Obsidiane

  • Cet ultime recueil de poèmes, achevé quelques mois avant sa mort, Petr Kral avait choisi de l'accompagner lui-même, avec trois dessins d'une extrême rigueur qui font écho à la fermeté qui caractérisa et sa vie et son oeuvre. Cette manière d'intransigeance, on la retrouve dans sa prosodie si particulière construite sur l'alliance d'un réalisme imparable (cru même) et d'un humour teinté parfois de nonsens qui explicite l'absurdité des situations, des relations, des échanges.
    Marqué par Hrabal, Hasek, le Surréalisme et le cinéma muet (il écrit la-dessus des livres qui ont fait date), Kral élabore des saynètes qui dessinent un univers mélancoliquement banal que seul l'humour grinçant rend habitable...

  • Rilke à Paris

    Maurice Betz

    Rainer Maria Rilke offre un cas qui ne laisse pas d'être assez extraordinaire ; un poète profondément germanique, qui figure, sous sa forme la plus aiguë, la plus fragile, le rameau extrême du romantisme allemand au point où il va rencontrer les derniers prolongements du monde spirituel slave, découvre sa véritable identité au contact d'une ville française. Ce poète allemand trouve à Paris non seulement un domicile passager et des amitiés plus ou moins durables, mais une inspiration qui le guide vers les formes secrètes de son être.
    Pendant douze ans il y reviendçra presque année après annés, heureux et malheureux d'y retrouver des joies ou des souffrances toujours neuves et un paysage presque éternel. Cette ville lui prêtera le cadre et les thèmes d'une oeuvre par laquelle il a le sentiment de s'exprimer jusqu'au bord de l'indicible, jusqu'à envisager et accepter d'un coeur tranquille la mort au terme d'un livre dans lequel il a conscience d'avoir concentré toute la sève d'une vie.

  • Jusqu'à ce que le jour vous sépare : une réponse à la dernière bande de beckett ? une réponse ? plutôt un écho.
    Un écho tantôt loin, dans l'espace et aussi dans le temps, tantôt tout près de monsieur krapp, le héros solitaire de la pièce de samuel b. un écho tantôt faible, contradictoire, mutilé, tantôt fort, fortifié, magnifié. pour cela j'ose appeler ce monologue - écho, un drame - un très petit drame - comme la dernière bande, est un drame, un très grand. beckett a achevé, avec cette pièce, la réduction parfaite, nécessaire, du théâtre, tout en se libérant des restes du symbolisme et des opinions sur l'existence dans ses autres grandes pièces.
    La dernière bande incorporise peut-être le point final ou le terminus du théâtre, d'un pur théâtre. c'est une pièce primaire, essentielle et ludique. après beckett ne sont arrivées que nos pièces secondaires, comme par exemple jusqu'à ce que le jour vous sépare : plus de réduction, plus d'espace zéro possible - que des traces des égarés (ici : une [1] égarée. ) mais il fallait, il faut peut-être s'égarer, dans l'intérêt de la scène, dans l'intérêt du théâtre ? comme je me suis dit un jour : "je vais résolument m'égarer".
    Egarés, nous ? ou embarqués ? egarés et embarqués ? comme a écrit pascal : "nous sommes embarqués !" - "echo", si je me rappelle bien, signifie dans la mythologie grecque aussi une personne, une petite déesse ou une nymphe (dictionnaire : "déesse d'un rang inférieur, qui hantait les bois. ") - en tout cas une femme, une voix féminine.

  • Jan Voss, qui a réalisé la suite de vignettes pour cette édition, dit qu'adolescent, à Hambourg, il apprenait par coeur des pages de ce poème, comme tous les élèves d'Allemagne alors. Rédigé en 1899, à son retour d'un voyage en Russie, et publié en 1904, le Chant de l'amour et de la mort du cornette Christoph Rilke narre la vie brève et aventureuse d'un ancêtre de R M Rilke, mort au combat contre les Turcs, à la fin du XVII ème siècle, et dont le corps ne fut jamais retrouvé. A mi chemin du légendaire et de la dure réalité de la guerre, cette longue et dense prose lyrique est l'un des sommets de la prosodie de langue allemande. A la fois sensuelles, mélancoliques, héroïques et nostalgiques, ces pages magnifiques, d'une grande puissance évocatrice, contribuèrent grandement à la notoriété naissante du poète tant en Allemagne que dans le reste de l'Europe.

