Mille Et Une Nuits

  • En octobre 1946 - après un cruel congé guerrier -, jean rouch embarque avec deux amis, comme lui jeunes ingénieurs des ponts et chaussées, sur un radeau fabriqué par leurs soins à la source du niger. les trois hommes seront les premiers à réussir l'exploit, tenté avant eux par mungo park, de descendre les 4 200 kilomètres du grand fleuve de sa source jusqu'à son embouchure. la « belle promenade » de huit mois scelle le destin de jean rouch : le cours du fleuve lui dévoile tout un monde qu'il n'aura de cesse ensuite, devenu ethnologue et cinéaste, d'explorer. dès les années suivantes, il met sur pied deux autres missions pour pénétrer les «mystères et la poésie des hommes du niger ». au pays des mages noirs, des songhay, des pêcheurs sorko et des danseurs possédés par les dieux, l'aventure est avant tout humaine. il ne sera jamais un « savant aux yeux secs ». il a trouvé sa méthode : indépendant, il mène ses études d'«homme à homme», tel un étranger venu « le plus humblement possible, c'est-à-dire le plus amicalement possible ». et ses compagnons africains seront ses meilleurs alliés dans son travail scientifique.
    Alors le noir et le blanc seront amis est le récit des trois premières missions de jean rouch, de 1946 à 1951, publié en 1951 dans le journal franc-tireur, jamais repris en volume.
    Jean rouch (1917-2004) est l'un des grands ethnologues du xxe siècle. arrivé en 1941 à niamey (niger) comme ingénieur pour construire des routes, il publie en 1943 dans notes africaines un « aperçu sur l'animisme songhay ». au lendemain de la guerre, il fait sa thèse avec marcel griaule et entre au cnrs en 1953. son oeuvre cinématographique, fondée sur ses recherches, est très vite reconnue dans le monde entier : initiation à la danse des possédés (1949), les maîtres fous (1957), la chasse au lion à l'arc (1965) sont primés à biarritz et à venise. jean rouch a disparu le 18 février 2004 dans un accident de voiture au niger. après des funérailles nationales et rituelles, il repose au bord du fleuve.

  • Antonio negri, art et multitude traduit de l'italien par judith revel, nicolas guilhot, xavier leconte et nicole sels. où donc situer le beau dans le passage du moderne au postmoderne ? la question ne s'arrête pas à l'abstraction. une mutation s'est opérée. selon antonio negri, créer n'a plus aucun lien avec quelque nature que ce soit, ce n'est pas non plus une sublimation, mais une démesure (« excédence ») qui découvre des formes instituées comme surplus de la production. dans un monde global à tendance impériale, créer et générer deviennent des gestes de résistance, réinventant constamment des singularités (objets, signes) prises dans le commun : c'est la multitude.
    Antonio negri, philosophe, essayiste et dramaturge, a participé aux luttes politiques et sociales des années 1960-70 en europe. longtemps professeur de sciences politiques à paris, il est l'auteur de nombreux ouvrages de philosophie parmi lesquels marx au-delà de marx (bourgois, 1979), l'anomalie sauvage, puissance et pouvoir chez spinoza (puf, 1982) et, en collaboration avec michael hardt, empire (exils, 2000). trilogie de la différence (stock, 2009) rassemble ses pièces essaim (2004), l'homme plié (2006) et cithéron (2007).

  • Penser d´une façon conspirationniste, c´est non pas croire que les complots existent, car ils n´ont jamais cessé d´exister, mais voir des complots partout et croire qu´ils expliquent tout ou presque dans la marche du monde. Il faut clarifier les termes employés, car l´expression « théorie du complot » (conspiracy theory, Verschwörungstheorie) est trompeuse. L´histoire universelle est remplie de complots réels, qui ont abouti ou échoué. Mais elle est aussi pleine de complots fictifs ou imaginaires attribués à des minorités actives ou aux autorités en place (gouvernements, services secrets, etc.), objets de croyances collectives. Dans l´expression mal formée « théorie du complot », le « complot » est nécessairement un complot. Dans un monde de fortes incertitudes et de peurs, où l´adhésion aux « grands récits » de nature religieuse a faibli, la multiplication des représentations ou des récits conspirationnistes, leur diffusion rapide et leur banalisation, est un phénomène remarquable, mais aisément explicable : ces récits, aussi délirants soient-ils, présentent l´avantage de rendre lisibles les événements. Ils permettent ainsi d´échapper au spectacle terrifiant d´un monde chaotique dans lequel tout semble possible, à commencer par le pire. D´où le succès public de ces récits. Sous le regard conspirationniste, les coïncidences ne sont jamais fortuites, elles révèlent des connexions cachées, et permettent de fabriquer des modèles explicatifs des événements. Les cas fourmillent, de l´« affaire DSK » à la grande crise financière actuelle...

