La Difference

  • La Langue de ma mère est le premier roman de Tom Lanoye qui a été traduit en français. Le titre original en néerlandais est Sprakeloos, ce qui, littéralement, signifie« dépourvu de parole » ou « sans voix ». Dans ce livre magnifique qui est à la fois récit et autobiographie, le fils écrivain rend visite à sa mère qu'une attaque cérébrale a privée de la possibilité de parler dans une langue intelligible. Comédienne dans une Compagnie de théâtre amateur, personnage truculent qui tient aux côtés de son mari une boucherie dans la petite ville de Saint-Nicolas dans la province d'Anvers, elle est tout entière dans la parole, tant pour diriger son monde, mari, enfants, cousins, voisins que pour déclamer sur les planches les tirades de Sophocle ou d'Euripide. Alors, le baragouin furieux fait de sifflements,de syllabes éructées, de chuintements qu'elle est condamnée à émettre n'est plus qu'un flot de sons, une musique barbare que seul le fils peut déchiffrer comme une langue connue de l'intérieur, celle précisément dont l'écrivain doit retrouver le rythme pour pouvoir créer. La verve joyeuse dont Tom Lanoye use pour raconter les épisodes tragi-comiques de son enfance régie par cette mère omniprésente, magnifique de vie, alterne avec le récit de son état à l'hôpital qui semble s'améliorer puis empire jusqu'à l'aphasie, le silence et la mort. Par ces mots : « Ne plus jamais se taire, toujours écrire, plus jamais sans parole. Je commence. » Tom Lanoye boucle le livre et inscrit le sens de son oeuvre d'écrivain.

  • Le texte paraît en 1920 quand Capek a 30 ans. Le succès international de cette « comédie utopique » fait de lui l'écrivain tchèque le plus connu. R.U.R est traduit dans une vingtaine de langues, jouée de Tokyo à New-York, de Bruxelles à Tel Aviv.
    Rossum, un scientifi que génial, invente un robot. Ses successeurs le perfectionnent et la société Rossants Unirersal Robots commence à les produire en masse.
    Les robots sont des machines capables de penser qui s'imposent comme une force de travail extraordinairement peu coûteuse, productive et sans prétentions, mais manquent de vie spirituelle et de sentiments. Des millions de robots remplacent progressivement les hommes, et la compagnie R.U.R. gagne des milliards. Les hommes devenus anachroniques et inutiles sont condamnés à l'inactivité et à l'oisiveté. L'humanité tombe vite en décadence. perd sa capacité à se développer, ne procrée plus. Les robots font les guerres et fi nissent par se révolter contre leurs maîtres, les hommes. Leur but est de tuer tous les hommes parce que les robots s'estiment beaucoup plus parfaits et ne veulent plus être commandés par eux.

  • Les Boîtes en carton est le livre qui fit connaître Tom Lanoye au grand public en France en 2013. Comme le signale la première phrase : « Ceci est la relation d'un amour banal et de son pouvoir dévorant », il s'agit de l'histoire d'un gamin issu d'un milieu populaire qui, lors d'un voyage scolaire organisé par une caisse d'assurance « Les Mutualités Chrétiennes » au début des années soixante, tombe amoureux d'un des garçons qui participent à l'excursion.
    L'homosexualité approchée sans tabou fit le succès du livre mais, au-delà de cette relation aujourd'hui encore sulfureuse dans un pays catholique, l'auteur dessine une galerie de portraits, tant de son milieu familial que scolaire criants de vérité, souvent cruels et hilarants. Avec cet art de la caricature et du burlesque qui a enchanté les lecteurs de La Langue de ma mère, Tom Lanoye parvient à nous faire revivre cette période de l'après-guerre avec ses poncifs et son euphorie, et cette région, la Flandre, qui faisait, alors, complètement partie de la Belgique..

