• Comment empêcher que la présence, en s'instaurant, s'installe ? Qu'elle s'enlise de ce qu'elle se réalise et s'abîme dans la durée ? Les Amants en sont menacés.
    Je proposerai de penser cet « être près » de la présence, non pas dans les termes de l'« être », donc de la détermination ; mais dans les termes de l'entre laissant passer indéfiniment l'intime entre des sujets respectant leur altérité.
    De sorte que la présence ne sombre pas dans la fatalité de l'être-là qui, s'étalant dans son « là », se désactive et désapparaît. N'est-ce pas ce qui d'abord importe pour vivre à deux, se tenant « hors de soi », et véritablement ex-ister ?
    Or n'en va-t-il pas de même touchant l'altérité qu'on dit culturelle ?
    Une mission aux confins du Vietnam - des flancs de Sapa aux bras du Mékong - m'a conduit à reconsidérer du plus loin ce qui nous occupe aujourd'hui de si près ; ainsi qu'à sonder, dans le sort de minorités...

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  • "Il est un point, dans nos vies, peut-être le plus inquiétant ? : quand une situation, un sentiment, un amour, soudain vient à s'inverser. Sait-on comment cela s'est effectivement passé? ? Or, à partir de ce point "? obscur ? " , ensuite, tout a basculé... En tirant ce fil, on est porté à s'interroger ? : n'est-ce pas là ce que notre langue, s'exprimant dans les termes de l' "? être ? " (c'est-à-dire de "? parties ? " , de "? début ? " , de "? cause ? " , etc.), échoue à expliquer ?? Mais peut-on sortir de sa langue dans sa langue, de la langue de l'Etre dans laquelle, depuis les Grecs, notre pensée s'est articulée ?? Peut-on ouvrir sa langue en s'aidant d'une autre langue telle que, exemplairement, pour moi le chinois ?? Que serait une langue, en effet, qui pense, en termes, non de début, mais d' "? amorce ? " , de "? linéaments ? " et d' "? infléchissements ? " ?? Non de cause et d'explication, mais de "? propension ? " et d'implication ?? Non de parties constitutives, mais de ramifications et de réseau structurant, etc.
    ?? Et d'abord si, au lieu de diviser méthodiquement, on apprenait à "? cliver ? " en épousant la configuration des choses ?? Si, au lieu de tout sacrifier à la détermination et à sa clarté, on faisait une place légitime à l'évasif ?? On pourrait en concevoir une nouvelle épistémologie que réclame aujourd'hui, je crois, le renouvellement des savoirs. Et d'abord, en délaissant la langue de l'Etre, décrire plus intimement ces veinures selon lesquelles nos vies vont basculant dans un sens ou dans l'autre, d'où ensuite tout a découlé...
    Sans même qu'on l'ait remarqué". F. J.

  • «Dans quels termes penser quand le monde est en voie de penser dans les mêmes ?
    Face aux principaux concepts de la pensée européenne, je suis allé chercher en Chine des cohérences à mettre en vis-à-vis, dont je fais des concepts, ceux-ci laissant paraître d'autres possibles.
    Il ne s'agit donc pas de "comparer". Mais de cueillir les fruits d'un déplacement théorique, dont je dresse ici le bilan, en explorant d'autres ressources à exploiter ; comme aussi, par le dévisagement mutuel engagé, de sonder respectivement notre impensé.
    Au lieu donc de prétendre identifier des "différences" qui caractériseraient les cultures, je cherche à y détecter des écarts qui fassent reparaître du choix et remettent en tension la pensée. C'est seulement à partir d'eux, en effet, qu'on pourra promouvoir un commun de l'intelligible qui ne soit pas fait de slogans planétarisés.
    En retour, les entrées de ce lexique introduiront autant de dérangements qui pourront faire réagir les pratiques de l'art comme de la psychanalyse ; qui permettront de réinterroger de biais la pensée du politique comme du management.
    Et voici que, en dessinant une sortie de la "question de l'Être", c'est du même coup une nouvelle pensée du vivre que capte, dans ses mailles, ce filet.» François Jullien.