  • alors que le capitalisme néolibéral multiplie ses ravages (crises économique, écologique, alimentaire...) et que la vie, soumise au travail abstrait, apparaît toujours plus fragmentée, privée de sens, toute critique radicale du monde existant a disparu.
    face au marxisme - et avec lui à tous les restes de la gauche - qui réduit la pensée de marx à une théorie apologétique du capitalisme interventionniste d'état, moishe postone débarrasse les concepts de marx du ballast marxiste et réélabore une théorie critique qui s'attaque à l'essence même du capitalisme : la forme de travail spécifique à cette formation sociale.
    le travail sous le capitalisme n'est pas une activité extérieure au capitalisme, et donc à libérer ; il est le fondement du capitalisme, et donc à abolir. les marxistes de tout poil dénonceront comme abusive une telle lecture de marx, et les divers marxologues y trouveront matière à faire vivre un peu leur spécialité sans emploi. mais ce qui jugera vraiment le livre de postone, ce sera s'il fournit, ou non, la base d'une critique du capitalisme adéquate à notre époque.

    né au canada en 1942, moishe postone est professeur au département d'histoire et d'études juives de l'université de chicago. il a publié temps, travail et domination sociale en 1993. en plus de la présente version française, ce livre a été traduit en allemand et en espagnol. un recueil de trois textes de postone est paru aux editions de l'aube en 2003 sous le titre marx est-il devenu muet ?.
    traduit de l'anglais (etats-unis) par olivier galtier et luc mercier.

  • Pierre Legendre, historien du droit et philosophe, s´attache, au-delà du cas spécifique des sociétés occidentales, à cerner, nommer et décrire les structures anthropologiques primordiales qui font la cohésion des groupes humains en sociétés. De quoi est donc faite cette « colle », qui permet que cela tient ensemble ? aime-t-il dire familièrement. Dans deux conférences inédites, prononcées à l´automne 2011 et au printemps 2012, il revient à la charge, et, met au jour ce soubassement qu´il nomme le Fiduciaire. Dans sa première conférence, il explique pourquoi il importe de prendre ses distances avec le concept occidental de « Religion », tout à fait usé, qui ne permet plus de comprendre notre civilisation et nourrit les malentendus avec les autres. Il donne les premiers « Éléments pour une théorie du Fiduciaire », terme juridique d´origine romaine qui désigne un montage triangulaire, assurant le transfert d´un bien et mettant en jeu deux personnes engagées vis-à-vis d´un garant. Une fois l´obstacle du mot religion levé, il peut faire retour sur les figures du garant qui accompagnent depuis toujours l´humanité, autour desquelles se constitue le lieu de la légitimité et se déploie le théâtre de la parole. Car, les mots sont un « mode de présence qui ne se discute pas » ; on a foi dans les mots ; « l´autorité des mots est fiduciaire ». Fonder l´autorité des mots est un enjeu fondamental. Dans la seconde, intitulée « La politique, le droit. Le silence des mots », il revient sur la manière dont l´Occident a posé et interprété la question « Qu´appelle-t-on gouverner ? » : c´est toute notre histoire, que le reste du monde regarde avec les lunettes de ses multiples traditions.

  • Depuis le début de la deuxième Intifada en septembre 2000, le conflit israélo-palestinien est devenu un « marqueur » idéologique en France. Les hostilités entre « pro-palestiniens » et « pro-israéliens » se mêlent aux empoignades sur islamophobie et judéophobie. Des camps se sont formés, dont Rony brauman et Alain Finkielkraut peuvent, à leurs corps défendants, apparaître comme les porte-étendards.
    Simultanément praticien et analyste lucide de l'humanitaire, ex-gauchiste nourri au lait antitotalitaire, « extrémiste de la démocratie », Brauman ne cache pas sa réserve à l'égard du projet sioniste lui-même.
    Quant à Finkielkraut, défenseur passionné de l'universalisme principiel qui a fait de lui un Français emblématique, il est aujourd'hui l'avocat malheureux de la singularité juive.
    Sur ce champ de bataille que sont les médias, les coups donnés ont fermé toute possibilité d'échanges d'arguments. On ne peut donc que se féliciter qu'ils aient accepté de dialoguer.

