Gallimard

  • Dans ce voyage intérieur, le narrateur s'adresse à l'équipage d'un bâtiment immobilisé sur la Tamise, attendant la marée pour appareiller. S'ensuit une improbable expédition au coeur d'un continent inquiétant, peuplé d'indigènes invisibles et menaçants et de trafiquants d'ivoire. Avec une interview : Mathias Enard, pourquoi aimez-vous Au coeur des ténèbres ?

  • Octobre 1899. Joseph Conrad redoute la stérilité : «Il n'y a rien à montrer finalement. Rien! Rien! Rien!» Il se croit guetté par le néant, alors qu'il n'écrit que des chefs-d'oeuvre. Six mois plus tôt, Au coeur des ténèbres a commencé de paraître en revue ; la rédaction de Lord Jim sera achevée l'année suivante ; Typhon suit de près. De quoi Conrad se méfie-t-il donc? Des «obscures impulsions» de l'imagination. «Je veux considérer la réalité comme une chose rude et rugueuse sur laquelle je promène mes doigts. Rien de plus.» Il lutte pour rester à la surface, mais il a beau s'en défendre, les joyaux de son oeuvre viennent des profondeurs.
    Né en Ukraine polonaise, sous domination russe, puis «adopté par le génie de la langue» anglaise, Conrad sillonne les mers durant une vingtaine d'années. Il a trente-sept ans quand paraît son premier roman. Son oeuvre est impensable sans cette première vie passée à naviguer. Il s'est pourtant insurgé contre l'étiquette de «romancier de la mer» qu'on lui accolait. Ses navires sont surtout des dispositifs expérimentaux concentrant, dans un huis-clos en mouvement, les expériences humaines les plus aiguës. Fidèle au «plaisir de lire», on objecterait à bon droit que Conrad est malgré tout un romancier d'aventures. Il est vrai que ses personnages sont tantôt confrontés à des tempêtes formidables, tantôt à une «immobilité mortelle». ll leur arrive encore de trouver une mort brutale dans des contrées hostiles. Mais cela ne fait pas de l'oeuvre romanesque de Conrad un divertissement épique. Si l'héroïsme y est souvent introuvable, on y rencontre en revanche la trahison, l'enfer des âmes folles et l'impossible rachat. Sans oublier l'absurdité de la condition humaine.
    Au-delà de ses thèmes, la modernité de l'oeuvre de Conrad tient à l'extrême audace de la narration. Ses romans sont portés par des voix - celle de Marlow, bien sûr, mais ce n'est pas la seule -, et les récits sont savamment entrelacés, déjouant ainsi le piège des continuités arbitraires. Son oeuvre aussitôt traduite en France suscita l'engouement. Chose rare, La NRF lui consacre un numéro d'hommage quand, en 1924, il disparaît. L'année précédente, la même revue avait célébré Proust. Cest dire l'importance qu'avait déjà Conrad pour ses contemporains les plus avertis. Aujourd'hui plus que jamais, il est «l'un des nôtres».
    Depuis Le Nègre du «Narcisse» (1897), manifeste artistique dont l'ambition est de pouvoir justifier son «existence à chaque ligne», jusqu'au plus grand roman (ou «confession») de la dernière période, La Ligne d'ombre (1917), ce volume propose une traversée des trois décennies couvertes par son oeuvre. Chaque escale est indispensable. On regarde parfois vers la mer, parfois vers la terre, parfois dans les deux directions. L'intranquillité conradienne demeure inébranlable dans la tourmente. Bienheureux les lecteurs qui en feront leur boussole.

    Traduit de l'anglais par Henriette Bordenave, Pierre Coustillas, Jean Deurbergue, André Gide, Florence Herbulot, Robert d' Humières, Philippe Jaudel, Georges Jean-Aubry et Sylvère Monod. Préface de Marc Porée Présentations et annotations des traductrices et des traducteurs.

