• Céline

    Henri Godard

    Depuis sa mort, voici un demi-siècle, la stature de Céline n'a cessé de croître : qu'on le veuille ou non, il est un des auteurs majeurs du XXe siècle, un des plus lus, des plus commentés et assurément des plus disputés. Céline a inventé une manière entièrement nouvelle d'écrire le français. Son Voyage au bout de la nuit a été ressenti comme un choc, comme une révolution dans la manière de dire par le roman l'expérience humaine. C'est son oeuvre de polémiste qui devait plus tard lui aliéner durablement nombre de lecteurs. Mais peut-on vraiment dissocier le génie de l'écrivain des violences de l'homme? Pour Henri Godard les deux sont inséparables.
    Cette biographie se propose précisément de retracer le chemin de la vie à l'oeuvre, tout comme elle s'efforce de pénétrer le secret de cette existence à l'épreuve du travail de l'écriture. Elle part à la découverte des vérités contradictoires de Céline, que restitue par fragments, de l'enfance à la mort, une abondante correspondance récemment réunie. C'est un portrait souvent inattendu qui se dessine peu à peu : de l'enfant sage et affectionné du passage Choiseul au reclus de Meudon, en passant par le jeune commis de boutique, le cuirassier à jamais marqué par la guerre, le médecin des quartiers pauvres, l'antisémite furieux, le prisonnier de Copenhague... mais aussi l'amoureux de la mer et des ports, le copain qui adore parler sexe, enfin, le plus méconnu, l'homme qui mit le corps féminin et la danse au centre de sa vie.
    Au fil des pages et des années, c'est une figure plus intime, plus complexe, plus déchirée aussi, que découvre le lecteur. Cet itinéraire hors du commun échappe décidément aux simplifications péremptoires.

  • Jean Giono est né en Provence, à Manosque, où il a passé presque toute sa vie. Si son imaginaire prend sa source et s'inscrit dans les paysages arides de cette région, Giono n'est pas pour autant un auteur «provençal». C'est le romancier de la vie, de la terre, des sensations, du bonheur et de l'ennui, des passions humaines les plus pures, et les plus sombres aussi.
    Henri Godard retrace la vie d'un conteur-né, charmeur et plein d'humour, et évoque l'extraordinaire puissance d'invention d'une oeuvre tout entière dédiée au romanesque. Sous des allures de classique, Jean Giono est un auteur résolument moderne qui a su renouveler la fiction et faire du roman un divertissement de roi.

  • Après avoir consacré de nombreux essais littéraires à l'oeuvre de Céline et de Giono, Henri Godard propose un essai surprenant sur l'oeuvre de Erri de Luca. En effet, on croyait l'auteur plus attiré par les écrivains à l'écriture lyrique ou exalté, mais voici qu'il s'intéresse au style sec et dépouillé de l'auteur italien. Cette approche passionnante a le mérite d'éclairer le lecteur sur la vie du discret Erri de Luca et de mieux situer la ligne de partage dans ses récits d'inspiration autobiographique, entre la vérité et la fiction. L'analyse du rapport qu'entretient Erri de Luca avec Naples est à ce titre particulièrement intéressante. Ensuite Henri Godard souligne avec force le rapport profond (et presque mystique) qui relie De Luca avec la langue. Il est inutile de rappeler que l'auteur italien n'est pas croyant, mais qu'il lit tous les jours la Bible, livre fondamental qui nourrit son inspiration et suscite des analyses d'une grande pertinence, comme dans Noyau d'olive que nous publions dans la maison. « Unité de ton, de la trame narrative et du sentiment fondamental qui la sous-tend interdisent de se contenter de penser l'oeuvre de De Luca comme une addition de volumes séparés. Ces éléments communs en font une oeuvre unique en son genre, puissamment unifiée ».

    L'oeuvre de Erri de Luca est aujourd'hui reconnue comme une oeuvre de premier plan. De nombreux livres la composent, dont Henri Godard arrive à nous montrer la cohérence et la nécessité. En outre son essai atteint souvent des analyses sur la littérature d'une force et d'une portée remarquables.
    Cet essai emportera l'adhésion.