  • « Montaigne est notre contemporain absolu », affirme Joseph Macé-Scaron, qui a décidé de cheminer en sa compagnie. Ce livre n'est ni une biographie, ni une analyse de plus de l'oeuvre de Montaigne, mais une visite de ses textes par un lecteur du
    XXIe siècle, avec l'intention de le remettre à l'ordre du jour sans le
    mettre au goût du jour.


    Joseph Macé-Scaron brosse le portrait d'un homme, mais aussi le tableau d'une époque pleine de bruit et de fureur, qui connaît les guerres de Religion, le retour de l'obscurantisme, les chasses aux sorcières, le réveil des vieilles féodalités... Sombres temps qui évoquent le nôtre.


    On voyage donc dans cet essai, à pied, à cheval, en carrosse et en barque. Libre des modes et des interdits, Montaigne, qui ne perd jamais la mesure de ce qui est proprement humain, nous apparaît comme le plus intime et le plus gai des amis, parce qu'il est non un maître à penser, mais un maître à vivre.


  • Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera, avait averti Peyrefitte... La Chine s'est levée, et elle a endormi le reste du monde. Elle a pris un essor phénoménal en quelques années, assumant sans complexe une expansion internationale qui en fait un prédateur irrésistible. Aux mains du PCC, le pays de Confucius ne se contente plus d'être l'atelier du monde, ni même son laboratoire. Il est devenu le Vampire du Milieu. La Chine aspire à elle toutes les richesses, non seulement le travail et les sociétés à fort potentiel technologique, mais aussi les ressources énergétiques, les matières premières et même les terres agricoles. Pour succéder bientôt aux États-Unis à la tête de la planète, sa diplomatie est avant tout économique. La Chine entend vaincre sans combattre. Ses armes ? Ce ne sont pas forcément des fusées et des missiles, mais d'abord une main-d'oeuvre sous-payée, une monnaie dévaluée, le doux commerce de ses produits low cost ; des centaines d'instituts Confucius, des médias sous influence ; et une diaspora de dizaines de millions de Chinois d'origine, très encadrée, qui défend ses intérêts sur tous les continents. Cerise sur le gâteau, elle peut compter sur la couardise des idiots utiles qui, à Paris, à Londres ou à Washington, s'agenouillent devant le nouveau maître du monde. Pour la première fois, le grand puzzle de l'ambition chinoise est reconstitué. Exemples et chiffres à l'appui, Philippe Cohen et Luc Richard racontent comment le régime chinois nous dicte sa loi.

  • L'alerte a été lancée par les scientifiques : un profond changement climatique est en train de s'accomplir, qui inquiète les populations.
    Ces prévisions alarmantes obligent les hommes politiques et les pouvoirs économiques à se positionner. dans l'esprit de bon nombre de citoyens, il serait temps de passer à une phase qui marquerait une rupture réelle avec la société productiviste négatrice de l'environnement. or, dans l'esprit des dirigeants, il est au contraire temps de tirer profit de la crise environnementale. de fait, la finance s'est déjà emparée de la crise environnementale et la "valorise".
    Derrière les émissions de co2 que tout le monde ou presque affirme vouloir diminuer, dans le cadre du fameux protocole de kyoto, a été taillée sur mesure une "solution" pour les industriels et les investisseurs : le boursicotage des " droits à polluer". comme si le marché était à même de remplir les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. nouvel étage de la finance internationale, des marchés oú s'échangent les "droits à polluer" sont depuis peu en activité.
    Plus de dix ans après l'entrée en vigueur de kyoto, il est crucial d'analyser les conséquences de la "finance carbone". l'auteur décrit pour la première fois les coulisses d'un secteur émergent, promis à un avenir radieux, jusqu'aux krachs certains : spéculatif et écologique.

