Metailie

  • Dans une banlieue de Luanda près d'une petite plage, Grand-MèreDixNeuf (on l'a amputée d'un orteil) s'occupe de ses petits-enfants et de toute une bande de gamins, curieux et débrouillards, amateurs de baignades et de fruits volés. Des coopérants soviétiques construisent un Mausolée gigantesque pour la momie de Agostinho Neto, le père de la Révolution. Ils vont moderniser le quartier, si bien situé au bord de la mer. L'un des officiers est ami de la GrandMère, sa maison a toujours de l'électricité grâce à la dérivation qu'il lui a installée. Il souffre de cette chaleur, de ce soleil impitoyable, il rêve de retrouver les hivers russes. Les enfants ne veulent pas qu'on touche à leur quartier, ils ont repéré les stocks de dynamite du chantier du Mausolée, ils prennent les choses en main et décident de le faire sauter. L'opération risquée semble échouer, mais soudain tout explose et un sublime feu d'artifice illumine le ciel. L'officier soviétique s'en va cette même nuit retrouver l'hiver et laisse pour la GrandMère une lettre qui va résoudre tous les mystères. Et les enfants pourront continuer à plonger dans la mer pour pousser des « cris bleus ».

  • " La première fois que j'ai vu une femme j'avais onze ans et je me suis trouvé soudainement si désarmé que j'ai fondu en larmes. Je vivais dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Mon père avait donné un nom à ce coin perdu : Jésusalem. C'était cette terre-là où Jésus devrait se décrucifier. Et point, final. Mon vieux, Silvestre Vitalício, nous avait expliqué que c'en était fini du monde et que nous étions les derniers survivants. Après l'horizon ne figuraient plus que des territoires sans vie qu'il appelait vaguement "l'Autre-Côté". " Dans la réserve de chasse isolée, au coeur d'un Mozambique dévasté par les guerres, le monde de Mwanito, l'accordeur de silences, né pour se taire, va voler en éclats avec l'arrivée d'une femme inconnue qui mettra Silvestre, le maître de ce monde désolé, en face de sa culpabilité.
    Mia Couto, admirateur du Brésilien Guimarães Rosa, tire de la langue du Mozambique, belle, tragique, drôle, énigmatique, tout son pouvoir de création d'un univers littéraire plein d'invention, de poésie et d'ironie.





    Mia COUTO est né au Mozambique en 1955. Après avoir étudié la médecine et la biologie à Maputo, il devient, en 1974, journaliste d'abord au quotidien Noticias de Maputo, puis à l'hebdomadaire Tempo. Actuellement il vit à Maputo où il est biologiste, spécialiste des zones côtières, il enseigne l'écologie à l'université. Pour Henning Mankell, " il est aujourd'hui l'un des auteurs les plus intéressants et les plus importants d'Afrique ".
    Il est l'auteur entre autres de Les Baleines de Quissico (Albin Michel, 1996), La Véranda du frangipanier (Albin Michel, 2000), Chronique des jours de cendre (Albin Michel, 2003), Le Dernier vol du flamant (Chandeigne, 2010), Si Obama était africain (Chandeigne, 2010), Le Fil des Missangas (Chandeigne, 2010).

  • Luanda, 1975. À la veille de l'Indépendance, Ludovica, agoraphobe et terrorisée par l'évolution des événements, se retranche dans son appartement en construisant un mur qui en dissimule la porte et la met à l'abri du reste du monde. Ayant transformé sa terrasse en potager elle va vivre là presque trente ans, avec son chien Fantôme et un cadavre, coupée de tout. Ludo a vraiment existé et mené la vie que raconte le roman. En entrelaçant cette histoire avec les aventures tumultueuses des autres personnages, voisins ou entraperçus dans la rue, tous plus ou moins impliqués dans le marasme de la guerre civile, Agualusa souligne avec une ironie subtile les extraordinaires coïncidences de la vie et crée un roman brillant et enchanteur.

  • À la fin du xixe siècle, le Mozambique est ravagé par les guerres de clans et contre les colonisateurs.

    Deux personnages de fiction, Germano, un soldat portugais exilé sans espoir de retour parce que républicain, et Imani, une jeune Africaine, trop belle et trop intelligente, son interprète, sont le fil rouge de ce roman où ils évoluent parmi des personnages historiques biens réels, comme l'empereur africain Ngungunyane et le flamboyant Mouzinho de Albuquerque, « pacificateur » du Mozambique.