  • Le cas Céline ne cesse défrayer la chronique, rarement littéraire.
    Collabo génial à qui l'on pardonnerait tout pour avoir écrit le Voyage au bout de la nuit ? Henri Godard ne l'entend pas de cette oreille.
    Préférant le commentaire à l'anathème, il entreprend dans Céline et Cie de réinscrire l'oeuvre célinienne dans le vaste ensemble littéraire français de l'entre-deux-guerres et au delà.
    Non un Céline de tour d'ivoire livré à ses démons, mais un Céline que l'on pourrait situer non loin d'autres trajectoires « existentielles », comme les nomme Henri Godard , telles celles d'André Malraux ou de Louis Guilloux. Un certain réseau de connivences faisant écho à l'effondrement spirituel de la vielle Europe dont Malraux et Guilloux, aussi bien héritiers de la Première Guerre mondiale, ont été les témoins.
    Mais pas les seuls et pas de la même manière, si l'on pense à des auteurs aussi dissemblables que Jean Genet, Jean Cocteau, ou Raymond Queneau. Loin d'être un essai de plus sur Céline, ce livre dessine une nouvelle géographie de la littérature française d'après guerre. Ce ne sont plus les fondamentaux du roman balzacien qui font la loi, mais la réalité d'un personnage du roman moderne, insaisissable, fluctuant et obscène, subversif au sens propre. Dans cette histoire, Céline occupe la place d'un grand solitaire, mais rattaché à son temps.
    Ce lien paradoxal est l'objet même de ce livre.
    Ce livre fait en quelque sorte suite à Une grande génération. Céline, Malraux, Guilloux, Giono, Montherlant, Malaquais, Sartre, Queneau, Simon, paru en 2003 dans la collection blanche.

  • Le roman en France a suivi, au XXe siècle, un cours singulier. Très tôt, des romanciers ont contesté le fondement du grand roman européen du XIXe siècle : l'illusion de réalité, obtenue à l'aide d'un récit plus ou moins chronologique, serait la pierre de touche de la fiction. Virginia Woolf et Joyce s'étaient déjà opposés à cette tradition, avant eux. Mais, en France, la contestation fut, à chaque génération, l'affaire de plusieurs. Explorant l'envers du roman mimétique, ils forment rétrospectivement un véritable courant, avec sa logique, sa progression, son rythme, ses phases d'accélération (les années vingt puis les années cinquante), et cette autre particularité d'avoir voulu rejeter dans le passé le roman à personnages et à histoire, d'avoir semblé un moment en voie d'y parvenir, avant que la vague ne finisse par refluer. C'est ce courant critique novateur que suit ici Henri Godard, moins pour en écrire l'histoire que pour dégager ce qu'il nous apprend sur le roman lui-même.

  • À qui s'efforce de comprendre ce que c'est que la littérature, Céline offre un objet d'étude privilégié. On a surtout étudié, jusqu'ici, la présence chez lui de mécanismes psychiques dont ses positions politiques sont l'aboutissement le plus manifeste. Henri Godard prend sur cette oeuvre le point de vue de la littérature et considère d'abord ce qui, chez Céline, fait la valeur de l'écrivain. Son étude s'articule en trois parties : le choix de la langue et du style ; la voix narratrice du romancier ; la création par Céline d'un roman-autobiographie d'un genre nouveau, qui lui permet de trouver une issue à la crise de la fiction qu'il a été un des premiers à sentir.
    Une réflexion sur l'oeuvre de Céline permet de faire progresser la théorie littéraire. Sur les possibilités du plurivocalisme dans le roman, sur les éléments constitutifs et sur les fonctions de la voix narratrice, sur le rapport du roman et de l'autobiographie, il ne se contente pas de mettre en oeuvre certaines des possibilités du système, il en fait apparaître de nouvelles et nous oblige à repenser ou a étendre nos moyens d'appréhension.

  • Céline scandale

    Henri Godard

    Trente-sept ans après la mort de Céline, le scandale qu'il provoque n'est nullement apaisé. Il n'y a pas lieu de s'en étonner, car ce qui scandalise en lui est la coexistence du génie littéraire et du racisme, et ce scandale intellectuel est d'autant plus grand que la puissance, la nouveauté et l'envergure de son oeuvre sont davantage reconnues, comme elles n'ont cessé de l'être pendant cette période. Ce scandale finit par avoir sur les esprits un effet de blocage : on reprend indéfiniment les termes de «grand écrivain» et d'«antisémite» et on les entrechoque sans trop se demander quels sont au juste le sens et la portée de chacun d'eux dans son cas.
    Ce livre se propose de faire avancer la réflexion en tentant de définir ce qui, sur le plan de la littérature, fait cette force de l'oeuvre, tout en prenant, sur le plan de la morale, la mesure de ses errements, avant de s'interroger sur la manière dont les deux plans se situent l'un par rapport à l'autre.