  • Dans cet essai, François Jullien développe l'idée d'une « seconde vie », qui ne serait ni une renaissance ni une nouvelle vie. Relisant les classiques de la pensée chinoise, les fondateurs du taoïsme, et les faisant dialoguer avec les écrivains et penseurs européens, le philosophe et sinologue cartographie un chemin, celui d'une transformation silencieuse. Sans rupture, discrètement, notre vie se décale lentement d'elle-même et commence à se choisir, à se réformer. Elle se relance, se réengage, élague dans ses projets et ses visées, dégage des possibles encore inexplorés. Dès lors, déployant pas à pas notre liberté, sortant de la répétition, devenant lucides, nous ne continuons plus simplement de vivre, mais commençons d'exister.François Jullien plaide pour l'émergence des élans neuf enfouis dans les ressources de nos vies. Catherine Portevin, Philosophie magazine.Une infinie précision et profondeur. Nicolas Truong, Le Monde.

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  • De la vraie vie

    François Jullien

    Un soupçon s'est insidieusement levé, un matin : que la vie pourrait être tout autre que la vie qu'on vit. Que cette vie qu'on vit n'est plus peut-être qu'une apparence ou un semblant de vie. Que nous sommes peut-être en train de passer, sans même nous en apercevoir, à côté de la « vraie vie ».

    Car nos vies se résignent par rétractation des possibles. Elles s'enlisent sous l'entassement des jours. Elles s'aliènent sous l'emprise du marché et de la technicisation forcée. Elles se réifient, enfin, ou deviennent « chose », sous tant de recouvrements.

    Or, qu'est-ce que la « vraie vie » ? La formule, à travers les âges, a vibré comme une invocation suprême. De Platon à Rimbaud, à Proust, à Adorno.

    La « vraie vie » n'est pas la vie belle, ou la vie bonne, ou la vie heureuse, telle que l'a vantée la sagesse.

    Elle n'est surtout pas dans les boniments du « Bonheur » et du développement personnel qui font aujourd'hui un commerce de leur pseudo-pensée.

    La vraie vie ne projette aucun contenu idéal. Ce ne serait toujours qu'une redite du paradis. Elle ne verse pas non plus dans quelque vitalisme auto-célébrant la vie.

    Mais elle est le refus têtu de la vie perdue ; dans le non à la pseudo-vie.

    La vraie vie, c'est tenter de résister à la non-vie comme penser est résister à la non-pensée.

    En quoi elle est bien l'enjeu crucial - mais si souvent délaissé - de la philosophie.

  • Préface inédite de l'auteur.
    Dans cette conférence de François Jullien, prononcée auprès de chefs d'entreprise, le philosophe propose une stimulante réflexion en opposant la conception européenne de l'efficacité, liée à la modélisation comme à la finalité et une action se prolongeant en héroïsme, à la pensée chinoise de l'efficience, indirecte et discrète, qui prend appui sur le potentiel de situation et induit des transformations silencieuses. Se gardant de séparer l'art d'opérer sur des situations et l'exercice de la philosophie, sa réflexion fait dialoguer les cultures afin d'en confronter, voire d'en mutualiser les ressources. Elle engendre des effets de lecture portant sur l'histoire du XXe siècle et la géopolitique à venir.

    « Pour qui veut sortir de la pensée européenne, mais en se tournant vers un monde de culture aussi élaboré, civilisé, textualisé, que le nôtre en Europe, je dirais : il n'y a que la Chine. »

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  • Face à ce qui nous arrive, dénoncer ne suffit plus. Il faut défaire l'obédience qui fait le lit de l'apathie ambiante, autrement dit dé-coïncider. L'artiste dé-coïncide de l'art de son temps. Ou bien penser, c'est dé-coïncider du déjà pensé. Dé-coïncider de soi-même n'est-il pas au principe de l'éthique ? Pourquoi le concept de dé-coïncidence ne serait-il pas aussi porteur d'un engagement politique ? Pour rouvrir des possibles en France, qui s'est tellement rétractée.
    Pour engager une "seconde vie" de l'Europe... Une Association s'est créée sous ce titre, non en slogan, mais en tension : association.decoincidences@gmail.com J'y présente ces propositions. Elles en appellent d'autres. F.J.

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  • D'où viennent l'art et l'existence ?
    L'Âge classique a fait de l'adéquation la définition même de la vérité ; et de la coïncidence avec la Nature le grand précepte de l'art comme de la morale. Nous-mêmes voudrions croire que, quand les choses en viennent enfin à s'accorder, c'est là le bonheur...
    Or, c'est précisément quand les choses se recoupent complètement et coïncident que cette adéquation, en se stabilisant, se stérilise. La coïncidence est la mort. C'est par dé-coïncidence qu'advient l'essor.
    François Jullien fait jouer ici le concept de « dé-coïncidence » dans la Bible, la peinture, la littérature, la philosophie, pour montrer comment, dans cette faille même, une initiative est à nouveau possible, qui se déploie en liberté.