  • Avec L'Agent secret, Conrad part d'un fait historique, la tentative, avortée, de détruire par une bombe l'Observatoire de Greenwich. Nous entraînant dans les quartiers sordides de Londres, il fait le portrait d'un microcosme agité et dérisoire, celui des militants anarchistes et socialistes rongés par les luttes intestines, tandis que les gouvernements tirent les ficelles au profit d'intérêts diplomatiques. Roman politique, à l'instar de Nostromo, L'Agent secret exhibe la médiocrité généralisée de l'humanité, il en révèle la désolation, la folie et le désespoir, que Conrad peint avec une grande habileté, une ironie amicale et l'art délicat qu'on lui connaît. Réédité en tirage limité, le roman de Joseph Conrad est ici accompagné d'un DVD du film Agent secret d'Alfred Hitchcock. Réalisé en 1936, il s'agit de l'un des films les plus noirs du génie du suspense. Un enfant transporte une bombe ; une femme lutte avec son mari ; les personnages n'obéissent plus aux convenances morales mais subissent les lois fatales de la psychologie.

  • Encouragé à poursuivre sa carrière littéraire après son premier livre, La Folie Almayer, Joseph Conrad, dans Un paria des îles, reprend le même lieu et les mêmes personnages, mais quinze ans plus tôt. Continuant à remonter le temps, il les rajeunira encore dans un troisième roman, La Rescousse.
    Le livre paraît en en 1896. C'est l'histoire nocturne, ténébreuse, d'un homme qui a failli, Willems, et que son maître, le célèbre capitaine Lingard, condamne à rester captif de la forêt équatoriale, à une cinquantaine de kilomètres de la mer. Willems est littéralement englouti par la forêt, par l'amour dévorant d'une femme indigène, Aïssa, et par son propre chaos intérieur. Dans ses efforts pour survivre, il va faire le malheur de son rival Almayer, et provoquer par trahison l'arrivée et l'installation des Arabes dans ce comptoir situé sur le fleuve, dont l'accès était jusque-là un secret.

  • Oeuvres t.1

    Joseph Conrad

    «Conrad (1857-1924) fut tour à tour enfant et adolescent polonais, marin naviguant sur des bâtiments français, capitaine dans la marine marchande anglaise, et enfin l'un des plus grands romanciers de tous les temps. La mer est au premier plan de beaucoup de ses treize romans et de ses vingt-deux nouvelles, mais son véritable sujet - illustré d'exemplaire façon par son chef-d'oeuvre, Nostromo, - est la condition de l'homme, l'angoisse de l'exil, le perpétuel conflit entre la solidarité et la trahison.» Sylvère Monod

  • " parler de conrad, c'est parler tout naturellement de rimbaud, la ressemblance entre les deux destins est plus que frappante - évidente ", écrit jacques darras dans sa préface.
    Découvrir ou redécouvrir, dans leur ordre chronologique, ces trente nouvelles, c'est mesurer le caractère exceptionnel de ce destin qui conduit le jeune aristocrate polonais exilé par l'empire russe, après quinze années d'aventures sur toutes les mers du globe, à devenir l'un des plus grands romanciers de langue anglaise du début du xxe siècle. c'est aller des merveilleux récits maritimes encore hantés par la séduction de l'orient jusqu'aux nouvelles où il jette sur la vision poétique et sur la société de son temps un regard d'une ironie impitoyable et d'une pénétration qui font de lui le maître du récit politique moderne.
    Qu'advient-il, demande conrad, quand les rimbaud tombent dans le commerce alors qu'ils étaient partis vers de visionnaires croisades ?

