Milandes.
    Quelle femme se cache derrière ces trois masques ?
    À quel prix cette petite négresse du Missouri, petite fille d'esclave comme il y en avait tant au début du XXe siècle aux États-Unis, est-elle devenue la vedette internationale, amie des rois, des princes et des présidents du monde entier ?
    Marie-Florence Ehret tente de décrypter les images publicitaires qui ont fait d'elle la star connue de tous et de mettre en évidence la force de caractère peu commune qui a permis sa vie extraordinaire.

  • A partir d'un carnet de voyage remonté à la surface et de photographies prises sur place durant l'été 2009, Serge Delaive nous invite à le suivre lors de son troisième séjour dans ce pays que l'on nomme par défaut Corée du Sud, à la fois tellement accessible et ouvert, mais aussi "secret le mieux gardé d'Asie", comme le proclame la sagesse populaire. Lors des deux précédents séjours, l'auteur avait parcouru le pays avec sa compagne, native de Séoul, membre de cette diaspora d'enfants adoptés au cours des années 1960 et 1970, répandue dans tout l'Occident.
    Cette fois, le couple emmène fils et fille à la découverte de la moitié de leur sang ainsi qu'à la rencontre de leur grand-mère naturelle retrouvée cinq ans plus tôt. Ancré dans l'impossibilité et la disponibilité constitutives du voyage, ce livre nous transporte touche par touche dans les traces de l'auteur et de sa famille, enfermés dans leur différence, réceptifs aux différences, parallèles à la Corée du Sud.
    Une marche à pas de loup vers ce pays qui se refuse avec une affabilité tout orientale et dont l'attrait complexe mérite largement d'être abordé.

  • Au IXe sicle, sous le rgne de la grande dynastie abbasside, un mouvement de contestation radicale, sociale, politique et religieuse, s'est dclench, et a abouti, en Arabie orientale et dans le sud de l'Irak, la fondation d'un tat aux principes galitaristes tonnants, notamment entre hommes et femmes.

  • Dans le soulèvement, Algérie et retours réunit une trentaine d'essais écrits entre 1980 et 2008. Textes d'occasion, sur le vif parfois, trahissant le choc qui les a engendrés : l'affaire Rushdie, le 11-Septembre, la décennie noire, l'assassinat de Abdelkader Alloula. Expliquant l'Algérie, l'auteur s'explique lui-même, dévoilant son univers littéraire. sa ville, Mostaganem ; ses musiques, du chaâbi au raï ; ses poètes et artistes, Kateb et Khadda, Pélégri et Dib, Rimbaud, Sénac, Seféris ; ses vieux émigrés qu'il tente de faire parler ; ses méditations sur le rôle du poète dans la cité. Défiant toute chronologie, il entraîne le lecteur dans un jeu de marelle entre terre et ciel sur le sol accidenté d'une Algérie mouvementée.

  • « Effrayable ». Avons-nous bien lu ? S'agit-il d'une faute typographique ou d'un mot forgé par une contraction de la langue, « Effroi - effrayer » ? Nous sommes au coeur du sujet de ce livre étrange et bouleversant. Qui parle et maltraite la langue de cette façon ? Une petite fille ou un monstre enfanté par un drame ancien ? Dans la chambre d'asile où le narrateur bicéphale est enfermé (Karminol/Angélique), se dévide l'histoire qui a engendré la folie de son dédoublement. « J'écrisse de l'intérieur de la grassouillette larme que je suis devenussée, moi petite fille que j'ai eu-t-été. » Il faut remonter aux grands-parents, dans les années trente, en Allemagne, pour comprendre l'origine du choc « effrayable » qui a figé la vie du narrateur. Meurtres, viols, exactions continuent de semer la mort longtemps après avoir été commis et longtemps après la disparition de ceux qui en ont été les auteurs. Le docteur peut-il comprendre les violences innommables que le récit révèle sinon, comme le lecteur hypnotisé, en tentant de déchiffrer la langue torturée dont use son patient, où s'inscrivent les blessures, les déformations comme les marques indélébiles d'un traumatisme indépassable.
    Andréas Becker réussit dans ce premier roman le véritable tour de force de nous faire vivre la folie de l'intérieur d'un être et de la traduire dans la facture même du récit. Dédoublement du narrateur, déformations de la langue participent de la progressive compréhension de l'histoire dont la tragédie se découvre à travers les séquelles qu'elle a laissées dans l'esprit de celui qui nous la raconte. Que nous soyons dans la vérité des faits ou dans une construction fantasmée importe peu, le réel est dans la tête du malade qui nous narre des événements survenus bien avant sa naissance, lesquels ont produit « l'effrayable » tranquillité du choc.