  • Qui ne souhaiterait par exemple entrer, le temps d'une soirée, dans une pensée aussi extérieure à la nôtre que la chinoise? Mais la résumer, en présenter des notions ou y distinguer des écoles nous laisse toujours dépendant de nos perspectives implicites et de nos concepts. On n'a pas encore quitté sa pensée ni pu entrer dans l'autre. François Jullien propose de lire les premiers mots du Yi-king sur le commencement. De les lire du dedans : dans leur énoncé et dans leur commentaire. S'érige alors progressivement un seuil qui fait entrer. Et surgit soudain devant nous une tâche immense : concevoir une histoire de l'avènement de l'esprit qui ne relève plus de la seule Europe.

    Une réflexion qui se prolonge dans L'écart et l'entre : comment s'ouvrir un chemin vers l'Autre ? Ce n'est pas à partir du semblable, comme on voudrait le croire, mais bien en faisant travailler des écarts, et donc en activant de l'entre, qu'on peut déployer une altérité qui fasse advenir du commun. Un commun effectif est à ce prix. Qu'on s'en souvienne aujourd'hui où le danger d'assimilation, par temps de mondialisation, partout menace.

  • Grandir, vieillir, mais aussi l'indifférence qui se creuse entre les amants, ou encore les Révolutions se renversant en privilèges : autant de modifications qui se produsent devant nous, mais si continûment qu'on ne les perçoit pas. Or, si cette transformation nous échappe, c'est sans doute que l'outil de la philosophie grecque échoue à capter cet indéterminable de la transition. De là, l'intérêt à passer par la pensée chinoise : ces transformations silencieuses rendent compte de la fluidité de la vie et éclairent les maturations de l'Histoire tout autant que de la Nature. Une mise en regard de la pensée chinoise et de la pensée européenne, par un philosophe et sinologue français, directeur de l'Institut de la pensée contemporaine.

  • François Jullien Traité de l'efficacité D'où nous vient l'efficacité oe Comment la penser sans construire un modèle à poser comme but, donc sans passer par le rapport théorie-pratique, et hors de tout affrontement héroïque oe A la difficulté européenne à penser l'efficacité - même sur le versant « réaliste » de notre philosophie (d'Aristote à Machiavel ou Clausewitz) - s'oppose l'approche chinoise de la stratégie : quand l'efficacité est attendue du « potentiel de la situation » et non d'un plan projeté d'avance, qu'elle est envisagée en termes de conditionnement et non de moyens à fin, de transformation et non d'action, de manipulation et non de persuasion, etc. : « l'occasion » à saisir n'est plus alors que le résultat de la tendance amorcée, et le plus grand général ne remporte que des victoires « faciles », sans même qu'on songe à l'en « louer ».
    De ce clivage, on percevra mieux en quoi consiste la possibilité d'effet ; et notamment, qu'il faut sortir d'une conception spectaculaire de l'effet pour comprendre qu'un effet est d'autant plus grand qu'il n'est pas visé, mais découle indirectement du processus engagé, et qu'il est discret.

    J'appellerai fonds d'effet ce dont nous vient cette efficacité sans dépense, et qui ne rencontre pas de résistance. Il nous conduira à concevoir une stratégie qui serait de l'efficience plus que de l'efficacité.
    F. J.

  • L'Europe est en malaise de ne plus savoir que faire, aujourd'hui, du christianisme.
    Or, si nous évitons la question du christianisme, c'est, je crois, que le clivage entre « celui qui croyait au ciel » et « celui qui n'y croyait pas » n'est plus pertinent.
    Aussi aborderai-je le christianisme à titre de ressources. Celles-ci sont, disponibles, à qui les explore et les exploite. À titre de ressources : l'écart des langues et des Evangiles ouvrant un entre réflexif ; qu'un événement soit possible et qu'il soit la vie même ; qu'il faille désadhérer du vital pour accéder à l'originairement vivant ; que Dieu Père dé-coïncide en son Fils pour s'activer en Dieu ; ou qu'il faille se tenir hors du monde pour rencontrer l'Autre...
    Une reconfiguration radicale de la vérité.
    Sans y entrer par la foi, on suivra, dans Jean, des filons féconds d'une pensée de l'existence.
    Pourquoi s'en priver ?