  • «Céline est un grand écrivain, mais ce n'est pas un écrivain comme les autres. Il m'arrive aujourd'hui encore, en lisant un des "contre-Céline" qui se publient périodiquement, de me demander comment j'ai pu consacrer tant d'années à éditer et à explorer l'oeuvre d'un auteur aussi controversé et, en effet, aussi problématique...»

  • L'Histoire fait les générations, au sens intellectuel et artistique du mot, mais ce n'est pas comme dans les familles : le processus n'est pas continu.
    Dans l'histoire de la littérature, il y a bien des périodes où rien de particulier ne réunit vraiment les écrivains qui sont nés, à peu de chose près, dans les mêmes années. Mais, s'il est un événement de l'Histoire moderne qui, sans conteste, a déterminé une génération en ce sens, c'est la guerre de 1914. Les romanciers qu'elle réunit sont ceux qui ont vécu la guerre à un âge décisif, soit qu'ils l'aient eux-mêmes faite au front, en combattants (Bernanos, Céline, Drieu la Rochelle, Giono, Paulhan, dans une mesure moindre Montherlant), soit qu'elle les ait atteints là où ils étaient (Malraux à Paris, Guilloux à Saint-Brieuc, Queneau au Havre) dans leurs années d'adolescence, c'est-à-dire de formation.
    Avec le recul d'où nous les regardons aujourd'hui, ils nous apparaissent non seulement comme une seule et même génération, mais, dans l'histoire de la littérature française, comme une grande génération. Leur rouvre est à la mesure des défis de l'Histoire auxquels ils ont été confrontés. Ils sont morts, suivant le cas, depuis vingt, trente ou quarante ans. Ils ont passé victorieusement l'épreuve de la métamorphose qu'impose aux oeuvres la mort de leur auteur.

  • «Cet essai se situe en marge des écrits sur l'art de Malraux. Il a été écrit tandis que je préparais l'édition de La Métamorphose des dieux dans la bibliothèque de la Pléiade. Depuis longtemps il s'agissait, pour quelqu'un qui avait découvert jeune, dans les Voix du silence, la conception de la création artistique que Malraux y avait exposée, qui en avait ensuite reconnu la consonance baudelairienne, de mettre ces idées à l'épreuve de son expérience personnelle. C'était du même coup les confronter, sur ce terrain de vérité qu'est chaque fois notre expérience de l'oeuvre, aux conceptions contraires de Bourdieu, de Lévi-Strauss ou de Blanchot, qui ont valeur de repères dans notre univers intellectuel. [...]
    Le point d'aboutissement de chacune de ces conceptions est une définition du musée. Est-il lieu d'exclusion, de dénaturation, d'aliénation, ou au contraire d'accomplissement et de partage ? Sans doute, pour répondre à cette question, faut-il avoir la chance d'avoir été initié à ce monde de l'art que chaque musée concrétise dans les oeuvres qu'il présente. Mais il faut aussi avoir pris l'habitude de les fréquenter.»
    Henri Godard.

  • Un essai etude approfondie d'un grand texte classique ou contemporain par un spécialiste de l'oeuvre : approche critique originale des multiples facettes du texte dans une présentation claire et rigoureuse.

    Un dossier bibliographie, chronologie, variantes, témoignages, extraits de presse.
    Eclaircissements historiques et contextuels, commentaires critiques récents.

    Une iconographie des illustrations nombreuses et variées proposent une interprétation visuelle originale.

    Un ouvrage efficace, élégant. une nouvelle manière de lire.

  • Louis Guilloux, on ne le sait pas assez, est un des romanciers français importants de ce siècle.
    Le but de cet essai est de définir ce qui fait sa force propre et sa place parmi ses contemporains. Son oeuvre est partout en écho ou en dialogue avec celles de Malraux et de Céline. Elle est empreinte d'un tragique qui tient à la contradiction que l'homme sent en lui entre son désir et la réalité de sa vie. Chez Guilloux, ce tragique se manifeste au sein des expériences les plus communes et les plus quotidiennes, mais aussi dans les luttes qui sont sans cesse à mener contre la part d'intolérable que contient toute société.
    Dans cette oeuvre, Le sang noir n'est pas le seul roman à prendre en considération. Il en est la pièce maîtresse, mais les pouvoirs et l'art de Guilloux romancier se retrouvent aussi bien dans de grandes chroniques comme Le jeu de patience, où se retrace toute l'histoire de la première moitié du siècle, dans des récits d'enfance qui ne ressemblent à aucun autre, comme La Maison du peuple ou Le pain des rêves, ou dans ces deux ultimes courts chefs-d'oeuvre, La confrontation et Coco perdu, bilans que des hommes vieillissants tentent de faire de leur vie et de la vie.