  • Bruxelles, ville provinciale, métropole européenne, est un noyau qui fermente. Ici, le noyau devient un noeud. Entre les fils mêlés de cette pelote mobile, Éléonore a joué sa vie.

    Comédienne, elle aura joué tout, mais elle l'aura joué à tour de rôle. Avant de quitter la scène, partagée entre tant de points cardinaux, tant de forces contraires, telle Bruxelles, Éléonore affronte le dernier acte avec ceux qu'elle aime, en organisant le théâtre d'une représentation finale. L'actrice désire voir, à son tour, le spectacle de la comédie que chacun joue naturellement, croit-il, elle qui sait que rien n'est naturel.

    Qui tire les ficelles et les fils de la pelote ? Chacun ? Personne ? Éléonore, la comédienne qui qui n'a pas même entendu le secret de son nom : Elle est au nord.

  • Dans ces nouvelles, Mohamed Leftah nous entraîne auprès de personnages très différents : Héraclite à Ephèse qui revient avec humour sur ce que le monde occidental retiendra de sa philosophie en observant la beauté des passants à la plage ; un fils de kamikaze de la Seconde Guerre mondiale qui hésite entre devenir moine zen ou poète ; un mystique arabe dont la sagesse et la sainteté naissent de la beauté de son jeune assistant - leur mystérieuse relation faisant jaser tout le village - ; mais aussi la belle Fatima, au Maroc, qui devient la proie d'un officier de police et subira viol et humiliation avant de retrouver sa liberté dans la vengeance...
    Et, comme dans tous ses autres textes, Leftah se met en quête de la beauté, celle des hommes, de la nature, de la religion et des arts.

  • La guerre 14-18, en Belgique. Dans chacune de ces nouvelles, Marianne Sluszny donne une voix à un de ces personnages ordinaires, dont la vie a basculé dès le début des hostilités - soldat inconnu, musicien, jeune mariée, combattant flamand, infirmière, Congolais, pigeon voyageur, tous, le désastre de l´occupation les a broyés. Dans ces brèves histoires crûment racontées, des visages et des vies se dessinent. Les lieux du drame, Andenne, Namur, Malines, Anvers, Bruxelles, La Panne, Ypres, villes martyres, zones de combat ou zones d´occupation, balisent le territoire où ces destins, éphémères comme des coquelicots, ont été anéantis.
    Marianne Sluszny vit à Bruxelles et travaille depuis plus de vingt ans à la RTBF (Radio Télévision de la Communauté française de Belgique) comme productrice de documentaires culturels. Elle a compulsé pendant trois ans les archives de la Grande Guerre pour une série d´émissions qui seront diffusées au printemps 2014. La Différence a publié Toi, Cécile Kovalsky en 2005 (Prix de la première oeuvre de la Communauté française de Belgique et Prix Lucien Malpertuis de l´Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique) et Le Frère du pendu en 2011.