    La puissance coloniale portugaise se heurte à Ngungunyane, en une valse-hésitation pilotée depuis Lisbonne. Germano découvre l'Afrique de l'Est en prenant son poste dans un village perdu. Sa mission est totalement vide de sens. Là, il fait la connaissance d'Imani. Dans ses rapports à sa hiérarchie, Germano raconte les transformations de la région mais surtout de son âme avec en toile de fond l'affrontement entre la monarchie coloniale et Ngungunyane ainsi que les guerres entre clans africains. Imani raconte les changements des destins et du pays. Elle décrit l'avancée de la colonisation, les structures familiales, les traditions qui cherchent à subsister, les migrations. Elle s'aperçoit aussi que ce qui la distingue, sa maîtrise du portugais, la sépare de ses voisins qui la voient différente, trop loin d'eux, tandis que les Portugais la considèrent trop proche. Liés par un amour ambigu, Imani et Germano partent sur le fleuve dans une itinérance chaotique et aventureuse qui les confronte à la réalité de la guerre. Ngungunyane, vaincu et humilié, est embarqué avec une partie de sa cour, dont Imani enceinte, vers Lisbonne puis exilé aux Açores.

  • La photo était là sur l'étagère tout en haut de la bibliothèque de son père. Un groupe d'hommes et de femmes autour d'une table de restaurant et parmi eux ses parents, l'éditorialiste lucide et la comédienne étrangère. Lorsque la CBS lui commande un documentaire revisitant les mythes de la révolution des oeillets, Ana Maria réalise que tous les acteurs du coup d'État qui renverse la dictature se trouvent sur cette photo. En compagnie de deux journalistes aussi jeunes qu'elle, elle les retrouve et, au fil de son enquête, découvre l'effet du passage du temps non seulement sur ces héros, mais aussi sur la société portugaise. Survivants d'un temps oublié, les personnages de la photo essaient de recréer ce qu'a été l'illusion révolutionnaire, et le difficile chemin vers la démocratie. Le regard des jeunes gens sur les protagonistes d'une histoire que personne ne veut plus entendre réécrit cruellement leur épopée. Lídia Jorge s'intéresse à l'espace indéfini qui sépare le récit que l'Histoire dévoile, avec ses vérités difficiles à affronter et la création du mythe, le moment où la vie a été transformée en une construction de l'imaginaire ou de la volonté. Un roman exceptionnel sur la politique et le destin des rêves.

  • Edmundo Galeano a 25 ans, il a parcouru le monde, participé à une mission humanitaire et est revenu dans la maison paternelle avec une main estropiée. Il est revenu pour écrire et passe ses jours à essayer d'élaborer littérairement son témoignage. Un roman qui expliquera le monde et l'empêchera de courir à sa perte.

    Sa famille passe par une série de vicissitudes économiques qui mettent en danger la maison familiale, refuge de tous. Il y a l'aîné qui a mis sur pied un projet destiné à sauver la fortune de la famille en transformant deux bateaux, mais l'autorisation de l'administration se fait attendre depuis des années. Il a tenté de conjurer le sort et attend une bonne nouvelle. Un cadet avocat et dandy dont les affaires déclinent et qui essaie de sauver son cheval du naufrage de sa fortune. Le frère suivant qui réhabilite des immeubles vétustes pour les louer à des clandestins et est amoureux d'une belle Estonienne enceinte de lui et qui a besoin de place pour le bébé. La jeune soeur divorcée, avec un enfant de 8 ans fasciné par la baleine 52 Hertz, un enfant qui ne ressemble pas à son père mais au grand amour de sa mère. Et la tante Titi qui a sacrifié sa vie pour élever ses neveux et dont la vieillesse et la présence sont maintenant encombrantes. Lorsque le père de famille, armateur ruiné, baisse les bras, tout se précipite et chacun est confronté à ses échecs et à ses culpabilités. Edmundo prend alors conscience que ses aventures lointaines et son projet littéraire sont en relation directe avec les batailles privées qui se déroulent autour de lui.

