• "Sachons goûter le bonheur de partir, même quand nous sommes sûrs de ne jamais arriver", écrit Roorda en 1921. Quatre ans plus tard, il se suicide. Avant cela, il s'en explique dans une confession émouvante et sincère... Sous ce titre qu'il voulait ironiquement "alléchant", l'auteur énonce tout ce qu'il n'a pas su faire pour vivre vieux, ou ce par quoi il n'était pas tenté. En premier lieu, une hygiène de vie. Et puis, pour réparer des fautes commises, il eût à se soumettre à des besognes fastidieuses et subir des privations qu'il ne souhaitait pas assumer. C'est contre les aléas du vieillissement et, surtout, contre "un monde où l'on doit consacrer sa jeunesse à la préparation de la vieillesse" que Roorda prend position, pour lui-même.

  • Après avoir écrit trois pamphlets, où il s´en prend à la pédagogie et expose sa position politique (Mon internationalisme sentimental, 1915), le professeur de mathématiques Henri Roorda s´essaye à un genre nouveau, qui va le rendre célèbre. À prendre ou à laisser (1919) est le quatrième livre de Roorda et son premier recueil de chroniques, issues de La Tribune de Lausanne (1917-1919). Déjà dans Le Roseau pensotant, il s´était essayé à cette forme journalistique, mais cette fois-ci son talent explose : on a donc ici les débuts du chroniqueur, déjà drôle, prenant déjà à contre-pied la morale petite-bourgeoise, analysant les usages sociaux les plus banals (le fait de se serrer la main par exemple), prompt à décocher ses flèches fraîches et légères. Mais l´humoriste Roorda est tout à la fois un moraliste et un sentimental. Les pages mettant en scène sa fille, Miquette, montrent parfaitement comment il observe le monde et comment il l´analyse, en poète, en homme proche des enfants, ces adultes non encore dégénérés. Agissant parfois derrière le masque de son double Baltasar (sous le pseudonyme duquel il publiera les quatre éditions successives de l´Almanach Baltasar), le penseur et l´humanitaire Roorda signe avec À prendre ou à laisser son premier recueil d´envergure, où se manifeste sa première « manière ».

  • Henri Roorda s'est opposé toute sa vie à une école autoritaire qui impose des schémas scolaires stériles, décourageant le désir de connaissance de la jeunesse.
    Pour célébrer le centenaire de la parution du Pédagogue n'aime pas les enfants, les éditions HumuS en publient le fac-similé, accompagné d'une introduction de Marianne Enckell et d'une étude de Doris Jakubec. Images inédites, bibliographie exhaustive, témoignages d'anciens élèves du professeur de mathématiques agrémentent le volume.

  • Les saisons indisciplinées

    Henri Roorda

    • Allia
    • 28 Février 2013

    1917 ! On s'étonne de la date de la première de ces chroniques, tant cette satire du quotidien est loin de se contenir à son époque. Semaine après semaine, la Première Guerre mondiale, ses conséquences sur l'Europe, la politique internationale, le socialisme et, surtout, le Progrès, tout devient prétexte à l'antiphrase, au détournement, à l'ironie. Mais pas seulement : il est aussi question de raclette, de fondue, des compagnies d'assurance ou du chat de l'auteur, Flopsy. Outre un recul surprenant sur l'actualité, l'auteur fait preuve d'un humour sans ride. Il sait oeuvrer et manoeuvrer pour que nul ne perçoit l'acuité de ses analyses. Ses alliés : les mots, leur polysémie. Son style : l'ironie douce-amère à la Desproges. Sa philosophie : le "pessimisme gai". Préface de Gilles Losseroy.