  • Tout s'écoule dans la « djouille » afghane. Vies, amours, corps, déchets, illusions s'y déversent, sont emportés, se décomposent parmi les roches, parmi les guerres, inexorablement. Un vieux prof, retiré au bord du massif des Cévennes, s'était retrouvé autrefois, quand il était plus jeune, exilé en cette terre afghane, inhospitalière, pour échapper à sa vie. C'était au début de la révolution et de l'invasion soviétique. Il avait alors aimé une femme, Justine, et après l'échec de cet amour, s'était résigné à vivre seul, à son retour, dans ce coin désolé de France, en lutte avec ses souvenirs. Il accepte, un jour, pour quelques travaux chez lui, l'aide d'un lycéen de la ville voisine, Fabien. Il le regarde vivre, s'éprendre d'une jeune fille, Clara, qui n'est pas de son milieu et c'est lui-même qu'il revoit plus de trente ans auparavant, dans ses révoltes et ses maladresses. Les récits du vieux prof et du jeune lycéen se croisent et se déroulent à la fois dans une France provinciale blessée et un Afghanistan brisé où le jeune Fabien s'embourbe, à son tour, pour se sauver du coup de folie d'un soir. Les guerres changent de nature mais les hommes continuent de mourir pour rien et de se fracasser sur les cruautés des inégalités sociales. Colère, beauté du monde, désespoir, lucidité hantent ce roman habité.

  • Toi, Cécile Kovalsky, premier roman de Marianne Sluszny, évoquait une légende familiale et le malheur d'une diaspora juive émigrée à Bruxelles, moins intégrée qu'elle ne le croyait. Marianne Sluszny revient sur ces thèmes dans Le Frère du pendu. Thomas, jeune cinéaste désespéré par sa rupture avec Rivka, ?lle de juifs orthodoxes, découvre dans un coffre lui appartenant une série de cahiers racontant la vie d'un aïeul de son ex-?ancée, un certain Meier, né en 1880 à Siedlice en Pologne. Il se passionne pour l'existence de cet homme, éternel exilé, révolté par la pendaison de son frère Saul par les cosaques en 1905, et décide de réaliser un ?lm sur le destin mouvementé de ce personnage Marianne Sluszny vit à Bruxelles et travaille depuis plus de vingt ans à la RTBF (Radio Télévision de la Communauté française de Belgique) comme productrice d'émissions et de documentaires culturels. Elle est professeur de philosophie à l'Institut national supérieur des arts visuels de la Cambre, après avoir enseigné à l'Institut national supérieur des arts de la scène (INSAS). Toi, Cécile Kovalsky, paru aux Éditions de la Différence en 2005, a obtenu le prix de la première oeuvre de la Communauté française de Belgique et le prix Lucien Malpertuis de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Le Frère du pendu est son deuxième roman.

  • Une vieille prostituée atteinte d'un cancer, à un stade avancé, confie à son fils des bribes éparses de sa vie.
    Au fil de ce récit décousu et aviné, de ces histoires morcelées et discontinues se mêlent, dans la tête du garçon, des souvenirs plus anciens et un présent fictif qui vont donner un semblant d'humanité à la gouaille de sa mère. Tout oppose le fils aux moeurs contestataires et sa mère qui, en évoquant indifféremment le milieu du grand banditisme, le Bruxelles des années cinquante, la dernière guerre mondiale, ses problèmes de santé ou le génocide arménien, cherche à lui faire accepter sa vénalité agressive non plus comme une fatalité mais comme une rédemption.
    Accablé et fasciné, le fils se sent envoûté, foulé aux pieds, privé de lui-même. Elle est si forte ! Ce portrait d'une mère est plus grinçant encore que ne l'était Comment j'ai tué la Troisième Internationale situationniste (La Différence, 2004), à propos duquel Gérard Guégan écrivait dans Sud Ouest : " Tenret est doué, il écrit drôlement et c'est un joli roman picaresque, et parfois rabelaisien qu'il nous offre.
    "