  • Dans quel régime vivons-nous ? Depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne et la réforme constitutionnelle en 2007, les Français savent que leurs dirigeants se sont assis sur leur volonté.
    Ils ont dit Non au TCE en 2005, mais leurs députés ont voté à 96 % Oui au traité de Lisbonne. Le Parlement n'est même plus une chambre d'enregistrement, vidé qu'il est de ses prérogatives par les structures européennes qui décident des règles et des lois. Il n'exerce plus le rôle qui lui est conféré théoriquement par les électeurs. Le système des partis sans Parlement, en quelque sorte !
    Grâce aux sondages, on tente de fabriquer la pensée de citoyens déboussolés ; on perfectionne les méthodes pour leur laisser croire que leurs opinions sont celles de la classe dirigeante. Le mépris de celle-ci à l'égard du peuple est d'autant plus violent qu'il est assis sur la certitude de détenir la vérité. La crise économique, révélatrice des fautes incroyables des banques, aurait pu permettre une remise à plat des institutions. Au contraire, on accélère les « réformes » dans le même sens.
    Non, ceci n'est pas une dictature.
    Parler de marche vers la dictature est exagéré, ou inapproprié, car il n'y a pas de dictateur, mais comment qualifier autrement l'évolution actuelle ?

  • Un essai qui explique comment l'idéologie racialiste est née en France à la fin du XIXe siècle, et comment elle s'est répandue pour donner les formes de racisme contemporaines.

  • Au tournant du millénaire, la mondialisation libérale entre dans une nouvelle phase : en mars 2000, la bulle spéculative liée à la « nouvelle économie » implose ; le 11 septembre 2001, de terribles attentats sont perpétrés au coeur des états-unis ; à la fin de l'année 2001, la faillite frauduleuse d'enron est la première d'une série de scandales boursiers, tandis que l'argentine s'enfonce dans une crise profonde.

    La doctrine néolibérale se heurte désormais aux réalités quelle a engendrées montée des inégalités, du chômage et de la précarité, qui servent de terreau à la délinquance et au terrorisme. c'est l'occasion, pour le gouvernement des étatsunis, de mettre en oeuvre ouvertement une politique impériale visant, dans tous les domaines, et en s'appuyant sur leur suprématie militaire, à reconfigurer la mondialisation au bénéfice de leurs seuls intérêts. en avril 2003, l'agression contre l'irak l'illustrera de manière paroxystique.

    Au cours de la troisième université d'été d'attac, en août 2002, ces évolutions ont été analysées par des universitaires, chercheurs, syndicalistes et responsables associatifs. tour à tour « enseignants » et « enseignés », ils se sont aussi efforcés d'ouvrir des perspectives pour ce que l'on appelle maintenant le mouvement altermondialiste. cet ouvrage a pour ambition de faire partager au plus grand nombre la richesse des interventions et des débats de cette rencontre studieuse. pour sortir enfin de l'impasse.

  • Qu'y a-t-il de commun entre les romans à énigmes de Dan Brown, thrillers ésotérico-religieux devenus best-sellers internationaux, et la masse des pamphlets d'extrême droite dénonçant des complots organisés par des puissances occultes ou semi-occultes visant à installer un « gouvernement mondial » ? Quelles croyances et quelles passions partagent les amateurs de la série télévisée X-Files, les fans de films, de BD ou de jeux vidéo mettant en scène des sociétés secrètes ou des invasions d'extraterrestres, les consommateurs immodérés de nourritures « ésotériques » en tout genre, et les demi-savants peuplant le monde des « historiens alternatifs », dénonciateurs fanatiques du « complot mondial » oe

    En fournissant des éléments de réponse à ces questions, Pierre-André Taguieff nous invite à explorer la nouvelle culture populaire massivement diffusée sur Internet, ce qu'il faut bien appeler le bazar de l'ésotérisme. Il part d'un constat : les fictions signées Dan Brown, parmi de nombreuses autres n'ayant pas rencontré un succès comparable, puisent dans le même fonds symbolique qu'une multitude de pamphlets conspirationnistes publiés depuis le début des années 1980. Ce stock de rumeurs, de légendes et de croyances - nées parfois il y a plus de deux siècles, comme la légende des Illuminati - ne cesse d'être exploité par des entrepreneurs culturels spécialisés dans « l'ésotérisme » au sens ordinairement vague et attrape-tout du terme, renvoyant à « tout ce qui exhale un parfum de mystère ».