  • Virginia Woolf a écrit tout au long de sa carrière de très nombreux articles littéraires, essentiellement pour le Times Literary Supplement, qui font d'elle un des plus importants et des plus brillants critiques du XXe siècle. Le choix des trente-cinq essais que nous proposons ici porte sur des écrivains anglais, américains et russes (James, Conrad, Hardy, Melville, Tourgueniev, Tchékhov, Tolstoï, Dostoïevski.) et s'y ajoutent des études générales sur les caractères nationaux de leurs littératures, sur l'art de la fiction,et, ce qui est sans doute encore plus symptomatique, sur l'art de la lecture, car, autant qu'une esthétique de la fiction,Virginia Woolf esquisse une esthétique de la lecture, selon laquelle une grande part de l'existence d'un livre tient à la capacité du lecteur de le faire sien, d'en faire « un livre à soi ».

  • Mohamed Leftah a signé avec Demoiselles de Numidie, un roman qui mérite d'être qualifié de chef-d'oeuvre.
    Si l'on dit que ce livre est écrit dans une langue splendide, on n'en fait pas suffisamment mesurer l'originalité, la nécessité, la justesse constante. C'est à une sorte d'enchantement pourrissant que nous convie Mohamed Leftah. Il raconte un bordel à Casablanca avec un élan de styliste qui fait songer à Apollinaire, ou à Pierre Louÿs. Tout l'ouvrage appelle constamment à des comparaisons qui feraient rougir l'auteur, lequel rougirait donc au Caire où il vit actuellement, mais on ne connaît pas d'autre écrivain marocain de langue française qui ait fait preuve d'une originalité aussi fulgurante, aussi corrosive, mêlant la tendresse la plus épanouie à la description la plus choquante, la plus vraie des sévices sacrificiels imposés par le monde prostitutionnel.

  • Ugo, Emma, leur fils Pietro et leurs domestiques vivent dans la forteresse reculée de Roccadipietra aux alentours d'Accona, en Toscane. Cette famille aristocratique déchue, ayant perdu une partie de ses terres lors des réformes agraires de l'après-guerre, voit sa tranquillité troublée par un monde qui change et auquel elle ne comprend rien.

    La chronique de la vie rurale toscane à travers les yeux d'un adolescent déconnecté des réalités du monde.
    Un récit sur la décadence et la fin d'un monde où l'aristocratie était toute-puissante.
    " Roman que j'ai trouvé très beau " (Antonio Tabucchi).

  • Salim jay passe à paris les six premières années de son existence.
    Il grandit ensuite à rabat où il est élève au lycée descartes. quand la littérature a-t-elle pris toute la place dans sa vie ? " sans doute est-ce le jour où j'ai entendu pour la première fois mon père réciter l'un de ses propres poèmes. dans portrait du géniteur en poète officiel, publié pour la première fois en 1985 et salué par mohammed dib, henri thomas et jacques serguine, salim jay surprend par sa verve et sa violence.
    Mais au-delà du dégoût et de la tendresse qu'il ranime, il y a un besoin éperdu du pays incarné par le père, le maroc, et un terrain commun : la littérature.

  • Gloria

    Vilma Fuentes

    Teresa, jeune femme mexicaine établie à Paris, décide, à l'occasion d'un retour au pays natal, de ne pas repartir. Elle embarque, avec son ami et son ancien amant - celui-là même qu'elle pensait fuir en choisissant l'exil - sur une chaloupe du nom de Gloria qui les conduit sur les canaux de Mexico. Au cours de cette promenade, s'égrènent entre rires et larmes, alcools et victuailles, leurs souvenirs communs et leurs amours déçues. Teresa y dénoue les fils de sa vie entre passé et présent, Mexico et Paris, où l'attend Charles, son compagnon depuis neuf ans.

    Une promenade entre deux villes, Paris et Mexico, pour lesquelles la narratrice éprouve des sentiments entre attraction et répulsion.
    Des personnages déjantés, ivrognes, rêveurs, idéalistes... sur qui pèse le spectre de la révolte estudiantine de 1968 réprimée dans le sang par les autorités.