  • « Avant d'appuyer sur le détonateur, au lieu du Allah al Akbar retentissant, victorieux, glorieux, qui devait accompagner la déflagration, c'est une dénégation désespérée, un "NON" déchirant, qui fusa de la gorge de Chahid pour mourir tout de suite après dans le fracas assourdissant qui secouait le bar sur ses fondations. Ébranlait la terre d'un pôle à l'autre, et engloutissait le genre humain entier qu'elle portait. » SUR UNE FLEUR DANS LE NUIT « Il ne faut pas trois pages à Leftah pour décrire le sentiment de liberté invincible qu'éprouve un adolescent au milieu de prisonniers traités comme des bêtes [...] Une galerie de personnages sculptés dans la mémoire, c'est ce que l'écrivain ambitionne d'étaler sous nos yeux, et nous les voyons, nous les reconnaissons, ils palpitent comme poissons dans la nasse. » Salim Jay, Qantara. « Qu'il s'agisse de romans ou de nouvelles, ces oeuvres ont détonné dans le paysage littéraire. Qu'une voix d'une si profonde maturité, d'une ampleur passionnelle qui vous traîne vers le sublime à travers une promenade cauchemardesque dans les bas-fonds, émerge après des années de silence, et de surcroît en français venant du Caire via un éditeur parisien, n'a pu que sidérer les lecteurs, en état de choc. » Kenza Sefrioui, Le Journal Hebdomadaire. SUR DEMOISELLES DE NUMIDIE « Il y a du Filles et ports d'Europe et encore plus du Jésus la Caille dans ces personnages arabo-berbères, naïfs et troubles, tel ce Zapata justement, viril à l'excès, sodomisant sa protégée, "niquant" un riche touriste danois, avant de "marquer" l'une au couteau, de laisser la police coxer l'autre pour trafic de drogue. Macs justiciers à la façon de Genet, "macs innocemment cruels de mon pays", constate Leftah à qui il a dû falloir un peu de cran pour évoquer ces sujets sulfureux liés à la sexualité, généralement proscrits par les États musulmans contemporains. » Jean-Pierre Péroncel Hugoz, Le Monde. « Dans un roman écrit dans une langue française somptueuse [...] Mohamed Leftah traduit ce langage des fleurs (toutes les putains ou presque portent un nom de fleur) d'un genre pour le moins spécial. » Anthony Dufraisse, Art Press. « L'écriture agile, à la fois crue et poétique, de Mohamed Leftah métamorphose des filles ordinairement laides et terriblement vulgaires en déesses des bas-fonds qui s'enivrent de sang de singe. »

  • Entrer dans la peau d'une femme qui trébuche sur un réel supposé, inventer son langage, traduire ses sensations physiques, ses émotions, son rapport animal, dénué de morale, primal, violent, tendre à l'autre, tel est l'enjeu de ce livre étonnant qui interpelle, heurte quelquefois, et fascine comme une part refoulée de chacun de nous. L'ordre du livre, divisé en sept tableaux, Ma Mère, Mon Père, Mon Fils, Mon I !nstI !utI !on, Mon Copain, Moi, Mon Procès, n'inclut pas Mon Amour évoqué tout au long du récit comme une porte entr'ouverte, jamais franchie, cependant. Nébuleuses nous entraîne dans un inquiétant voyage mental et nous interroge sur la nature de cette I !nstI !tutI !on dont les points d'exclamation après les I majuscules se dressent comme autant de barrières entre la narratrice et le monde qui l'entoure. Qu'est-ce que cette I !nstI !tutI !on ? Le bâtiment, le château, la prison, le labyrinthe, où celle qui dit « j'e » est définitivement recluse ? Est-ce le corps, le cerveau de celle qui balbutie, hoquette son histoire pour rester vivante ?

  • Argantorota est l'unique déesse gauloise. Son nom « Roue-d'Argent » fait allusion à la ronde des étoiles. Mère de Lougous, elle correspond à la déesse galloise Arianrhod. Priée d'évoquer sa vie, elle raconte... celle de sa mère, la Cavalière, la Grande Reine, Épona, à qui elle s'identifie étrangement. C'est ainsi que l'on découvre la naissance de sa mère, sous un ciel fauve, en plein commencement du monde, puis la cavalcade par laquelle celle-ci séduit le roi Pillos, et comment elle élimine par ruse, en le ridiculisant, un prétendant redoutable. Au terme de trois ans de mariage, elle accouche d'un garçon et d'un poulain, qui lui sont cruellement dérobés. Nectanos les retrouve, après qu'elle a été injustement accusée et punie par Pillos d'avoir tué l'enfant.
    Argantorota, qui aime confondre la vie de sa mère avec la sienne, aborde alors sa propre aventure et retrace les séjours tumultueux qu'elle effectue à la cour du roi Matous, où elle va, à son tour, accoucher de jumeaux. On la découvre aussi sur son rocher noir, où elle accueille les âmes qui viennent des étoiles ou y remontent. C'est là qu'un jour Cernounnos obtient d'elle que, par magie, elle anéantisse le gros des troupes des Difformes. Elle réalise cet exploit avec l'aide de deux sorcières, en mobilisant... des arbrisseaux. À la fin, Argantorota organise l'année en la partageant entre ses deux fils et reçoit de la bouche même de sa mère le titre de Grande-Reine.