  • L'amitie andre malraux

    Henri Godard

    " L'amitié, écrit Malraux à la deuxième page des Anti-mémoires, a joué un grand rôle dans ma vie.
    " On s'en rend peu compte, du fait de son refus de toute évocation intime, et aussi à cause de cette image de personnage officiel qui est encore la sienne dans beaucoup d'esprits. Mais Malraux n'avait pas toujours été ministre. Parmi bien d'autres aspects de cette vie bien remplie, il avait été, en tout cas de sa vingtième à sa quarante-cinquième année, un homme d'amitiés. Le kaléidoscope de souvenirs et de témoignages réunis ici en témoigne.
    Amitiés faites essentiellement d'échanges d'idées, mais aussi d'entraide et d'humour ; amitiés lucides, sans concessions, mais durables : la plupart survivent à la mutation d'après-guerre. A celles qui sont évoquées ici, d'autres, qui n'ont pas laissé de traces écrites, pourraient encore être ajoutées. A elles toutes, elles composent ce que Jean Grosjean appelle, dans le texte qu'il a écrit pour ce recueil, " une dimension d'A.M.
    ".

  • Styliste génial, inventeur incontesté d'une certaine modernité romanesque, Louis-Ferdinand Céline est aussi, dans les mémoires, un antisémite forcené et un pessimiste fondamental.
    Célèbre pour sa cruauté pamphlétaire et la noirceur de sa vision du monde, son oeuvre est pourtant également marquée par l'enthousiasme, l'élan vital, ou par une mélancolie heureuse.
    Ce coffret renouvelle ainsi la vision de l'homme et de l'écrivain et met l'accent sur des aspects méconnus de son inspiration.

    De la fureur à la féerie

    Le premier volume, richement illustré, envisage sous forme thématique les grandes lignes de force de l'imaginaire célinien.Pâris et sa banlieue, la mer, les fleuves et les ports sont dans son oeuvre, plus que des décors, de véritables sources d'inspiration où l'écriture puise un souffle lyrique. Céline est aussi un passionné de la danse et des danseuses ; son amour de la musique, de la scène et de la peinture offre un contrepoint à sa violence.

    Deux cahiers de prison

    Le deuxième volume présente deux cahiers de prison écrit par Céline en 1946 et ses lettres à une pianiste avec qui il eut une brève liaison.Reproduits, transcrits et commentés, ces manuscrits, montrés pour la première fois, offrent au lecteur une vision unique sur l'intimité de l'écrivain, où la remémoration brute et les préoccupations quotidiennes se mêlent à l'élaboration littéraire.

  • En dépit des apparences, la réflexion sur la littérature n'est pas moins continue ni moins fondamentale chez Malraux que son intérêt pour les arts plastiques. Si l'on en prend la peine, on voit se développer sa cohérence sous-jacente autour de quelques notions clés : le mirage du réalisme («Réalité, en art, ne veut exactement rien dire», Moscou, 1934), la création, la métamorphose, la Bibliothèque - pendant du Musée imaginaire.
    Le moment est peut-être venu de prendre en considération une conception de l'art ordinairement ramenée à quelques formules et méconnue à force de notoriété. Nous avons plus que jamais besoin d'une réflexion sur l'art et sur la valeur que nous lui attribuons spontanément sans toujours chercher à en préciser la nature. Malraux pourrait être un des poles de cette réflexion par la portée métaphysique qu'il attribue à la création (métaphysique ne veut pas dire spiritualiste, pas plus que l'attention portée à la création n'implique d'élitisme).
    Pour ce qui est de la littérature, maintenant qu'il est acquis que les sciences humaines peuvent jeter sur les oeuvres des éclairages qui enrichissent notre compréhension, le danger serait de les y réduire. La question se pose désormais pour nous de l'existence d'une valeur proprement esthétique. C'est là que Malraux pourrait se révéler nécessaire à notre débat d'aujourd'hui.

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