  • L'anti-Faust

    Michel Orcel

    L'amère philosophie de ces 7 poèmes anciens ne reflète pas la métaphysique actuelle de l'auteur. Ces pièces n'en marquent pas moins une limite incandescente dans ce qu'il considère aujourd'hui comme son long apprentissage de la connais-sance. Ils sont à ses yeux comme une image obscure (ou inverse) de l'humaine "nostalgie de Dieu" . Ce court ensemble est suivi d'un sonnet retrouvé et de deux nouvelles traductions de Léopardi par l'auteur

  • Tashuur

    Pascal Commère

    Tashuur, qui désigne dans la langue mongole, le fouet qui sert à dresser les chevaux, est un ensemble de poèmes né des notes de voyage prise par Pascal Commère lors d'un séjour en Mongolie, à l'automne 2005.
    Passionné par les chevaux, il était allé sur les traces des fameux cavaliers des steppes et de leur non moins fameuses montures ! On retrouve dans ces pages toute la singularité langagière de cet auteur qui, tant poète que prosateur, est certainement une figure éminente de la littérature contemporaine. Une vraie connaissance des hommes proches de la terre et des bêtes, de leurs douloureuses aventures et de leurs bonheurs forts, donne à ce livre une gravité non dénuée d'humour mais qui est marquée par une empathie réelle nourrie par la vérité de ce monde difficile.
    Ainsi le cavalier (mongol ou autre) fait-il corps avec son cheval, et réciproquement. Mais ce que Pascal Commère analyse le mieux, et transfigure par le poème, est l'affrontement des savoirs ancestraux et mystérieux avec la modernité : la yourte et Internet, le hurlement du loup et le vrombissement d'une Jeep sur la steppe... Quant à la langue du poète, précise et rugueuse mais toujours attentive à un certain lyrisme narratif fermement contraint, elle rend parfaitement les gestes, les paroles et les faits quotidiens des hommes enchâssés dans un univers strict, qui les dépasse et que pourtant ils tentent de maîtriser.
    Certains passages de Tashuur ont paru en revue, notamment dans PO&SIE.

  • Avec Sous la cendre les étoiles, Maurice Kamto nous dévoile "l'aube primordiale" d'un très grand chant où se mélangent l'enfance du poète et celle d'une nation. D'un côté, l'insouciance et le geignement de l'enfant bousculé par l'absence brève mais profonde des figures de l'amour. De l 'autre, la difficile parturition d'un nouveau pays. Alors se déploie un panorama où l'attention du poète se manifeste aussi bien à l'égard des enfants des rues, des femmes, des arbres que pour la geste continentale.
    L'espoir soutient chaque vers, cha - que syllabe. Ce pourrait être la définition du poème. Léopold Sédar Senghor trouve en Maurice Kamto un digne continuateur de la poésie épique, mais réinventée, transfigurée.

  • Nous l'attendons au balcon de son bureau sis au théâtre municipal. Une discrète mise en scène s'opère dans mon esprit. Les audiences du poète, bien que n'ayant assisté à aucune d'elles, la première fois que voilà me permet d'y entrer de plain-pied. C'est que j'y ai participé à de nombreuses reprises pour avoir visionné des films, des reportages, des actualités. On y voit entrer sa voiture dans cette même cour.
    Ce matin, le chauffeur fait les mêmes manoeuvres. Je me tiens au lieu exact où les caméramans captent leurs images.