    « Vous vous demanderez pourquoi je m'oc­cupe aujourd'hui de cela : du «christia­nisme». Qu'a-t-on encore à en faire ? Or je crois qu'il y a importance aujourd'hui à s'en occuper : à ne pas éviter la question du chris­tianisme. Non pour des raisons d'identité culturelle (l'Europe est-elle «chrétienne» ?), mais pour des raisons de fécondité culturelle et, plus précisément, en ce qui nous concerne, de fécondité pour la philosophie. Car il faut, après le temps de sa domination, puis celui de sa dénonciation, aujourd'hui de sa relégation, dresser le bilan de ce que le christianisme a fait advenir dans la pensée. »

  • À l'amour et au « Je t'aime » - qui réduit l'autre à n'être qu'un objet et fait de la passion un événement qui s'usera -, François Jullien entend substituer, dans ce livre, l'intime. Qu'est-ce à dire? Que l'intime, précisément, abolit la frontière entre l'autre et soi. Qu'il fait basculer un dehors indifférent dans un dedans partagé. Qu'il vit des « riens » du quotidien, en y découvrant les vertus de l'être auprès. Telle est sa façon - via saint Augustin, Rousseau et Stendhal - de se débarrasser de l'éternel du « coeur » humain. Comment l'Europe s'y est-elle prise pour transporter cet intime de Dieu à l'humain ? Et peut-on - doit-on - fonder une morale sur ce sol ?

  • Idéal est un mot d'Europe : il s'y retrouve d'une langue à l'autre, seule diffère la façon de le prononcer.
    Il n'est pas banal d'avoir isolé dans la vie de l'esprit cette représentation unitaire, séparée de l'affectif, qu'on appelle «idée». Il l'est encore moins d'avoir imaginé reporter sur elle, promue en «idéal» séparé du monde, la fixation du désir, au point de faire de cette abstraction le mobile d'une humanité prête à s'y sacrifier.
    L'idéalisme platonicien et la dramatisation de l'existence qu'un tel coup de force a inspirée, le lecteur les redécouvre à neuf considérés depuis la Chine.
    Car la Chine nous dit comment on aurait pu ne pas se laisser prendre à ce jeu de l'idée. Et d'abord comment s'engager dans la pensée en s'insérant dans la tradition plutôt que de vouloir, par le doute, rompre avec toute adhésion ; comment se fier au conditionnement de la conduite par imprégnation des rites plutôt que par l'obéissance consentie à la Loi ; ou comment la Raison peut se conformer à la régulation des choses plutôt qu'à la formalisation d'un modèle détaché du monde.
    Au moment où l'«Europe» doute de son avenir, n'y a-t-il pas intérêt à repenser cette vocation de l'idéal?

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  • Introduction à la pensée du philosophe, helléniste et sinologue sous la forme d'un dialogue imaginaire avec le lecteur. F. Jullien montre comment l'étude de la pensée chinoise lui a permis d'ouvrir la philosophie à de nouveaux questionnements et explique les principaux concepts employés dans ses travaux tels ceux de propension, de tension et de transition ou de compossibilité et de processualité.

  • La prochaine campagne électorale en France, nous annonce-ton, tournera autour de l'identité culturelle. Autour de ces questions : ne faut-il pas défendre l' « identité culturelle » de la France contre la menace des communautarismes ? Où placer le curseur entre la tolérance et l'intégration, l'acceptation des différences et la revendication identitaire ?

    Ce débat traverse l'Europe entière ; il concerne, plus généralement, le rapport des cultures entre elles en régime de mondialisation. Or on se trompe ici de concepts : il ne peut être question de « différences », isolant les cultures, mais d'écarts maintenant en regard et promouvant entre eux du commun ; ni non plus d' « identité », puisque le propre de la culture est de muter et de se transformer, mais de fécondités ou ce que j'appellerai des ressources. L'auteur ne défends donc pas une identité culturelle française impossible à identifier, mais des ressources culturelles françaises (européennes) - « défendre » signifiant alors non pas tant les protéger que les exploiter. Car s'il est entendu que de telles ressources naissent en un milieu et dans un paysage, elles sont ensuite disponibles à tous et n'appartiennent pas. Elles ne sont pas exclusives, comme le sont des « valeurs » ; elles ne se prônent pas, ne se « prêchent » pas, mais on les déploie ou l'on ne les déploie pas, et de cela chacun est responsable. Un tel déplacement conceptuel obligeait, en amont, à redéfinir ces trois termes rivaux : l'universel, l'uniforme, le commun, pour les sortir de leur équivoque. En aval, à repenser le « dia-logue » des cultures : dia de l'écart et du cheminement ; logos du commun de l'intelligible.