    La Foire aux « Illuminés » porte sur la production, la circulation et la réception de ces produits culturels ésotéro-complotistes ordinairement négligés ou méprisés par les travaux universitaires. Ce livre constitue une réflexion exigeante sur les formes contemporaines du croire hors des frontières strictes du religieux institutionnel non moins que du champs idéologico-politique. Il s'inscrit dans la série des ouvrages publiés par Pierre-André Taguieff depuis La Force du préjugé (1988), dont l'ambition commune est d'élaborer une anthropologie historique de la modernité, à travers l'analyse des représentations, des valeurs et des croyances saisies dans leurs origines et leurs métamorphoses.

  • Il n'est plus possible de penser que la situation actuelle de la planète et celle des humains qui l'habitent, décrite partout comme inquiétante, n'est qu'une péripétie banale de l'histoire. L'humanité intervient désormais de façon majeure sur sa nature propre, sur son évolution et sur l'ensemble de la biosphère. Cette situation interroge la recherche scientifique et technique, à la fois élément de diagnostic, de solutions et de problèmes. Pour autant, les acteurs de la technoscience n'ont aucune légitimité à définir seuls les programmes. Pourquoi autant d'investissements pour les plantes transgéniques et aussi peu sur les méthodes culturales écologiques ? Pourquoi les thérapies géniques et pas plus de recherches sur les maladies contagieuses des pays du Sud, sur la santé environnementale et l´impact des nouvelles molécules chimiques, ou sur les résistances bactériennes ? Pourquoi de nouvelles machines nucléaires et pas plus de recherches sur la relocalisation de l'économie ? Ce que sera le monde dépend de ce qui se passe aujourd'hui, mais aussi demain, dans les laboratoires. C'est pourquoi les orientations scientifiques comme les développements technologiques ne peuvent plus être laissés entre les mains de quelques spécialistes, ni pilotés par les seuls désirs de profit ou de puissance. L'heure est à une mobilisation des consciences et à l´assemblage des savoirs disséminés dans la société, pour un dialogue renouvelé entre chercheurs scientifiques et citoyens chercheurs d'avenir.

  • « Dans le domaine de la Shoah, j'ai toujours considéré comme les plus importants, les témoignages recueillis pendant que leurs auteurs vivaient l'expérience dont ils rendaient compte, alors qu'ils ne pouvaient échapper à la situation existentielle dans laquelle ils étaient plongés. Les textes prioritaires sont certainement ceux où le témoin pouvait s'exprimer librement, comme dans les lettres sorties clandestinement ; dans les autres, l'obstacle de la censure obligeait le témoin à se concentrer sur les sentiments familiaux et, malgré la volonté de rassurer, l'angoisse s'exprime confusément.

    Tenant compte de ces critères et de la masse documentaire rassemblée par mes soins au cours des dix années de publication du Mémorial des Enfants Juifs Déportés de France (aux éditions Fayard), j'ai choisi une cinquantaine de textes qui expriment la tragédie des enfants juifs déportés de France.

    Peut-on pénétrer plus profondément dans cette tragédie qu'en lisant les textes écrits par les mères, les pères et surtout les enfants victimes de ces arrestations, de ces internements et de ces déportations "vers une destination inconnue" ? II s'agit de la page la plus douloureuse des persécutions subies par les Juifs de France. »

  • La crise a une traduction idéologique : l´occidentalisme. La gauche (française) est confrontée à la plus importante question qui soit : est-elle ou non capable de développer une vision du monde alternative pour transformer la société dans la durée ? Le combat culturel est le grand impensé du débat public français. Or, la force historique d´un camp politique se mesure à sa faculté d´imposer son hégémonie, ou tout au moins sa domination culturelle. La gauche pense qu´elle continue à être hégémonique, parce que ses idées sont nimbées de l´évidence, c´est à peine si elle a pris conscience que le nouvel environnement idéologique est décliniste et occidentaliste, qu´il porte inexorablement la droitisation de nos sociétés. Au confluent de l´oeuvre de Gramsci et des cultural studies, il s´agit de repenser le combat culturel. Les années à venir verront croître les paniques morales et le spontanéisme droitier. Elles seront, en Occident, celles de la guerre culturelle à laquelle la gauche ne pourra échapper si elle ne veut pas disparaitre.