  • La vie réserve bien des surprises... Tout l'art est de savoir s'adapter. Telle fut, en substance, la réflexion de B.b.Bkshp le jour où il se vit soudain transformé... en microbe ! D'honorable savant américain, le voilà devenu sooflaski, germe parmi les germes de la planète Blitzowski.

    La planète Blitzowski ? Un vagabond décrépit et vieillissant, hirsute, déguenillé, incroyablement malpropre, dont le corps est un égout... Un charnier qui abrite cependant les grouillantes nations de toute la vermine microbienne. Toute !

    Quel monde ! Quel univers ! Vaste, imposant, majestueux ! Avec ses mille républiques, ses innombrables langues, son aristocratie, sa monnaie, ses religions... Et ses microbes... "Ah ! Mon cher B.b. Bkshp, tout est mystère, mystère. Et cet éphémère séjour - croyez-le !- n'est pas la fin !"

  • Habib tengour est né à mostaganem en 1947. poète, écrivain et anthropologue, il vit et travaille actuellement à paris. la différence a publié de lui : gravité de l'ange (2004), l'arc et la cicatrice (2006) et le maître de l'heure (2008).

  • Neiges de marbre

    Mohammed Dib

    Mohammed Dib, né en 1920 à Tlemcen, en Algérie, et mort le 2 mai 2003 à La-Celle-Saint-Cloud, est un des grands écrivains de langue française.
    Poète - Prix Stéphane Mallarmé -, romancier - Grand prix du Roman de la Ville de Paris -, essayiste, auteur de nouvelles, de contes et de pièces de théâtre, son oeuvre, vaste et intense, a été couronnée par le Grand prix de la Francophonie de l'Académie française. Un homme du Sud, une femme du Nord. Entre les deux, les forêts, les ciels, les neiges septentrionaux. Entre eux, surtout, leur enfant, la petite Lyyl.
    Comment un père se fait voler sa fille, l'affection de celle-ci, et comment il lui devient doublement étranger. Histoire d'un enracinement puis d'un arrachement dans la vie d'un couple séparé - mixte - que l'auteur retrace d'une écriture superbe, émouvante et pudique. Dernier volet de la trilogie " nordique " qui comprend Les Terrasses d'Orsol et Le Sommeil d'Eve, déjà parus dans " Minos ".

  • Le chef-d'oeuvre qu'est Daisy Miller, qui ouvre le présent recueil, a tout de suite été une sorte de best-seller. Daisy est l'archétype de l'aguicheuse ravissante et innocente, victime du scandale qu'elle provoque malgré elle, à Rome, dans une société corrompue dont elle veut ignorer les règles. Irrité par le succès immédiat de son personnage, James a créé en contrepartie des Daisy calculatrices voire prédatrices comme par exemple Pandora ou Miss Gunton of Poughkeepsie.
    Sont groupés ici d'autres délicieux portraits qui révèlent toute l'évolution de son attitude envers les jeunes femmes. James avait en lui une composante puissamment féminine, de sorte qu'il s'est senti d'abord en empathie avec les femmes, avec leur sensibilité faisant d'elles des victimes conscientes ou naïves de la froideur ou du cynisme des hommes et des moeurs ; puis il est passé à une espèce d'effroi devant leur pouvoir sexuel sur les hommes.

    Ce volume contient les nouvelles :

    Daisy Miller, 1878 ; Pandora, 1884 ; Les Raisons de Georgina, 1884 ; Louisa Pallant, 1888 ; Le Chaperon, 1891 ; Les Lunettes 1896 ; Miss Gunton of Poughkeepsie, 1900 ; Mrs Medwin, 1901 ; Julia Bride, 1908 ; Mora Montravers 1909.