  • "DONA (du latin Donum, don, présent, offrande) est une série de 46 poèmes dédiés principalement à des personnes, mais aussi à des lieux et des heures. Ce sont des envois, des hommages, à des vivants et des défunts, commémorés avec une certaine "piété" . Les destinataires peuvent être des amis chers, des parents, des poètes aimés (contemporains et classiques), des prophètes, des philosophes admirés ; mais aussi bien une nuit parisienne et un matin de février, un quartier de Lyon ou une station balnéaire normande ou un village breton...
    Tous et toutes m'ont parlé, inspiré, ouvert à une réalité autre qui est celle de la poésie, produit d'une interaction entre l'espace intérieur et le monde extérieur. Un va-et-vient incessant parcourt ce livre, entre la sphère de l'intime, du présent, et le murmure du passé, que nous transmettent la tradition et la mémoire". Gravures de Frédéric Couraillon

  • Le premier volume du cycle Lémistè, sous-titré « Liber America », était une approche par la parole de l'univers culturel et langagier du monde amérindien, à travers le choc entre les cultures européenne, africaine et caraïbe, qui se traduisit notamment, du point de vue de la langue et donc de la littérature, par l'invention à travers le créole d'une langue particulièrement sensuelle. Dans le présent volume, Partition noire et bleue , Monchoachi explore, à sa manière, le continent africain, sa puissance symbolique, son énergique vitalité - manière d'axis mundi idéal de la tradition créole, quête de l'harmonie universelle, aussi bien que « force de fermentation du monde des commencements » (Richard Blin à propos de Lémistè). La grande originalité de la prosodie ce livre, - où l'incantation la plus mystérieuse et la réalité langagière la plus immédiate et triviale répondent par la parole poétique au génie tragique de l'Afrique, - est de métaphoriser par une langue particulièrement riche et parleuse ses rites, ses masques, toute cette force merveilleuse qui « consiste à être relié par toutes les fibres du corps aux puissances de l'univers ». Monchoachi magnifie le Continent noir et ses riches cosmogonies face à l'emprise étouffante et froide de « la rationalité rapetissante, standardisante, nivelante, le fatalisme morne généré par un culte obtus rendu à l'évolutionnisme ».
    On peut dire, à propos de Partition noire et bleue, ce qu'Yves Bergeret écrivait au sujet de Lémistè : « Par un travail gigantesque d'immersion de l'auteur et de collecte extrêmement patiente dans les îles ce livre réunit une somme considérable de documents populaires oraux et gestuels. Non il n'est pas seulement cela. Il est magnifique par sa dignité éthique, qui, tout en donnant enfin à entendre la voix multiple et habituellement étouffée des peuples des Antilles, montre magistralement que dans cet archipel la modernité universelle se cherche et se joue d'une manière profondément originale par précisément cette polyphonie turbulente de la pensée symbolique ».
    Le grande originalité de cette prosodie où l'incantation, la plus mystérieuse et la réalité langagière la plus immédiate et triviale aux rites, aux masques, aux éléments, cosmogonie

  • J'avais écrit pour me décharger de la bile accumulée après une longue fréquentation de la presse et des radios, simple saignée verbale pour combattre une lente intoxication à l'anglais.
    Ma guillotine ayant reçu bon accueil, l'éditeur d'Obsidiane m'a demandé de l'amplifier pour cette collection de « placets invectifs ». Placet dit sa nature : « écrit adressé à une personne détenant un pouvoir pour lui demander justice ». Invectif dit son humeur. Quant à sa méthode, elle doit presque tout au hasard. Ayant glané durant quelques mois ce qui se présentait touchant mon sujet - enseignes et affiches des rues, propos entendus à la radio, diatribes sur les réseaux sociaux, citations prélevées durant mes lectures -, et ayant rappelé à moi, du fond de mon Monomotapa, quelques leçons tirées de mon expérience professionnelle, j'ai vu les idées naître spontanément : je me suis contenté de les organiser aussi clairement et distinctement que possible, selon les recommandations de l'école. Pour n'être ni sociologue (mais quand on a appris à lire dans Jules Verne et à penser dans Engels, n'en sait-on pas assez ?), ni linguiste, hélas (ce vieux rêve qui me poursuit : gravir l'escalier en spirale de la tour de Babel et posséder toutes les langues...), pour n'être ni Bruno Latour ni Claude Hagège, doit-on se priver de raisonner de la société et de la grammaire, comme tout un chacun ?

  • C'est un chant clair, au rythme généreux et à la scansion brève, alerte. Le poète fustige les conflits identitaires et religieux, il fait aussi l'éloge de Tombouctou, la cité médiévale où s'est inventé pour l'Afrique le discours sur l'amour, ainsi que celui sur le savoir. La Saigne est un chant d'amour charnel et filial, car le poète offre son coeur " sans reddition ".