    Ce superbe roman choral nous montre, avec tendresse et ironie pour l'apprenti écrivain, le processus de la création littéraire, ses embûches, ce que représente le travail d'écriture. Il nous montre aussi comment les vies quotidiennes dépendent de ce qui se passe bien loin d'elles-mêmes et des décisions prises à d'autres échelles. Lídia Jorge, qui a toujours pratiqué un « réalisme aux portes ouvertes », nous trouble en introduisant des éléments fantastiques et irrationnels dans ses personnages et nous montre que la passion amoureuse va plus loin qu'on ne pourrait le penser. Elle montre le plus proche pour atteindre l'universel.

    Après avoir exploré l'Histoire et les façons d'en rendre compte, Lídia Jorge revient à l'exploration des actions et des sentiments qui constituent les vies ordinaires et les abîmes qu'elles recouvrent. Un grand roman écrit par une très grande romancière.

  • Une source d'eau douce, ou une fuite intarissable, s'est ouverte au premier étage d'un vieil immeuble du centre de Luanda. Les habitants s'y retrouvent pour un moment de conversation et de repos. Ce sont des gens simples qui partagent leurs vies et leurs souvenirs, ce sont des personnages surprenants et complexes qui ont des désirs, des rêves, des peines. Ils racontent leurs histoires, la guerre, et pensent à l'avenir. Il y a Odonato qui a la nostalgie de la Luanda d'autrefois, il a cessé de manger pour laisser la nourriture à ses enfants et est en train de devenir transparent. Il y a Amarelinha sa fille, la brodeuse de perles, qu'aimerait approcher le jeune MarchandDeCoquillages, toujours accompagné du bruit de son sac de marchandise et de l'Aveugle qui le suit. Il y a MariaComForça, qui vend du poisson grillé, et son mari le débrouillard qui monte une salle de cinéma sur le toit de l'immeuble. Le Facteur qui distribue ses lettres de protestation et réclame une mobylette à tous les représentants d'une autorité quelconque. Et Paizinho, le jeune garçon qui cherche à la télévision sa mère dont il a été séparé par la guerre. L'immeuble abrite aussi des journalistes, des chercheurs, des contrôleurs, tous intéressés par les richesses naturelles du pays et le développement de la grande ville africaine : pétrole ou eau potable, corruption ou bien public. Toutes ces histoires tissent la toile de fond d'une Angola en cours de transition brutale entre sa culture traditionnelle et la modernité. L'écriture d'Ondjaki, entre ironie tranquille et critique intelligente, imagination poétique et habileté narrative, emporte le lecteur séduit dans cette aventure.

  • 1987. Cinq jeunes femmes autour d'un piano, cinq survivantes du naufrage de l'Empire colonial portugais, elles sont là pour chanter. Il y a Gisela, qui les a convoquées et va mettre toute son audace et son énergie à leur transformation en un groupe vocal qui enregistre des disques et se produit sur scène. Il y a les deux soeurs Alcides, Maria Luisa la mezzo-soprano et Nani la soprano qui sortent du conservatoire. Il y a Madalena Micaia, The African Lady, à la sublime voix de jazz, noire et serveuse dans un restaurant, et enfin la plus jeune, Solange de Matos. Elle a 19 ans, elle découvre la vie et la ville, elle n'a pas une grande voix mais un grand talent " pour les petites choses ", elle compose des paroles de chansons inoubliables qui vont faire la gloire du groupe.
    Puis il y aura l'amour aérien et ambigu du chorégraphe international Jõao de Lucena.
    Il y a les relations de pouvoir si particulières des femmes, les pressions psychologiques, la façon de tout sacrifier à la réalisation d'un objectif.
    Elles ont travaillé dans un garage, elles ont appris à chanter, à composer des chansons, à danser sur scène, à marcher comme on danse, elles ont enregistré un disque, et l'impensable s'est produit.
    Vingt ans après, la télévision, le royaume de l'instantané, leur consacre une émission et elles se retrouvent là, entre émotion et mensonge.
    Romancière au sommet de son art, dominant une langue raffinée et subtile pour aller au plus profond des sentiments et de l'histoire des changements d'une société, Lídia Jorge écrit ici un roman puissant et limpide.