  • Henri Roorda van Eysinga (1870-1925), fils d'un fonctionnaire colonial néerlandais exilé en Suisse, fut toute sa vie maître de mathématiques.
    Comme la plupart des vrais humoristes, il se protégeait par le rire d'une vision désespérée de la vie. Lorsqu'il fut parvenu à la conclusion que celle-ci, malgré tout, ne valait pas la chandelle, il s'en expliqua dans un bref écrit intitulé Mon suicide et se donna la mort. De son vivant, Roorda avait publié une dizaine d'opuscules et nombre de proses d'almanach. Lorsque ces cahiers devenus introuvables furent rassemblées en deux volumes d'oeuvres complètes, par L'Age d'Homme, en 1969, ils révélèrent un véritable et grand philosophe, pédagogue, chroniqueur, dont le ton narquois, la pensée déchaînée et le calembour surréalisant se distinguaient singulièrement dans le paysage intellectuel suisse romand.
    Voici un Vialatte tragique, un Queneau métaphysique, un Rousseau infiniment respectueux de l'être humain. Comme l'écrit André Guex dans sa remarquable préface aux oeuvres complètes, " Roorda, maître de mathématiques, n'ennuyait pas. Pourtant, comme il le dit, la foule n'est pas sensible à la perfection du cube et, lorsqu'on parle en public des polyèdres réguliers, on n'évoque pas, dans l'esprit de ses auditeurs, des images émouvantes.
    Quant à l'humoriste, il a formulé quelques unes des seules idées justes défendues dans ce pays depuis bien longtemps. " Le Roseau pensotant et Avant la grande réforme de l'an 2000, les deux écrits présentés ici, résument à merveille les deux facettes de l'admirable et rare personnage : un pince-sans-rire dévastateur doublé d'un pédagogue visionnaire qui, plus que quiconque, prenait au sérieux son travail et les enfants.
    Un autre texte de Roorda, avec ceux de Denis de Rougemont et Edmond Gilliard, figure dans le recueil Trois pamphlets pédagogiques, publié dans la même collection par L'Age d'Homme. Ce livre a été l'une des bases de la théorie libertaire de l'éducation.

  • En 1925, vingt-huit ans après la publication du Rire par Henri Bergson, c´est non plus un philosophe mais un praticien suisse - et les humoristes suisses sont rares, même si Charles-Albert Cingria a relevé le gant après Roorda - doublé d´un chroniqueur « pensotant » qui s´attelle à décrire Le Rire et Les Rieurs. Tentative que n´auront jamais tentée les grands humoristes avant lui : Alphonse Allais ou Tristan Bernard se sont bien gardé de penser l´humour ! Et pour cause. Comme le constate Roorda, « quand on écoute les théoriciens du rire, on ne rit plus ». Sauf avec Roorda, justement, dont la légendaire douceur, l´esprit plein de légèreté et l´ironie craquante constituent un baume. Selon Bergson, le rire est proprement humain, suppose une forme d´insensibilité et ne se noud que dans le cadre d´une conscience collective. Aussi, de Marcel Schwob à Kant, Roorda entreprend d´expliquer à son lecteur ce qu´est le rire en multipliant les anecdotes et les digressions... amusantes. Ces illustrations et cas pratiques ne doivent cependant pas faire oublier que ce plaidoyer pro-rire est de la même main que Mon suicide, texte d´une grande mélancolie rédigé par celui qui prônait, avant de passer à l´acte, un « pessimiste joyeux ». Au pays de l´humour noir et de la fantaisie, Henri Roorda est une figure tutélaire.

  • « Au temps de Pascal, l´homme était un roseau pensant. Mais, pour les hommes d´aujourd´hui, l´obligation de penser est beaucoup moins impérieuse. Nos prédécesseurs ont pensé pour nous. » C´est sur ces mots narquois que le pédagogue, philosophe et humoriste suisse Henri Roorda (1870-1925), un proche d´Elisée Reclus, ouvre le recueil de ses chroniques intitulé Le Roseau pensotant. Le Roseau pensotant, c´est l´homme du XXe siècle, atteint d´une faiblesse du raisonnement, ou d´une fainéantise acceptable parce que la technologie a réduit considérablement les difficultés de survie. Il apporte encore quelques lumières sur des faits simples de l´existence, après avoir constaté dans les brasseries et les cafés, dans sa classe ou dans la rue, que les connaissances de base, les notions les plus élémentaires étaient méconnues ou battues en brèche. Il pensote donc. Les temps héroïques de la grande pensée sont révolus. « Le Roseau pensotant, c´est moi », dit Roorda, non sans ironie. Diffusées dans les journaux de Lausanne, ses chroniques lui valurent une grande notoriété d´esprit. Il est pourtant à comparer aux brillants stylistes issus de la Mitteleuropa de son époque.

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