Littérature italophone

  • " Noir ", c'est ainsi que les gens du village appellent l'homme venu du Sud qui s'est installé dans la ferme de Rofanello, au coeur de la campagne toscane.
    C'est un étranger qui, après la mort de sa femme et le départ de son fils, se retrouve seul, en butte à l'hostilité de tous. 1l aime les arbres et les bêtes qu'il défend contre les braconniers et les chasseurs auxquels il voue une haine tenace. Ainsi, quand une louve arrive dans la région, Noir la laisse vivre sur ses terres et tente de la protéger contre la violence des voisins qui veulent la voir mourir, si possible dans d'atroces souffrances.
    Epié et traqué, Noir le sera jusqu'au bout.

  • Jucanyá, au bord du lac Atitlán, à plus de 1 500 m d'altitude, en Amérique centrale. Lorsque Tano revient dans cette petite ville entourée de volcans où il a, lors d'un premier séjour, acheté une maison tant la beauté des lieux l'avait bouleversé, ce n'est plus comme autrefois pour fuir son pays natal. Son ami Manolo a disparu. Qui est Manolo ? Un photographe qui se mêle à la vie des Indiens et prend des clichés sur le vif, au gré de ses pérégrinations. L'enquête que décide de mener Tano pour découvrir les causes de la disparition de son ami va l'entraîner au coeur de la politique répressive conduite par le pouvoir contre les Indiens et leurs traditions ancestrales. La vie de Tano prend soudain un sens en même temps qu'il comprend le mensonge et l'alibi que constitue la lutte des guérilleros censés protéger les autochtones.
    Dans ce très beau livre, Anna Luisa Pignatelli nous plonge au milieu de paysages extraordinaires, nous fait entendre le bruit de la pluie et du vent et respirer l'odeur des plantes et des arbres dont la profusion se raréfie à mesure que l'on approche du sommet des volcans qui sont peut-être, comme le pensent les Indiens, des dieux qu'il faut craindre et respecter.

  • En 1965, sept ans après la fermeture définitive des maisons closes, un éditeur romain demande à plusieurs auteurs d'évoquer leurs souvenirs de la " tolérance " italienne.
    Il s'adresse à une bande de copains pour qu'ils racontent ce qui leur reste en mémoire des chambres cachées au fond des ruelles obscures de Turin, Rome, Naples ou Milan. Parmi eux, trois romanciers déjà célèbres et qui le resteront : Dino Buzzati, Mario Soldati et Alberto Bevilacqua, un curieux journaliste, critique, acteur, Vincenzo Talarico, qui révèle d'autres témoins glorieux tels que Vitaliano Brancati, Vincenzo Cardarelli ou Giuseppe Ungaretti...
    La jeune romancière Fausta Leoni se mêle à cette joyeuse coterie en offrant un hommage particulier aux pensionnaires de charme des maisons disparues. C'est cependant un auteur inconnu du public français qui ouvre le recueil, lui donne son ton et sa couleur : Giancarlo Fusco. Chroniqueur brillant, il brosse un extraordinaire tableau de la société italienne vue par le petit bout de la lorgnette, par l'oeilleton de la porte du bordel.
    Aussi divers soient-ils, les textes rassemblés ici reprennent et orchestrent le motif initial : raconter ce qu'était l'Italie quand elle allait au bordel, quand elle tolérait. C'est donc à tous ceux que les détours par l'accessoire, le secondaire, le détail oublié conduisent plus sûrement vers le savoir que les recherches universitaires exhaustives, que s'adressent ces souvenirs, ces évocations des maisons closes italiennes, de leurs pensionnaires et de leurs clients.

  • La Poussière sur l'herbe se déroule entre 1944 et 1948, années terribles pour l'Italie que l'éphémère République de Salo plonge dans le désastre de la guerre civile.
    Au fil des chapitres, fragments d'histoires qui vont peu à peu se rejoindre, se détache un jeune partisan, Giorgio Donati, amoureux d'une riche héritière volage, Bianca Ghirardini. Il combat le long du Pô, de la région de Parme au delta, dans le " Triangle rouge " ou " Triangle de la mort ", contre les derniers représentants de Salo, les Brigadistes noirs. Cependant les personnages qui peuplent ce roman empêchent de croire à un manichéisme confortable : déserteurs, racaille, bandits évadés, tous s'emparent un peu au hasard des emblèmes politiques de la guerre, communisme ou fascisme qu'importe, ils veulent leur part du butin, goûter au sang, à la vengeance, prolonger le désordre, la folie, les crimes impunis.
    De tout cela, un enfant est témoin, de ce déchaînement de violence mais aussi - et c'est l'autre face du roman - du retour, à la Libération, des rites ancestraux, de la très riche mythologie du fleuve que sa mère lui explique, comme Amelia Donati, que ses amants ont surnommée Chimère, l'expliquera à Giorgio : les processions de Pâques, le rite du taureau qu'on égorge pour apaiser le Pô en furie. Le roman transcende alors le simple témoignage historique ; il atteint au mythe de la lutte fratricide par la mémoire vive de ces rites très anciens que les hommes perpétuent en pénitence de ce qu'ils sont devenus.
    Par-là, il devient universel. Un très grand livre.