  • Le journaliste Daniel Benchimol rêve de gens qu'il ne connaît pas mais reconnaît dans la mémoire de l'appareil photo qu'il retrouve sur une plage. Moira Fernandez, une artiste mozambicaine habitant Le Cap, met en scène et photographie ses rêves. Hélio de Castro, un neuroscientifique, les filme. Hossi Kaley, le patron de l'hôtel Arco-Iris, ancien guérillero au passé obscur et violent, se promène dans les rêves des autres, vêtu d'un costume violet, ce qui va donner à un service secret l'idée de l'utiliser pour manipuler les rêves de la population lors des élections, mais ne l'empêchera pas malgré tout de connaître un grand amour.
    Les rêves rassemblent ces quatre personnages dans un pays totalitaire au bord de la destruction, où se réveillent aussi les rêves de liberté de la jeunesse.
    Écrite dans un style éblouissant, cette Société des rêveurs involontaires est une histoire d'amour, un récit fantastique, un polar onirique et une vraie satire politique pleine d'humour, qui questionne la nature de la réalité tout en réhabilitant le rêve comme instrument de transformation du monde.

  • Crisóstomo, un pêcheur solitaire, décide à quarante ans de prendre son destin en main. Il se construit une famille, puisque l'amour est avant tout la volonté d'aimer. Il choisit un fils en apprivoisant le petit orphelin abandonné par le village, puis une femme au passé tourmenté les rejoint, et autour de ce noyau se forme une famille peu commune de laissés-pour-compte et d'éclopés. Dans cette communauté d'êtres bizarres, tout droit sortis des fables, ce bricolage affectif se révèle inventif et profitable, et chacun finit par s'inventer une famille, même dans les cas les plus désespérés.
    Ce texte sensible et humain au style ciselé est un éloge de tous ceux qui résistent aux injonctions de l'évidence et fait comprendre comment finalement le rêve change la vie.

  • Lorsque le chasseur Arcanjo Baleiro arrive à Kulumani pour tuer les lions mangeurs d'hommes qui ravagent la région, il se trouve pris dans des relations complexes et énigmatiques, où se mêlent faits, légendes et mythes. Une jeune femme du village, Mariamar, a sa théorie sur l'origine et la nature des attaques des bêtes. Sa soeur, Silência, en a été la dernière victime. L'aventure est racontée par ces deux voix, le chasseur et la jeune fille, au fil des pages on découvre leurs histoires respectives. La rencontre avec les bêtes sauvages amène tous les personnages à se confronter avec eux-mêmes, avec leurs fantasmes et leurs fautes. La crise met à nu les contradictions de la communauté, les rapports de pouvoir, tout autant que la force, parfois libératrice, parfois oppressive, de leurs traditions et de leurs croyances. L'auteur a vécu cette situation de très près lors d'un de ses chantiers. Ses fréquentes visites sur le théâtre du drame lui ont suggéré l'histoire inspirée de faits et de personnages réels qu'il rapporte ici. Clair, rapide, déconcertant, Mia Couto montre à travers ses personnages forts et complexes la domination impitoyable sur les femmes, la misère des hommes, la dureté de la pénurie et des paysages. Un grand roman dans la lignée de L'Accordeur de silences.

  • Sidónio Rosa est tombé éperdument amoureux de Deolinda, une jeune Mozambicaine, au cours d'un congrès médical à Lisbonne, ils se sont aimés puis elle est repartie chez elle. Il part à sa recherche et s'installe comme coopérant à Villa Cacimba. Il y rencontre les parents de sa bien-aimée, entame des relations ambiguës avec son père et attend patiemment qu'elle revienne de son stage. Mais reviendra-t-elle un jour ?
    Là, dans la brume qui envahit paysage et âmes, il découvre les secrets et les mystères de la petite ville, la famille des Sozihno, Munda et Bartolomeo, le vieux marin. L'Administrateur et sa Petite Épouse, la messagère mystérieuse à la robe grise qui répand les fleurs de l'oubli. Les femmes désirantes et abandonnées. L'absence dont on ne guérit jamais.
    Un roman au charme inquiétant écrit dans une langue unique.