  • Le 15 septembre 2008, la banque américaine Lehman Brothers fait faillite.
    La bombe des subprimes éclate au grand jour. Le krach financier se propage à l'ensemble de l'économie, plongeant le monde dans une crise globale, encore plus grave que celle de 1929. Largement responsables des dérives du capitalisme, banquiers et financiers ont réclamé sans vergogne l'aide des contribuables et des États pour sauver le système. Des trillions de dollars sont généreusement distribués par la Fed et les banques centrales.
    Moins d'un an après le krach, Wall Street et les financiers se sont refaits, ils s'octroient de faramineux bonus et cherchent par tous les moyens à relancer la machine à spéculer. On a nationalisé leurs pertes pour qu'ils puissent reprivatiser leurs profits. Ils sont pour une bonne part à l'origine de l'explosion des dettes publiques et de la formation d'une nouvelle, d'une dernière bulle dont ils s'emploient à tirer le maximum de profits.
    Jean-Michel Quatrepoint, qui annonçait dès l'été 2008 la crise globale, raconte comment le lobby financier c'est-à-dire Wall Street, les grandes banques et la Réserve fédérale américaine ont lié les mains de Barack Obama, afin d'éviter toute réforme en profondeur du système. Il décrypte le jeu dangereux de ce lobby des lobbies qui ne pense qu'à ses intérêts et nous a fabriqué une fausse reprise.

  • Paniques morales face aux populations issues de l´immigration islamique, crise de l´État-nation dans l´intégration européenne ou hantise du déclassement de la civilisation européenne semblent nourrir constamment l´émergence de mouvements contestataires à l´intérieur d´une droite en éternelle recomposition. C´est tout un pan des sensibilités politiques qui s´est laissé déporter par cette puissante dynamique. Combinant conservatisme et esprit contestataire, monopolisant la définition du débat politique, la droite a gagné le combat pour l´hégémonie culturelle dans les sociétés occidentales, poussant aussi bien les droites conservatrices que les droites extrêmes à opérer de nombreuses mutations. Les auteurs exposent avec une grande concision les spécificités de la droitisation actuelle, qu´ils observent non seulement aux États-Unis, avec les Tea Parties, mais aussi en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Belgique et aux Pays-Bas, en Suisse, en Suède... dans un véritable tour d´Europe, avant d´étudier le cas particulier de la France. Le livre plonge dans l´histoire des néoconservateurs américains, ces démocrates ralliés à Reagan à la fin des années 1970 : ce sont eux, avec les théoriciens du thatchérisme, qui, sur la base d´un anticommunisme et d´un anti-gauchisme farouches, ont pensé et réussi à propager de par le monde leur conception droitière dans les années 80 et 90... jusqu´à la flambée qui a atteint l´Europe continentale dans les années 2000.

  • « Il est temps que le Peuple, foulé et assassiné, manifeste sa volonté pour que la misère elle-même soit anéantie. Qu'il proclame son Manifeste. Qu'il prouve que la démocratie est l'obligation de remplir, par ceux qui ont trop, tout ce qui manque à ceux qui n'ont point assez ! »Depuis 1793, les principes inscrits dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de l'an I sont détruits et ceux qui les défendent sont réprimés. En octobre 1795, Gracchus Babeuf (1760-1797) a compris que l'avènement du Directoire mène à la fin de la tentative démocratique, qu'il achève la trahison de la Révolution. Dans son journal Le Tribun du peuple, il revendique l'idéal d'Égalité et de « bonheur commun ». Bientôt accusé de conspiration, il sera arrêté et exécuté sur ordre du Directoire.

  • Le 14 décembre 2004, nous avons appris que Google, cette entreprise américaine proposant le moteur de recherche le mieux installé dans nos ordinateurs, projette de numériser, selon un plan de six ans, une quinzaine de millions de livres imprimés. Il s'agira au total, chiffre vertigineux, de 4,5 milliards de pages.


    La première réaction, devant cette perspective gigantesque, pourrait être de pure jubilation. Prendrait ainsi forme le rêve messianique qui a été défini à la fin du siècle dernier : tous les savoirs du monde accessibles gratuitement sur la planète entière.