    À se tromper de concepts, on s'enlisera dans un faux débat, donc qui d'avance est sans issue.

  • L'histoire que je raconte ici est celle de tout le monde...
    Car qui ne s'est pas trouvé lassé, au fil des jours, du spectacle si merveilleux du ciel, ou du visage de l'Amante, et même d'abord d'être en vie  ?
    On s'en lasse parce qu'on n'en attend on n'en entend plus rien.
    Ce qui s'étale, revient toujours, s'enlise en effet dans sa présence et dans sa récurrence et n'émerge plus, n'apparaît plus. On ne pourra y accéder qu'en découvrant ce qui s'en est enfoui d'in-ouï.
    Non par dépassement dans un Au-delà, mais par débordement de notre expérience. C'est-à-dire en ouvrant une brèche dans ses cadres constitués et normés, libérant ainsi ce qui s'y révèle autre et qui se donne alors à rencontrer.
    Aussi rendre ce si lassant réel à ce qu'il contient en soi d'inintégrable et donc de vertigineux, proprement inouï, est, en amont de toute morale, autour de quoi se jouent basculent nos existences.
    L'inouï en devient ce concept premier, ce concept clé, ouvrant un minimum métaphysique où s'opère, ici et maintenant, un tel renversement.
    Car que peut-on attendre d'autre espérer entendre d'autre que l'inouï  ?
      F.J.

  • La tradition occidentale se fonde depuis des siècles sur des oppositions qu'elle tient pour acquises : celles du corps et de l'esprit, du matériel et du spirituel. Ces clivages sont à la sources de certitudes dont nul n'imagine contester la pertinence : l'excellence de la vie humaine réside dans l'activité de pensée, chacun aspire au bonheur comme à son but ultime.
    Fidèle à son souci d'interroger l'Occident depuis la Chine, François Jullien entreprend de déstabiliser ces certitudes européennes. Il puise chez Zhuangzi de nombreux motifs susceptibles de semer l'inquiétude dans nos schémas les plus anciens : où l'on découvre que la pensée chinoise s'est désintéressée de l'idée du bonheur comme elle a refusé de développer celle de finalité. Le sage est sans histoire, il se déprend des encombrements de la vie. Nul idéal héroïque dans le fait de bien vivre, mais plutôt une capacité à flotter « comme un poisson dans l'eau ».
    Cette réflexion subtile sur l'alternative chinoise au bonheur, aussi éloignée de la révolte que de l'espoir, égratigne au passage la fascination suspecte de notre époque pour les recyclages de l'« Orient » opérés par les marchands de « développement personnel ».

  • Vivre est à la fois la condition élémentaire de notre condition - être en vie - et l'absolu de notre aspiration : «Vivre enfin!» Car que pourrions-nous désirer d'autre que vivre?
    Vivre est à la fois ce en quoi nous nous trouvons toujours déjà engagés en même temps que nous ne parvenons jamais - pleinement - à y accéder.
    Aussi la tentation de la philosophie, depuis les Grecs, a-t-elle été d'opposer au vivre répétitif, cantonné au biologique, ce qu'on appellera, le projetant dans l'Être, la «vraie vie» - qui est alors ailleurs.
    Refusant ce report et circulant entre pensée extrême-orientale et philosophie occidentale, François Jullien s'interroge pour savoir comment chaque concept, pour se saisir du vivre, doit s'ouvrir à son opposé.
    Le risque est sinon d'abandonner ce vivre aux truismes de la sagesse, voire au grand marché du développement personnel comme au bazar de l'exotisme. Car cet entre-deux, entre santé et spiritualité, la philosophie ne l'a-t-elle pas - hélas! - imprudemment laissé en friche?

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  • Que toute réalité soit conçue comme un processus en cours relevant d'un rapport d'interaction ; que tout réel ne soit donc jamais analysable comme entité individuelle mais comme relation ; qu'il y ait par conséquent à l'origine de tout phénomène non pas une mais toujours deux instances fonctionnant corrélativement (yin/yang, Terre/Ciel, paysage/émotion...) : c'est là une représentation de base de la culture chinoise, dont la lecture que François Jullien fait du philosophe Whang Fuzhi (1619-1692) permet ici de saisir les enjeux en profondeur.