  • « Plusieurs mois après que j'eus achevé La Donation du monde, une amie m'envoya cet extrait d'une lettre de Rilke à sa femme. Il me sembla découvrir ce texte, que pourtant j'avais lu, dix-huit ans auparavant (un repère précis sur mon exemplaire des Lettres à Cézanne me le rappelait). Ce texte, je l'avais simplement oublié. Mais « oublié », est-ce le mot ? « Enfoui » serait plus juste, encore que la métaphore suppose une terre, l'épaisseur d'un humus peu compatibles avec la nature immatérielle de la mémoire. Ces lignes lues dix-huit années auparavant n'avaient, malgré leur singulier pouvoir de suggestion, laissé en moi aucun souvenir conscient. Il est évident, en revanche, qu'elles y avaient déposé quelques traces suffisamment fortes pour que j'éprouve, près de deux décennies plus tard, le désir de les récrire à ma façon. L'oubli était évidemment la condition de cette récriture : pour que j'aie l'impression de créer mes grenades, il fallait qu'aucun doute ne vienne troubler leur authenticité. Aucun doute, c'est-à-dire aucun souvenir. Ce n'était donc pas le texte qui était oublié, puisqu'il en restait des bribes ; c'était ma relation à lui : le fait que je lui eusse consacré jadis le temps d'une lecture. Un peu comme s'il vivait en moi sans que j'aie eu besoin de faire sa connaissance ; comme s'il avait été de tout temps une partie intrinsèque de ma propre expérience. Que de ma mémoire, il soit passé en somme dans mon imaginaire, y vivant désormais sa vie propre, y creusant ses sillons, sans plus aucune relation avec Rilke.
    Vivre, pour un texte, c'est toujours un peu perdre de son origine, rompre avec sa famille, endosser l'habit de l'anonymat pour mieux se laisser saisir. J'avais lu la page de Rilke ; puis ne l'avais oubliée qu'afin d'en prendre possession, de l'incorporer à ma propre terre. Je voyais bien ce que ce texte gardait de commun avec le mien : certaines images appartenaient à l'un et à l'autre (celle du cuir, entre autres). Mais surtout, la redécouverte de la lettre de Rilke m'apprenait comment ces détails avaient travaillé en moi. L'idée de la donation, par exemple, telle qu'elle s'était présentée, venait à n'en pas douter de la 1 superposition entre le geste d'adresser une lettre, et celui d'acheter les grenades dans le commerce (Potin ou la rue Mouffetard). Ce que Rilke écrit explicitement à Clara (« Ton sentiment devant la grappe du Portugal est quelque chose que je connais bien ») étaie encore un peu plus cet argument : l'équivalence entre les sentiments des deux correspondants suggère l'idée d'un échange possible de leurs objets respectifs : grappe contre grenades. Les fruits sont la monnaie courante de cet échange ; la valeur fiduciaire d'un commerce immatériel : celui des « sentiments ». Au don de la grappe par Clara, Rilke répondait par le don de ses grenades.
    Sans insister sur la charge érotique d'une telle transaction, il était clair que le mot « sentiment » dépassait de beaucoup les limites de la seule émotion esthétique, émotion à laquelle le contexte (Rilke et Clara sont alors mariés depuis un an, et vivent loin de l'autre) ajoutait de fait une forte couleur amoureuse. Il est en tout cas probable qu'il ait été compris ainsi lors de ma première lecture, et qu'en ait été retenu le principe ouvert, mais schématiquement transposable, d'une identification entre le don de grenades et la déclaration des « sentiments ». Le texte égaré dans les méandres de la mémoire, il en restait donc cette trace, ce trait, et cette métaphore banale qui associe les fruits à des signes amoureux (« voici des fruits. »). Mais le fait que Rilke donne ici sa consistance à la métaphore l'orientait dans une certaine direction. À la banalité, il ajoutait cette condition supplémentaire : que la métaphore pouvait s'accomplir aussi bien sur un plan poétique, plan sur lequel la déclaration des « sentiments » cédait la place sans dommage à un poème. Rilke lui-même indique cette voie, convertissant les deux grenades dont il parle en une sorte de poème en prose offert à Clara. Ainsi se dessinait une scène imaginaire aux contours vagues, mais fondée sur une série de parités où fruit vaut pour sentiment qui vaut pour poème. Si sur cette scène un personnage offre une grenade à un autre personnage, ce dernier est en droit de répondre par le don d'un poème.
    Rien de cette petite mécanique métaphorique ne m'est venu à l'esprit lorsque Bei m'a tendu une grenade tirée du sac où elle venait de l'acquérir. À y repenser, cet instant m'apparaît même spécialement vide de toute signification. Mais la scène, sans doute, était là.
    Les personnages, interchangeables. Ils pouvaient même se passer de « sentiments », de raison, de justification. Seul demeurait le signe que la grenade faisait, dans son exotisme entêté, clos sur lui-même et rayonnant. Le mot « grenade » suffisait à lui seul : il réveillait les vagues associations ; il levait la sorte d'interdit qui pèse en même temps sur le sentiment et sur le poème. Me mettant inconsciemment, mais sans doute, pour cette raison même, instantanément à la place de Rilke, il m'autorisait à répondre à mon tour d'un don de fruit, à faire fructifier de nouveau la scène enfouie, à rejouer la partie. Comme si elle n'avait laissé en place qu'un décor déserté, des portants et son plancher disjoint, la lettre de Rilke avait ellemême chassé Rilke et Clara de ma mémoire, ne retenant d'eux que des fonctions. Elle avait fait d'eux des quelconques dont n'importe qui pouvait endosser les rôles. Ainsi s'écrivent certains poèmes :
    « .à quel point l'on a déjà tout cela en soi, et d'autant plus qu'on ferme mieux les yeux sur soi-même. »