  • En 1938, Giorgio Voghera, modeste employé d'assurances mais brillant lettré, quitte Trieste et l'Italie coupable d'infâmes lois raciales et s'installe pour une dizaine d'années sur la terre d'Israël.
    Citoyen d'un pays de l'Axe, il est d'abord incarcéré par les Britanniques, à sa libération, il choisit d'entrer dans un kibboutz, où il fait l'apprentissage, douloureux pour un intellectuel à la santé fragile, du travail à la ferme. Les Cahiers d'Israël sont le récit de cette expérience, de la fatigue quotidienne, des charges harassantes subies au nom de la construction d'un État juif. Le regard qu'il porte sur ses compagnons est néanmoins curieux et lucide.
    Tout en nuances, d'une humilité sans dogmatisme, ces Cahiers permettent de revenir à des interrogations essentielles, trop souvent absentes des analyses du conflit israélo-palestinien qu'un demi-siècle n'a pas apaisé, loin s'en faut. Les conditions de vie ont changé, la violence des armes s'est imposée, mais le rêve de faire de la terre de Palestine un contrepoint à la barbarie du monde est plus que jamais d'actualité.

  • Toi qui m'écoutes est le très bel hommage d'un fils, l'auteur, à sa mère morte en 2003.
    De cette femme frappée par une terrible dépression, il rassemble des souvenirs fragmentés, les moments de basculement dans la folie, les séjours en hôpital psychiatrique... la guérison enfin, qui fait flamboyer le crépuscule de sa vie et rend au fils aimant le bonheur d'une mère présente et complice. Au fil du récit dont les embardées semblent l'écho de cet esprit dérangé, Bevilacqua réussit à nier la réalité de cette perte insupportable - pas à surmonter sa douleur, mais à s'approprier sa mère au point qu'il la sent vibrer en lui.
    Portrait autant qu'autoportrait, Toi qui m'écoutes déborde le récit autobiographique et s'épanouit au coeur du romanesque ; l'écrivain l'emporte sur le fils, les prémisses de la création littéraire sur les prémices de la vie. A cette mère brutalisée par l'existence, Alberto Bevilacqua offre une transfiguration légendaire qui l'installe à jamais dans la paix des personnages de roman.

  • L'histoire commence en 1940, quand les Anglais décident d'arrêter les Italiens de Palestine.
    Dans une prison arabe de Jaffa se retrouvent des ressortissants italiens, fascistes ou antifascistes, juifs ou " aryens ", mais aussi des Arabes à qui les aléas de la diplomatie internationale ont curieusement donné la nationalité italienne. Pendant les longues journées de captivité, ces hommes de races, d'opinions, de classes très différentes décident de raconter, à tour de rôle, leur histoire dont le pivot central est l'échec que la constante autodérision ne parvient pas à masquer tout à fait.
    Ces récits brefs, essentiels, tissent peu à peu la trame du douloureux destin des hommes victimes de l'Histoire, témoins inlassablement confiants en des lendemains qui toujours les trahiront. Ainsi de cette Palestine d'avant 1940 où l'enthousiasme des premiers kibboutzim, l'utopie de la fraternité des peuples contiennent pourtant en germe " l'enfer d'une lutte sans merci à laquelle on n'entrevoit guère d'issue ".

  • Cesare Greppi est un des auteurs italiens les plus secrets. A côté d'une oeuvre de poète, il cherche à travers de brefs romans à faire revivre des sentiments très anciens qui paraissent révolus.
    Dans un séminaire, en Italie, un jeune homme, Niccolo, se réveille un matin avec un charbon sur le visage. On décèle une maladie horrible et contagieuse. Mis en quarantaine, il voit depuis son lit des démons s'agiter autour de lui. Il demande à se confesser. S'ensuit une longue lutte entre ses visions du diable et les paroles apaisantes du prêtre et de ses camarades jusqu'à la mort du jeune homme.
    Comme Greppi le dit lui-même dans la note qui clôt le livre : " Cette mort, cette manière de mourir, est d'ailleurs si lointaine qu'elle invite à être présentée sans peur, archéologie nue, à qui vit aujourd'hui... "

  • Tout au long de ce récit, fruit de sa longue expérience professionnelle dans une compagnie d'assurances de Trieste, Giorgio Voghera décortique le système auquel sont soumis les personnes qui travaillent dans une grande société.
    Il décrit le paysage triestin d'avant-guerre, les effets de la loi raciale de la fin 1938 qui l'a privé de son emploi, et surtout l'atmosphère étrange et sinistre de cette période trouble.

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