  • François Jullien Eloge de la fadeur On croira d'abord au paradoxe : faire l'éloge de la fadeur, priser l'insipidité et non point la saveur, c'est aller à l'encontre de notre jugement le plus immédiat. Prendre plaisir à malmener le sens commun. Or, dans la culture chinoise, la fadeur est reconnue comme qualité. Plus encore : comme la qualité, celle du « centre », de la « base ». Le motif est important déjà dans la pensée de l'Antiquité, qu'il s'agisse de dresser le portrait du Sage ou d'évoquer la Voie. De là, il a fécondé la tradition esthétique des Chinois : non seulement parce que les arts qui se développent en Chine bénéficient d'une telle intuition, mais aussi parce qu'ils peuvent rendre plus sensible cette insipidité fondamentale - ils ont donc mission de la révéler : à travers le son, le poème, la peinture, la fadeur devient expérience.
    F. J.

    Pour percer les arcanes de la pensée chinoise, poésie, peinture, musique, les arts dans leur ensemble, mais aussi plus largement la culture et la philosophie, sont ici revisités à partir de la notion de fadeur. Ou comment, vers l'Orient, les valeurs se sont inversées, jusqu'à définir une autre économie de l'esthétique comme de la réßexion. Dans une langue claire et agréable, François Jullien brosse le tableau de cet « autre » esprit.

  • Nietzsche demandait : pourquoi avons-nous voulu le vrai plutôt que le non-vrai (ou l'incertitude ou l'ignorance) ? la question se voudrait radicale, et même la plus radicale, mais elle est encore conçue du dedans de la tradition européenne, bien que la prenant à revers : elle ose toucher à la valeur de la vérité, mais sans sortir de sa référence : elle ne remet pas en question le monopole que la vérité à fait à la pensée.
    Du point de vue de la sagesse, la question deviendrait : comme a-t-on pu - et fallait-il ? - faire une " fixation " sur la vérité ? et si, au lieu que ce soit la sagesse qui n'aurait pas accédé a la philosophie qui, en grèce, en se braquant sur le vrai, avait dérapé hors de la sagesse ? car si le sage est " sans idée ", comme il est dit le confucius, c'est que toute idée avancée est déjà un parti pris sur la réalité.
    Aussi, en partant sur les traces estompées de la sagesse, souhaité-je revenir sur ce qui a pu échapper à la philosophie ; comme redonner consistance à son autre enfoui, expliciter sa cohérence.
    Autrement dit, que faisons-nous aujourd'hui de la sagesse ?
    Et que peut être une logique de la sagesse - une " logique " sans logos ?.

  • "Il faut casser cette image de l'amour-passion comme grand embrasement qui retombe en cendres, s'écarter de l'amour comme désir de possession qui, une fois qu'il a atteint sa satisfaction, se transforme fatalement en déception". Voilà ce que nous dit François Jullien, qui plaide pour le concept d'intimité. Si l'amour est équivoque, l'intime, lui, est ambigu. Or, assène le philosophe, "penser, c'est chasser l'équivoque et explorer l'ambigu". Dire je t'aime, c'est faire de l'autre un objet, quand dire je suis intime avec toi, c'est défaire l'isolement des sujets. De ce décalage entre l'image commune et passionnelle et celle à rapprocher de la notion d'intime, quelle philosophie de l'amour peut-on tirer ?

  • Découvrez Du "temps" - Eléments d'une philosophie du vivre, le livre de François Jullien. Fallait-il penser le « temps » alors qu?on sait, depuis les Grecs, que sa division selon les temps de la conjugaison rend son existence insaisissable ? Et que, surplombant le cours de la vie, il nous porte à ne pouvoir imaginer celle-ci que comme une traversée nous tournant d?emblée vers sa fin ? En dépit de l?invitation des poètes : « Cueille le jour ! », nous ne concevons toujours pas ce que peut être de vivre au présent? C?est pourquoi j?ai tenté, en passant par la pensée chinoise, de sortir de ce grand pli du « temps ». Car la Chine a pensé le « moment » saisonnier et la « durée » des processus, mais non pas une enveloppe qui les contienne tous deux et qui serait le temps homogène, abstrait. Ce faisant, elle nous invite à relire la formule de Montaigne : vivre, non pas au présent, mais « à propos » ; ainsi qu?à nous pencher sur ces notions courantes, mais que la philosophie n?a guère explorées : l?opportunité du moment et la disponibilité opposée au devancement. Je prendrai donc ici le parti de la sagesse : si vivre était à penser selon l?occurrence du moment, autrement que comme intervalle, et par conséquent à sortir du grand drame « existentiel » que la philosophie, érigeant le « temps », a si puissamment organisé ? F. J.

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