  • Castaneda (la)

    Vilma Fuentes

    La castaneda, la châtaigneraie, c'est l'asile de fous oú celle qui tient, à la première personne, la chronique de ces temps incertains a bien failli définitivement sombrer.
    Non parce qu'elle était folle mais pour fuir une réalité devenue folle. en 1968, la révolte estudiantine est noyée dans le sang sur la place des trois-cultures à mexico. les amis ont disparu. un amour trop jeune, trop peu réel, s'est délité. un système de manipulation politique s'est installé, isolant l'individu dans une ville rendue démente.

  • « Un homme, M, regarde à travers les persiennes métalliques un autre homme qui lit un journal assis sur un banc dans un jardin public. Qui est M ? Qui est cet homme nommé bientôt quelqu'un qui lit son journal dans le parc ? Quels sont les rapports qu'ils entretiennent l'un avec l'autre ? Telles sont les questions qui vont se multiplier tout au long d'un livre, écrit dans la tradition d'un Sterne ou d'un Diderot. La narration va multiplier toutes les hypothèses concernant l'identité des personnages. Et, bientôt. M va apparaître comme un ancien médecin (!) nazi, un expérimentateur de l'horreur, réfugié après la chute du Reich au Mexique. Quelqu'un quant à lui peut, dans une totale équivalence, être à la fois l'agent chargé de sa capture, un écrivain (Pacheco ?) ou l'autre dont la présence insupportable à la paranoïa de M est l'objet de tous ses délires. José Emilio Pacheco a conscience que faire un «roman» sur l'holocauste serait une trahison et risquerait surtout de réduire une vérité aussi indubitable que monstrueuse. Le lecteur est donc mis en demeure de réinterpréter les perversions du récit premier - celui de M -, de résister à tous les artifices d'une fiction toujours scandaleuse face à la souffrance humaine et au caractère irréfutable des faits historiques. Maintenu perpétuellement en état d'éveil par l'énigme posée par l'identité des deux personnages, le lecteur est exilé dans un texte truqué, sans repères, proliférant de toutes les exactions commises par la barbarie humaine : la destruction du temple de Jérusalem rencontre ici celle du sens. »

  • La France a été une référence majeure pour Henry James durant toute sa carrière. Il y fait son premier voyage hors des États-Unis, avec ses parents, à l'âge de deux ans. Il y retourne à treize ans, acquérant ainsi une parfaite connaissance du français. Puis il séjourne un an à Paris, en 1875, avant de s'installer dé?nitivement à Londres. La France, pour lui, est le territoire des moeurs libres entre hommes et femmes, qui le séduisent tout en choquant sa nature puritaine.
    Sa toute première nouvelle, Une tragédie de l'erreur, est une sorte de comédie noire, se déroulant au Havre, autour d'une femme adultère et criminelle. Même s'il s'est souvent irrité que le sujet romanesque français par excellence soit l'adultère, la position de James à l'égard de l'« immoralité » des Français a changé au cours de sa vie, et il a ?ni par voir plus de dureté et même de cruauté dans la rigidité moraliste américaine.

    Une tragédie de l'erreur, 1864 ; Gabrielle de Bergerac, 1869 ; La Maîtresse de M. Briseux, 1873 ; Madame de Mauves, 1874 ; Quatre rencontres, 1877 ; Rose-Agathe, 1878 ; Mrs Temperly, 1887 ; Collaboration, 1892.