  • Maria da Graça est femme de ménage, elle a lambition de mourir damour. Elle rêve toutes les nuits quelle essaye dentrer au paradis pour y retrouver monsieur Ferreira, son patron, qui, bien quavare et ayant abusé delle, lui parlait de Goya, Bergman ou Mozart, des hommes capables dimpressionner Dieu en personne. Mais les portes du paradis sont encombrées de marchands de souvenirs et saint Pierre la repousse à chaque fois. Elle verse aussi tous les soirs quelques gouttes deau de Javel dans la soupe de son mari. Quitéria, son amie, se prostitue mais tombe amoureuse dun émigré ukrainien désespéré.
    Comme Maria da Graça, tous les personnages de ce roman cherchent leur paradis et, pleins despoirs ou sans espoir, ils pensent que le bonheur vaut tous les risques, même sil faut sauter allègrement dans labîme.
    V.H. Mãe dessine ici avec humour un portrait caustique et tendre de notre temps, à travers des personnages attachants qui avancent sur les chemins sinueux dune société perturbée.

  • Les morros et les favelas de Rio sont en flammes, la police sous couvert de répression du trafic de
    drogue a mitraillé une procession religieuse et tué des enfants. Le jour approche où cette guerre va
    descendre sur la ville et les beaux quartiers du bord de mer. Francisco, un ancien colonel de la
    Sécurité en Angola, installé au Brésil pour fuir les pièges d'un amour féroce et les tourments de sa
    mémoire, prépare ce jour en vendant des armes. Un journaliste angolais plonge dans cet incendie
    à la recherche de réponses aux questions que peu de gens veulent bien se poser. Le commissaire
    qui démissionnera devant l'absurdité des mesures prises par les politiques définira ces événements
    non comme une émeute mais comme une révolte d'esclaves.
    Et tout ceci recoupe l'actualité brûlante de cet été.

  • La nuit du passage à l'an 2000 va changer toute la vie d'Osvaldo, le psychanalyste, qui se définit comme un simple déchiffreur d'histoires. Autour de lui, la réalité commence à se modifier, comme les histoires que lui racontent ses patients dans le silence de son bureau. Cette nuit-là il perd sa femme mais en rencontre une autre, et sa "patiente magnifique, la visiteuse du soir", se prépare à lui révéler un secret qui va le placer devant une réalité clandestine aux répercutions incalculables.
    Ce roman inquiétant nous plonge dans la vie intérieure d'Osvaldo, confronté à un combat qui le dépasse. Le lecteur, placé à un point d'observation unique, partage cette tension psychologique, sous la conduite d'une romancière qui nous a toujours montré qu'il n'existe rien de plus réel que l'onirique et rien de plus fantastique que le réel. Le titre n'est pas une incitation militante à combattre les ombres de la société moderne mais le constat de l'ironie qu'il y a dans l'impossibilité d'atteindre les auteurs du mal et de ne pouvoir combattre que leur ombre. Les crimes dont parle ce roman sont l'un des ingrédients de la grande tromperie qui constitue nos sociétés et que révèlent les rêves du psychanalyste. C'est un roman sur le risque de vivre pour l'homme ordinaire face au monde totalitaire que la modernité est en train de créer.
    Ce livre a reçu dès sa sortie le Grand Prix de la Société des Auteurs Portugais.

  • « Et je n'arrivais pas à m'habituer à vivre mort. » Brito a émigré clandestinement dans une ville qu'il ne connaît pas et dont il ignore la langue. Un dimanche après-midi, à la suite d'un incident dans le métro, après avoir fait du lèche-vitrine avec sa femme et son fils, il se perd et ne retrouve plus le chemin de sa maison. Le retour chez lui s'avère impossible. Après une nuit d'errance dans la ville, où il ne rencontre que des étrangers qui ne parlent pas sa langue, il se rend compte que s'il ne demande pas de l'aide il se perdra pour toujours, mais que s'il le fait il détruit tout son rêve d'une vie nouvelle. En moins de 24 heures l'auteur explore ce que signifie vivre en ayant l'impression d'être immigré à l'intérieur de soi-même, ce qui s'avère plus difficile que l'exil. « Une lecture sublime ; un Portugais qui écrit des livres comme Almodóvar fait des films. » Néon (Allemagne)