  • ...Tu ne me connais pas, ça aussi, ma mère me l'a dit, tu ne me connais pas, si on te demande quelque chose, réponds que tu ne m'en connais pas. Elle s'est écartée de moi. On marche vite. Je m en souviens encore. Pas de photo. Après avoir dépassé les gendarmes allemands qui n'avaient pas que l'air d'attendre au carrefour, elle a dû, il n'y a toujours pas de photo, se rapprocher de nouveau, je crois que j'ai fermé les yeux, je vois encore ce que j'entends : ne te retourne pas, Elle me prend par la main. Ne dis rien à personne.

  • Verticale du secret

    Bancquart M-C.

    Essayer de communiquer avec le mystère de vivre, est-ce entrer dans les ténèbres ? Verticale du secret semble l'affirmer tout d'abord, avec des figures de solitude et de fragilité comme Jacob, mais se termine sur l'évocation de la tutélaire Isis. Trajet difficile, à la fois tragique et sensuel, pour le "pigiste de la vie" qu'est le poète. Conscience qu'on porte la mort et la maladie en soi, tentation des magies noires et des désespoirs, impossibilité de pénétrer son propre corps... Mais la lumière, pour le "feudataire des riens" qu'est aussi le poète, vient d'intercesseurs très humbles, rues quotidiennes, insectes, pierres, tout comme de grands paysages ou de l'amour. Chaque partie du recueil va du noir à cette clarté qu'on tente de dire en mots rigoureux : précaire, mais porteuse d'énergie. M.-C.B.

  • Ce premier volume de la collection Les Placets invectifs est consacré à Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889), l'un des maîtres du genre pamphlétaire de notre littérature.
    Ces textes sont extraits des nombreuses chroniques que Barbey d'Aurevilly donna dans la presse, et notamment dans la revue satirique Le Nain jaune, entre 1863 et 1866, et qu'il reprendra dans Les Ridicules du temps. On le voit moquer rudement ici les travers du monde littéraire, et son humour parfois féroce est servi par une langue remarquablement efficace... Pour faire suite à ces charges, nous donnons cinq des fameux Quarante Médaillons de l'Acculémie française (1864) consacrés à Cousin, Musset, Hugo, Thiers et Sainte-Beuve.
    La préface, de la plume d'un autre célèbre irascible, est un fragment de l'étude dédiée par Léon Bloy au " Connétable des Lettres " dans Un brelan d'excommuniés (1889).

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