  • " Traduire en prose un poète, c'est manquer au devoir primordial de rendre l' oeuvre dans le registre qui est le sien. Or tout ici réclame, exige, requiert le vers. D'un bout à l'autre cette tragédie du deuil et des larmes retentit de plaintes. Longs lamentos du coeur lamentos d'Hécube, chants pathétiques du choeur, hymne funèbre et complainte d'Andromaque, partout la pièce n'est que tristesse et détresse. Le décasyllabe, pour les parties lyriques, l'alexandrin, ailleurs, l'un et l'autre sous leur forme la plus pure, pouvaient seuls restituer le ton et reproduire la résonance de cette oeuvre unique, la plus belle et la plus émouvante du dramaturge ". Jean-Pierre Chausserie Laprée

  • Voici enfin réunis les trois volumes de ce qu'on a appelé la trilogie new-yorkaise : flowers, new york au milieu des spectres et la reine du pop.
    C'est grâce à allen ginsberg que le jeune poète michel bulteau, hanté par la mythologie warholienne, se retrouve à new york. il ne sait cependant pas qu'il va être amené à participer à la naissance du punk, dont tant de futurs héros deviendront ses amis. william s. burroughs vient lui aussi de s'installer à manhattan. on trouve dans ce livre des situations abracadabrantes, des destins brisés, des portraits percutants.
    Il s'agit d'un ouvrage essentiel pour la compréhension d'une période emblématique d'un new york définitivement disparu.

  • Sur un mode faussement badin, provocateur, absurde, Denis de Rougemont met en situation les questions métaphysiques, toujours d'actualité, qu'ont suscitées, au lendemain de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le lâchage de la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki.
    «?Quel est le sens de la vie si elle finit demain ? Qu'est-ce que cette mort de l'homme causée par son génie ? Pourquoi l'intelligence conduit-elle au suicide ? » Au fil des réflexions émises par les différents protagonistes, on est saisi de constater que, soixante-huit ans après la rédaction du texte, les hypothèses théoriques émises comme des conjectures, ont été conduites par les États-Unis comme un but à atteindre : « À l'arme planétaire correspond donc une communauté universelle, qui relègue les nations au rang de simples provinces. » Cet ardent défenseur d'une Europe fédérale et d'un gouvernement mondial croyait-il vraiment qu'« il fallait une menace planétaire pour provoquer l'union sacrée du genre humain » ? À la veille de Noël 1945, c'est plutôt à la fin du monde qu'il croit. Fin du monde ou fin de l'humanité ?

  • Ce volume comprend : La Leçon du maître, 1888 ; Nona Vincent, 1892 ; Sir Dominick Ferrand, 1892 ; Greville Fane, 1892 ; Entre deux âges, 1893 ; La Mort du lion, 1894 ; Le Fonds Coxon, 1894 ; La Prochaine Fois, 1895 ; Le Motif dans le tapis, 1896 ; John Delavoy, 1898 ; L'Endroit parfait, 1900 ; Le Gant de velours, 1909.

    Les personnages centraux du présent « Minos » sur la vie littéraire, telle que l'a pratiquée et subie Henry James, sont des écrivains subtils et désillusionnés, qui estiment qu'ils ont toutes les responsabilités envers leurs propres oeuvres, mais qu'ils n'en ont aucune envers leurs lecteurs, lesquels doivent se débrouiller tout seuls pour décrypter « le motif dans le tapis » de l'auteur qu'ils admirent. Tantôt, comme dans Entre deux âges ou L'Endroit parfait, surgit un lecteur, un jeune homme ouvert, qui a senti, et compris. Un seul suffit pour la rédemption du vieil écrivain solitaire et isolé. Mais tantôt, comme dans Le Gant de velours, une romancière mondaine et calculatrice se présente comme une admiratrice, alors qu'elle n'a rien compris. Les femmes, d'ailleurs, sontelles capables de comprendre le « motif » d'un écrivain ? Celles qui écrivent, en tout cas, sont traitées avec une sympathique mais cruelle drôlerie, dans Greville Fane, par exemple, ou dans La Prochaine Fois.