    Il faut pourtant y regarder de plus près. Et naissent aussitôt de lourdes préoccupations. Voici que s'affirme le risque d'une domination écrasante de l'Amérique dans la définition de l'idée que les prochaines générations se feront du monde.


    Dans cette affaire, la France et sa Bibliothèque nationale ont une responsabilité particulière. Mais aucune nation de notre continent n'est assez forte pour assurer seule le sursaut nécessaire. Une action collective de l'Union européenne s'impose. L'enjeu est immense.

  • En 1994, surgi des hauteurs du Chiapas, fit irruption sur la scène internationale un leader charismatique sans visage... Un passe-montagne contre l'imposture de la « mondialisation heureuse ». Contre la mascarade « où parade la souveraineté de l'Etat mexicain, un Etat qui a vendu des milliers d'entreprises nationales pour pouvoir assurer la bonne tenue des comptes de la modernité. Mascarade encore que cette prétendue démocratie », où les Indiens sont traités comme des citoyens de seconde zone.

    En réinventant le zapatisme, l'homme qui se fit appeler Marcos fut vraisemblablement l'un des premiers à élever la voix contre le néolibéralisme et à dénoncer les dégâts qu'il causait dans la population indigène « Le zapatisme se proposait d'être un nouveau miroir (...) ; dans une certaine mesure, le visage réel du monde réel (...).» La langue politique dans laquelle Marcos élabora sa pensée politique, mêlant marxisme, littérature et tradition orale locale, ne pouvait laisser indifférent Manuel Vàzquez Montalbán, romancier engagé moins encore s'il était invité à le rencontrer. Ainsi, en 1999, Montalbán se rendit à La Realidad, au Chiapas. Il en rapporta deux longs entretiens - qui constituent un document exceptionnel - au cours desquels Marcos tente d'établir un bilan temporaire de l'aventure zapatiste, de ses victoires.

    Depuis lors, Marcos a marché sur Mexico, en 2001. Un accord a été signé avec le gouvernement mexicain. Et surtout Marcos a ôté son fameux passe-montagne... Mais la révélation de son identité n'a en rien entamé sa volonté de faire de la politique autrement.

    Manuel Vàzquez Montalbán est né à Barcelone en 1939. Poète, essayiste, romancier, journaliste, il a reçu le prix de la Critique en Espagne pour L'Etrangleur. Son personnage principal, Pepe Carvalho, fait le succès de plusieurs de ses romans noirs, dont le sous-commandant Marcos est un grand lecteur.

    Traduit de l'espagnol par Gabriel Cayo

  • Chaque jour, 100 000 personnes meurent de faim ou de ses conséquences immédiates et 826 millions d'êtres sont gravement sous-alimentés de façon chronique. Or, la planète regorge de richesses, les ressources agricoles pourraient normalement nourrir 12 milliards d'êtres humains, soit deux fois la population mondiale.
    L'actuel ordre du monde n'est donc pas seulement meurtrier, il est aussi absurde : l'abandon à grande échelle des cultures vivrières, la mainmise des multinationales de l'agroalimentaire sur les semences et la production, les échanges commerciaux au bénéfice des pays du Nord en surproduction, entraînent inexorablement la destruction et la faim de millions de personnes... Afin de réduire les conséquences désastreuses des politiques de libéralisation et de privatisation à l'extrême, pratiquée par les maîtres du monde et leurs mercenaires (FMI, OMC), l'Assemblée générale des Nations unies a décidé de créer et de rendre justiciable un nouveau droit de l'homme : le droit à l'alimentation. « Le droit à l'alimentation est le droit d'avoir un accès régulier, permanent et libre, soit directement, soit au moyen d'achats monétaires, à une nourriture quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et qui assure une vie psychique et physique, individuelle et collective, libre d'angoisse, satisfaisante et digne. » Déjà, quelques pays du tiers-monde (Brésil, Afrique du Sud) s'en emparent et tentent de remédier au plus vite aux souffrances de leurs populations.

    Jean Ziegler est Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation. Auteur de nombreux ouvrages sur le tiers-monde, il a notamment publié La Suisse, l'or et les morts (Le Seuil, 1997), Les Seigneurs du crime (Le Seuil, 1999) et Les Nouveaux Maîtres du monde (Fayard, 2002).

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