  • Une femme tombe du ciel et s'écrase sur la route devant Bartolomeu au moment où éclate une tempête tropicale et où sa maîtresse lui annonce qu'elle le quitte. Il décide de percer ce mystère et, alors que tout change autour de lui, il découvre que la morte, mannequin et ex-miss, avait fréquenté le lit d'hommes politiques et d'entrepreneurs, devenant ainsi gênante pour certains, et il comprend qu'il sera la prochaine victime.
    Il croise les chemins d'une chanteuse à succès, d'un trafiquant d'armes ambassadeur auprès du Vatican, d'un guérisseur ambitieux, d'un ex-démineur aveugle, d'un dandy nain, d'une mère de saint adepte du mariage, d'un jeune peintre autiste, d'un ange noir ou de son ombre. Il explore une Luanda de 2020 métaphore de la société angolaise où les traditions ancestrales cohabitent difficilement avec une modernité mal assimilée. Où, comme dans la Termitière, gratte-ciel inachevé mais déjà en ruine, les riches vivent dans les étages tandis que les pauvres et les truands occupent les sous-sols. Il nous montre une ville en convulsions où l'insolite est toujours présent et intimement mêlé au prosaïque et au quotidien, où la réalité tend à être beaucoup plus invraisemblable que la fiction.
    Dans une prose magnifique cet amoureux des mots définit son pays comme une culture de l'excès, que ce soit dans la façon de s'amuser ou dans la façon de manifester ses sentiments ou sa souffrance.



    José Eduardo AGUALUSA est né en Angola en 1960. Après des études d'agronomie à Lisbonne, il est grand reporter et écrivain. Ses romans sont traduits en allemand, bengali, catalan, danois, espagnol, anglais, italien et suédois. Il a reçu en 2007 The Independant Foreign Fiction Prize. Il est l'auteur de Le Marchand de passés (Métailié, 2006), La Guerre des anges (Métailié, 2007) et Les femmes de mon père (Métailié, 2009).

  • Francisco José, jeune prêtre brésilien, métis d'Indien et de Portugais, débarque à Luanda pour devenir le secrétaire de la reine Ginga, fille et soeur de rois, et reine elle-même.

    Cette femme exceptionnelle (1581-1663) évinça les hommes de sa famille, s'empara de tous les attributs du pouvoir, se fit appeler «roi», entretint un harem d'hommes habillés en femmes et prit, les armes à la main, la tête de ses guerriers sur les champs de bataille. Fin stratège et diplomate, cruelle et séduisante, elle n'hésitait pas à s'allier à ses ennemis si nécessaire.

    Le jeune héros brésilien, emporté par cette histoire tumultueuse, se trouve mêlé à la guerre de conquête des Hollandais et va d'aventure en aventure entre le Brésil et l'Afrique, sur les vaisseaux pirates.

    José Eduardo Agualusa raconte une histoire véridique et étonnante dans un roman à la fois picaresque, vif, parfois poétique, plein de bruit et de fureur, d'amours interdites, de sang et de passion, de trahisons et de rebondissements palpitants. Dans un style magnifique il évoque aussi bien la cruauté de l'esclavage au Brésil que l'histoire dramatique de l'Afrique à travers le destin d'une très grande reine.

  • Quand le voyage se transforme en tourisme et la curiosité de l'autre en voyeurisme de la violence, les pays du Sud deviennent des destinations où l'on peut assouvir des désirs inavoués ou réaliser des souhaits qu'on n'est pas capables de mettre soi-même en oeuvre.
    Il y a des endroits où on fait du tourisme de guerre, où on peut assister de près à des bombardements, des explosions et des attentats. Il y a la Zone qui vit en guerre civile depuis des années, c'est là que Greg va faire du tourisme. Mais après la disparition d'une délégation philippine au grand complet, son guide commence à se poser des questions sur ses véritables intentions. Pourquoi Greg tient-il tellement à visiter ce "paradis infernal", à être au milieu de cette horreur quotidienne ?

  • Journaliste et écrivain amateur, Adriano découvre que le temps a passé sans qu'il en ait conscience et qu'il n'en ait rien fait. Un suicide manqué lui fait prendre la fuite pour Macao, où il se charge de l'organisation des archives d'un millionnaire chinois.

    Mais la ville mythique du jeu et de la Rivière des Perles lui réserve une surprise de taille : il exhume un passé inconnu, peuplé de pirates et de sectes disparues, qui le mènent jusqu'à de mystérieux comptes bancaires bien actuels, et à la découverte d'une série d'assassinats. Avec, en toile de fond, l'angoisse souriante de la prochaine réintégration dans la Chine communiste et de l'effondrement du dernier empire colonial, il se trouve brutalement plongé dans la violence de la réalité. Il devra oublier sa mélancolie et ses réflexions pessimistes sur la vie et le monde pour céder à l'instinct primitif qui le fera lutter pour sa propre survie.