  • Dans L'Homme qui marchait avec moi, Claude Margat nous livre, sous forme de récit initiatique, la quête d'unité existentielle qu'il recherche dans la peinture et le Tao. Un homme se souvient, au vu d'un cliché quelques années avant sa mort, de l'ami qui l'accompagnait dans ses déambulations à travers le marais poitevin. Comment était née cette amitié ? Qu'est-ce qui s'était noué, au fil de marches dans les bois, à l'écoute des oiseaux, dans le silence, entre ce professeur de dessin, rebelle, frustré par l'enseignement qu'il devait donner à ses élèves, et l'homme qui dit « je » dans le récit, artiste et écrivain, à la recherche d'une harmonie entre le corps et l'esprit ? L'amitié se noue dans le rythme de la marche, dans un corps à corps avec la nature qui régénère les deux hommes, jusqu'au jour où, soudain, le professeur s'éprend d'une passion violente pour l'une de ses élèves.
    Très beau livre de méditation sur le sens de la vie, de l'amour, sur les contradictions insolubles que l'on affronte et qui, parfois, vous détruisent.

  • Un fil d'or relie l'adolescence de l'auteur au bonheur qu'il éprouve à préfacer aujourd'hui Virgile. « Le divin est en nous, ou il n'est pas, » assure-t-il. Mais pour ce poète considéré comme païen, ce dont il s'honore, la vie ne se rêve pas : éditeur de la collection de poésie « Orphée », critique littéraire, voyageur sans autre bagage que sa curiosité, il parcourt la planète en solitaire, dans le culte de l'instant. Surtout, il témoigne, accuse, dénonce l'angélisme, les religions et les utopies, ces « faux-nez des tyrannies ». Car s'il s'enchante de la beauté en amant de la jeunesse il voit aussi mourir un monde que partout on épuise et saccage. Les défis politiques et l'impuissance de la raison nourrissent une lucidité dont il a peut-être pris les leçons chez Tacite et Juvénal. Les moeurs politiques, littéraires, les compromissions et la nuisance de ceux qui nous gouvernent offrent au moraliste un champ de tir inépuisable, où les coups au but ponc-tuent non sans férocité ces années de découvertes, de rencontres, d'amitiés et d'écriture.

  • Qu´il dénonce les menées des groupes financiers et les manoeuvres des multinationales, la destruction de la nature ou l´épuisement d´un certain art contemporain, ce livre est un cri de révolte contre diverses formes de servitude.
    Il ne s´agit pas d´un roman au sens convenu du terme, mais d´une évocation éclatée du monde actuel : au gré de monologues qui se répondent, se chevauchent et s´entrecroisent, de multiples styles métamorphosent de l´information en littérature et concourent à jeter un regard critique sur la gravité des temps.
    Cette chronique est un discours incendiaire où la langue classique, les néologismes, les jeux de mots, les perturbations de la syntaxe et autres écarts invitent le lecteur à se détacher des normes et des idées reçues pour en discerner les implications mortifères et les subvertir.
    Sous la direction de Jean Dubuffet, Frédéric Baal entreprend en 1968, secondé par Anne Beyers, des recherches d´art et d´écrits bruts. En 1970, il fonde - avec son frère Frédéric Flamand et d´autres acteurs - le Théâtre Laboratoire Vicinal. Il en est l´animateur et lui donne son orientation. Il écrit la plupart des textes destinés à la scène. Le Vicinal sillonne le monde pendant dix ans. Frédéric Baal publie un ouvrage consacré au sculpteur Reinhoud (Fonds Mercator/Albin Michel, 1989) et Portrait (Fata Morgana, 1992). Il s´établit à Paris en 1993. Chronique de l´ère mortifère est son premier roman.

