Rue De L'echiquier

  • Depuis le début des années 1990, les livres dits de « développement personnel » inondent les librairies. Ils s'ajoutent aux magazines, aux conférences, aux séminaires qui prônent « l'estime de soi », « l'expression de son vrai moi », « la bienveillance ». Sans cesse, nous subissons ainsi une injonction à nous libérer de nos croyances limitantes et à acquérir un « surplus d'être » pour devenir un meilleur individu.

    Bien sûr, on pourrait penser qu'il n'y a là que de bonnes intentions ; et qu'au pire, ça ne peut pas faire de mal : qui refuserait une version améliorée de soi-même ? Mais derrière ces discours sucrés et inoffensifs, c'est à la montée d'une idéologie politique que l'on assiste. Dans le champ privé comme en entreprise, où le management aurait pour mission de favoriser l'épanouissement des salariés. Or la forme de bien-être promise par le développement personnel constitue trop souvent une exploitation de soi par soi... Car dans ce monde merveilleux, tout tourne autour de cet axiome : quand on veut, on peut. Et si on ne peut pas, c'est qu'on ne veut pas assez. Le collectif disparaît de l'écran pour ne laisser que des individus responsables de tout à 100 % : de leur destin, de leur emploi, et même de leur santé ! Et si vous attrapez le Covid, c'est de votre faute, vous vous êtes relâché !

    En nous donnant une fausse image du travail - considéré comme un lieu sans conflits ni violence intrinsèque - et de nous mêmes - notre volonté serait sans limites et notre bonheur ne dépendrait que de nous -, le développement personnel conduit à un modèle de société fondé sur la performance permanente et sur un délitement des liens. C'est à cette vaste supercherie que s'en prend ici Thierry Jobard, preuves à l'appui...

  • Afin de justifier leur braquage sans précédent des comptes publics, les nouveaux philanthropes arguent qu'après avoir été les meilleurs pour faire fortune, ils seront les meilleurs pour faire le bien. La crise de la Covid est, de ce point de vue, paroxystique : les milliardaires s'enrichissent pendant que le reste de l'humanité sombre dans la grande pauvreté et certains cachent cette intolérable réalité chiffrée, en offrant aux hôpitaux quelques masques, bidons de gels, voire quelques piécettes...
    Démontrant comment la France copie le pire du système américain avec des donateurs et des entreprises supposément mécènes applaudis par des politiques complices, Vincent Edin tacle sévèrement celles et ceux qui prétendent exercer un rôle d'intérêt général tout en se soustrayant à l'impôt.

  • Quand on critique l'emprisonnement systématique, on se voit souvent rétorquer : « Que proposez-vous de mieux ? » Sylvain Lhuissier prouve avec cet ouvrage qu'une autre punition est possible.
    Car l'objectif ici est de comprendre pourquoi rien ne change gouvernement après gouvernement ; d'identifier comment chaque acteur participe à maintenir le système en place ; mais surtout de questionner comment nous tous, citoyens, représentons à la fois une part de la responsabilité et un levier possible du changement.
    Sylvain Lhuissier propose de vider les prisons au lieu d'en construire de nouvelles. Car quand la prison s'applique en grande partie à des milliers de personnes qui n'entrent pas dans la catégorie des criminels, ne faut-il pas revoir collectivement notre copie ?
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  • Comment comprendre la persistance des inégalités en France alors que l'égalité est proclamée centrale au pays des droits de l'H(h)omme ?
    C'est à cette question que Réjane Sénac répond dans cet essai dérangeant, bousculant et original. Elle remet en cause la conception française de l'égalité, comme un mythe à déconstruire pour tendre vers une égalité sans condition : en deça du sexe, de l'origine sociale et ethno-raciale, de la religion et de l'orientation sexuelle. Autrement dit, nous ne serons égaux que si nous nous reconnaissons comme semblables et non comme complémentaires au regard d'identifiations figées et figeantes.
    À travers une relecture critique de la devise républicaine, elle montre que l'égalité n'existera qu'en se libérant du récit de la performance de la mixité, incarné par des slogans tels que « la diversité, c'est bon pour le business » ou « la mixité est une valeur ajoutée », en particulier entre les femmes et les hommes. Si on ne veut pas vivre dans une société où même l'égalité devient une histoire de rentabilité et de success-story, il est urgent de se réveiller de ce « compte » de fée.

    Avec une argumentation explosive, Réjane Sénac développe une pensée féministe novatrice et audacieuse. Des analyses de Thomas Piketty et de Raphaël Enthoven, en passant par le succès d'un rappeur comme Orelsan, elle montre comment on peut se dire pour l'égalité tout en participant à la reproduction des inégalités. Elle revient sur les combats actuels du féminisme français, de l'écriture inclusive aux polémiques suscitées par le mouvement #MeToo et les réunions non-mixtes féministes et anti-racistes.

  • Dans ce pamphlet, Arthur de Grave développe une critique drôle et vive du gouvernement actuel, qui considère le pays telle une entreprise jeune, dynamique et ambitieuse. Il expose les grosses ficelles de ce projet politique qui se prend très au sérieux et cherche à savoir quelle est la réalité de la start-up nation, au-delà des tweets et tribunes enthousiastes dont elle fait l'objet.

  • Pratiquer une activité sportive, c'est se faire du bien, à l'esprit comme au corps, mais c'est aussi un moyen de faire groupe, de faire équipe, d'oeuvrer ensemble.
    Fondateur d'une association qui utilise la pratique sportive comme levier d'éducation et de changement social, David Blough a entendu mille et une variantes de ces inspirations morales. Il en a eu assez des détournements, des exagérations, des dissimulations que cachent ces envolées lyriques.
    En détaillant les différentes vertus qu'on attribue au sport, il démontre que sa pratique est trop souvent prise pour couvrir un manque de politique publique, pour redorer le blason de régimes peu recommandables, pour produire du grand spectacle au profit de multinationales dont l'éthique est le cadet des soucis. Bref du « sport washing ».

  • Face au constat que la recherche et développement est aujourd'hui parasitée par les enjeux financiers et sert à alimenter la machine infernale de la surconsommation, Mélanie Marcel propose des solutions démocratiques et vertueuses pour que le progrès scientifique redevienne un moyen d'améliorer la vie pour toutes et tous.
    Elle défend également une transformation profonde du secteur marchand pour que la recherche-développement ne soit plus perçue comme un outil de communication mais comme un moyen de répondre aux enjeux sociaux.
    Dans le prolongement de cette réflexion, elle livre un argumentaire sans concession sur le transhumanisme, présenté comme le futur normal de l'homme, autour d'une question essentielle : à quoi bon augmenter l'homme si cela se fait au détriment de l'humanité ?
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