  • alfreda a tout : elle est belle et élégante, elle a reçu une éducation raffinée, elle est riche et intelligente.
    elle s'interroge sur les principes qui depuis de longs siècles régissent l'occident. alfreda est mue par une curiosité constante qui devient méditation sur le monde et ses mythes. femme, principe de toutes choses, alfreda cherche. et elle trouve, en partie, avec des révélations sur la vierge marie, dont elle
    pense qu'en tant que femme riche, ayant reçu une éducation semblable à la sienne, elle devrait lui apparaître à elle et non à de petits bergers incultes incapables de poser les bonnes questions.
    agustina bessa-luis, avec son immense connaissance des choses et sa curiosité personnelle, se lance avec audace dans une révision de la mythologie chrétienne, telle que les hommes l'ont forgée au fil des siècles, telle que notre histoire a bien voulu la construire. a travers le regard de l'héroïne sur un monde trivial, qui est finalement celui que nous avons à offrir, se cache le besoin de créer des dieux et de se rebeller contre eux.
    l'ame des riches est la deuxième partie de la trilogie commencée avec le principe de l'incertitude. principe de remise en cause des vérités soi-disant acquises mais dont l'analyse pertinente de l'auteur transcende de beaucoup les cadres géographiques et culturels et atteint pleinement nos réalités existentielles.

  • Timor oriental, 1999. Alor, un jeune architecte indonésien, arrive à Díli chargé de concevoir une maison pour le leader indépendantiste du Timor. Il s'installe dans la Pension du Monde Perdu, où les chambres portent des noms de massacres. Dans les mois qui précèdent le vote pour l'indépendance, il va vivre un crescendo de violence, être manipulé, rencontrer une princesse, un moine soldat, un évêque, un agent de Jakarta et le Généralissime, alias La Relique, le premier chef de la nation, survivant d'un bombardement, caché dans une grotte dans la montagne. Alor représente l'élu, le sauveur envoyé par le destin. Mais Dieu «est un crocodile étranger», dit-on à Díli. Dans l'euphorie du référendum, Jakarta lance une opération, Alor disparaît dans le chaos, et on ne retrouve qu'une tête coupée dans une boîte. La Suède envoie un évêque pour mener l'enquête. Ce livre réunit toutes les pièces et les rapports de sa mission. Ce roman magnifique est un requiem pour les mondes perdus des restes de l'Empire portugais. Il est écrit du point de vue des colonisés. Nul ne pouvait mieux parler du Timor que le journaliste qui y a été correspondant dans une des périodes sanglantes de son passé récent.

  • Un matin d'été, Henrique tue son ex-fiancée d'un coup de feu à l'intérieur de la faculté qu'ils fréquentaient tous les deux. Quelle étrange raison l'a contraint à ce geste ? Quelles sont les justifications que trouvent à leurs propres gestes criminels ses compagnons de prison : Gerardo le joueur, Sergio le violeur, Rogerio l'escroc, Cristina le travesti, Albino le trafiquant d'oeuvres d'art, Jorge, soumis à un destin inavouable. Les monologues intérieurs tissent la trame de ce tableau de la délinquance et des prisons.

  • A travers l'histoire de l'héritage d'une grande propriété viticole, agustina bessa-luis regarde une société contemporaine qui n'a plus conscience de ses limites.
    Fidèle à son écriture dense, aux phrases fulgurantes à recueillir comme des axiomes, elle déploie devant le lecteur la somptueuse et verdoyante vallée du douro oú les anciennes familles pourrissent de tant d'inertie, de tant de nostalgie d'un passé introuvable, et oú les nouveaux riches ont des comportements d'un machiavélisme sadique pour garder leur tout nouveau pouvoir.
    Elle étudie la jeune camila, à l'éducation parfaite, quand elle épouse å'illet rouge, le jeune héritier.
    Très vite exaspéré par son indifférence et son calme, le jeune homme va se conduire comme un barbare, avec sa complice, vanessa, propriétaire d'une boîte de nuit, mêlée à des trafics louches, elle aussi fascinée par camila.
    L'auteur nous fait avancer dans cette intrigue au pas de ses protagonistes, entre masochisme et violence sourde, entre soumission et révolte.
    Ce roman est à l'origine du dernier film de manuel de oliveira présenté à cannes en mai 2002.

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