  • Bienaymé-Tchebychev est le nom du théorème de probabilité qui permet d'évaluer le résultat d'une expérience aléatoire. Il éclaire le sort qui sera réservé à la maison de granit qui cristallise les secrets de la famille Daguer, dans la baie du Mont-Saint-Michel. L'ultime faiblesse du docteur Daguer sera de vouloir démontrer par ce théorème qu'il peut maîtriser le hasard. Et il tend aux siens un piège final qui les prendra tous de court. Mais deux personnages inattendus pourraient déjouer cette destinée. D'une plume alerte, parfois acide, parfois cruelle, Caroline Renédebon dresse le portrait de cette famille, de l'après-guerre à nos jours, à travers une série de personnages, à la fois étonnants et représentatifs d'une certaine société française : l'aïeule grande bourgeoise mondaine, le père médecin coureur de jupons, la mère, médecin elle aussi, obsédée par son travail, la maîtresse de l'un, la bonne amie de l'autre, et enfin les enfants mal aimés, qui s'efforcent par des voies diverses d'échapper au poids de la filiation.

  • Une enfant parle : la neuvième d'une fratrie de dix. Elle fait partie des petits. Elle est née après la guerre. Un mystère la hante. Pourquoi, dans sa famille nombreuse, sa soeur aînée qui était la cinquième est-elle subitement devenue la sixième ? Elle ne sait pas parce qu'elle n'a jamais demandé. Et ce silence, ce non-dit, la torture. Plus âgée, elle enquête et comprend que Paul, devenu le cinquième, est un enfant adopté, qu'il est apparu dans la famille à l'âge de quatre ans, avant sa naissance à elle, pendant la guerre. Que c'est un enfant juif dont le nom a été changé, qu'il s'appelait auparavant Samuel Tanenboim et que son accueil dans sa famille, les Delorme, l'a sauvé des rafles nazies et françaises. Comme l'archéologue qui tente par l'intensité de son regard de recomposer l'image du bouclier d'Alexandre à travers les tessons dispersés devant lui, Agnès Verlet ressuscite un passé, déchiffre l'histoire en faisant resurgir les images qui vont reconstituer la béance créée par l'irruption de ce frère, venu d'ailleurs. Un livre magnifique.

  • Après Le Ministère des ombres qui mettait en scène la chute de Nicolas Fouquet, Un prince doit venir qui racontait l'assassinat du duc d'Enghien, Pierre Lepère achève sa trilogie des grands perdants de l'Histoire avec Marat ne dort jamais. Il faut tout le talent de conteur et l'art d'écrire de Lepère pour réussir à nous plonger dans l'époque troublée de la Convention et rendre vivants ces personnages que les manuels scolaires ont réduits à des images simplistes : qui ne connaît celle de Marat assassiné dans sa baignoire par Charlotte Corday ? Une légende noire s'attache à Jean-Paul Marat. Le savant admiré par Goethe, le penseur polyglotte, disciple de Montesquieu, le journaliste infatigable, l'homme souffrant dont le peuple disait qu'il ne dormait jamais pour mieux veiller sur lui, sont soigneusement occultés au profit de sa caricature. En revanche, la légende blanche de Charlotte Corday n'a jamais cessé d'être célébrée. On continue à voir en elle une nouvelle Jeanne d'Arc dont l'attentat aurait sauvé la France. La réalité est plus contrastée. La mort de Marat n'a-t-elle pas ouvert une voie royale à Robespierre et permis l'instauration de la Terreur ? Une légende intime éclaire aussi cette histoire. Un homme semble avoir touché le coeur de Charlotte Corday : le beau Charles Barbaroux, ancien élève de Marat devenu ensuite un de ses pires ennemis. La rencontre du député girondin, réfugié à Caen après la chute de son parti, et de la vierge de fer nourrie de feuilletons politiques, a peut-être déterminé tout ce qui a suivi.

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