  • À Marseille, en ce début de XXe siècle, un jeune homme, Jacques de Meillan, est invité à son premier bal chez Madame Morille, dans la puissante bourgeoisie de la ville. Il est le fils d'un aventurier qui fait des affaires hasardeuses. En attendant, Jacques de Meillan n'a pas le sou. Il rêve de rencontrer, à ce bal, le grand amour mais, en sortant, il croise une femme blonde dont il s'éprend sur-le-champ. Il la poursuit et la perd au détour d'une rue sans même connaître son nom. Quand vient l'heure du bal, à sa grande surprise, il la retrouve parmi les invités. Fasciné par cette apparition, il néglige Juliette, une jeune fille qui n'a d'yeux que pour lui. Revenu de ses illusions, quand il s'aperçoit que la belle blonde n'est qu'une demi-mondaine pour laquelle il s'est dangereusement endetté, Jacques de Meillan revient vers Juliette et envisage de l'épouser. C'est sans compter qu'il est désargenté et qu'elle est la fille de grands bourgeois de la ville qui ne plaisantent pas avec l'argent.

  • Entre Swift et Orwell, Capillaria ou le pays des femmes fut publié en Hongrie en 1926. Présenté par son auteur comme un conte des Voyages de Gulliver, cette utopie caustique, d'une ironie acide où perce l'humour des moralistes sceptiques du XVIIIe siècle français, met en scène un médecin plongeant au fond des mers après que le bateau qui le transportait eut fait naufrage. Il y découvre une société composée de femmes, très belles, s'aimant les unes les autres et tenant en esclavage de petits êtres rabougris, très laids, de sexe masculin, appelés Bullocks, dont elles mangent la cervelle. Ces femmes, nommées Ohias, sont installées dans des tours que les Bulloks s'acharnent à construire pour s'évader lorsque le sommet de l'une d'elles atteindra la surface des eaux. Mais, systématiquement, les Ohias détruisent leur ouvrage dès que celui-ci atteint la hauteur qu'elles souhaitent. Pris d'abord pour une femme, le médecin se découvre lorsqu'il tombe amoureux de la reine des Ohias. Il est alors condamné aux travaux forcés à perpétuité en compagnie des Bullocks jusqu'à ce qu'un séisme le ramène à l'air libre. Cet admirable petit livre n'a rien perdu de sa force satirique.

  • Mémoires d'un billet de banque paraît à Lisbonne en 1962 et en France, aux Editions de la Table Ronde, en 1968. D'un humour joyeux et persifleur, ces « mémoires » racontent les aventures rocambolesques d'un billet de banque mis en circulation dans la Banque du Portugal, rue do Ouro (de l'Or) à Lisbonne, et qui, 18 ans plus tard, y terminera ses jours, incinéré avec des millions d'autres. Remis peu de temps après sa naissance dans la Banque anglaise située de l'autre côté de la rue, il commence sa vie mouvementée, de poche en poche, auprès d'humains tels que M Rodrigues, fier spécialiste en science bancaire et dont la compagne, barbue et grossière, n'empêche pas d'être satisfait de son sort, ou comme Deolinda, la jeune prostituée qui garde le narrateur froissé à côté de la photo de son fils. On y fait aussi la connaissance de Willhem, le SS amoureux, et de l'optimiste M Platon, à la tête d'une petite agence de voyage londonienne etc, etc.

    Le lecteur s'amuse à chaque épisode, apprend quantité d'informations sur la vie et les moeurs des détenteurs successifs du billet. Admirablement traduit, ce petit livre s'inscrit dans l'héritage de son grand aîné, Eça de Queiroz.
     

  • Lorsque la petite débarque, un beau matin, dans cet hôpital, véritable cour des miracles, à la fois école et prison, elle a le sentiment d'entrer en enfer. Mais dans cet univers clos, derrière la laideur, les amitiés à la vie à la mort se nouent, les haines sévissent, les passions règnent. D'une plume vive, sans complaisance, Emmanuelle Marie peint les débuts de l'adolescence : l'égoïsme inconscient et féroce, les angoisses informulables, la cruauté, les rêves chimériques et grandioses, l'extrême sentiment d'impuissance. Un très beau livre d'une surprenante maîtrise.

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