  • La composition du présent volume a quelque chose de singulier. On y trouvera deux recueils de nouvelles, comprenant en tout sept récits, dont certains, assez longs, ont parfois été publiés sous la forme de volumes indépendants : c'est le cas d'Au bout du rouleau, Typhon, Au coeur des ténèbres et même de Jeunesse. On y trouvera également un roman tenu par beaucoup de bons esprits pour la plus grande oeuvre de Conrad et qui est à coup sûr son livre le plus long. On y trouvera enfin un ouvrage original associant des aspects de l'essai, de l'autobiographie et du récit imaginaire.
    Cet assemblage de quatre oeuvres ne doit rien à l'arbitraire de l'éditeur et n'est nullement hétéroclite. Il s'agit des oeuvres publiées par Conrad sous forme de livres entre 1902 et 1906. Certains des textes avaient paru antérieurement en feuilleton dans des magazines, mais, conformément au principe suivi pour l'ensemble de cette édition, c'est l'ordre chronologique des livres de Conrad qui a été suivi. Il donne dans le cas présent : Youth and Other Stories en 1902 (Jeunesse et autres récits : «Jeunesse», «Au coeur des ténèbres» et «Au bout du rouleau»; Typhoon and Other Stories en 1903 (Typhon et autres récits : «Typhon», «Amy Foster», «Falk» et«Pour demain») ; Nostromo en 1904 et The Mirror of the Sea (Le Miroir de la mer) en 1906.

  • L'admirable capitaine du narcisse doit faire face aux difficultés de conditions météorologiques hostiles, et à celles d'un climat humain et psychologique délétère : un cuisinier trop pieux, un chenapan qui se refuse à l'effort et pousse à la mutinerie, et le "nègre ", jim wait, dont on attendra longtemps pour savoir s'il est un malade imaginaire ou un mourant authentique.
    Tous ces gens empoisonnent l'atmosphère.
    Des pages sublimes.

  • Axel Heyst, isolé sur une île de l'archipel indonésien, arrache à la brutalité d'un propriétaire d'hôtel une jeune danseuse du nom de Lena. La vengeance de celui-ci se déploie de façon implacable, jusqu'à l'apocalypse qui termine le roman. Victoire est à la fois un récit d'aventures, un roman philosophique, un conte colonial, une réflexion métaphysique qui touche à la profondeur de l'être. Récit d'aventures que parcourent des brigands à la recherche d'un trésor imaginaire. Conte colonial, sur les îles indonésiennes, où les indigènes assistent aux piètres entreprises économiques des Européens. Roman philosophique qui oppose la position sceptique du personnage principal, et la nécessité où il se trouve d'agir. Réflexion métaphysique, où la profondeur de l'être, le sens de l'individu, la participation individuelle au destin universel de l'homme deviennent le véritable sujet de l'écriture. Pour Conrad, tout repose enfin sur le regard du lecteur : «La tâche que je m'efforce d'accomplir consiste, par le seul pouvoir des mots écrits, à vous faire entendre, à vous faire sentir - elle consiste, avant tout, à vous faire voir !»

  • Voici le troisième volume des oeuvres de Joseph Conrad, qui présente les textes publiés entre 1906 et 1912. Conrad a derrière lui de grands livres : Lord Jim, Typhon, Nostromo, pour ne citer que ceux-là.
    Années de maturité, de crise aussi ; une longue dépression nerveuse l'affecte si durement qu'il écrira : «J'ai l'impression d'être un homme revenu de l'enfer.» Enfer créateur puisqu'il publie les textes présentés ici dans des traductions nouvelles pour la plupart :
    - deux romans souvent associés puisqu'ils abordent tous deux la question politique : L'Agent secret et Sous les yeux d'Occident ;
    - deux recueils de nouvelles : Six nouvelles (Gaspar Ruiz et autres récits) et Entre terre et mer ;
    - deux recueils autobiographiques : Retour de Pologne et Souvenirs personnels, autobiographie faite d'ombre et de lumière. Conrad fait fi de la chronologie et ressuscite au fil du souvenir ses «trois vies» : l'enfance et l'adolescence polonaises, la carrière de marin et d'officier de marine, la carrière d'écrivain de nationalité britannique, ces trois moments indispensables à la compréhension de l'oeuvre.
    Le thème principal qui relie les oeuvres de cette période, c'est l'être humain. Sylvère Monod note dans son introduction : «Ce qui est au premier plan ici, c'est l'homme et tout particulièrement l'homme en sa qualité d'animal social donc politique.» L'homme dans ses difficultés, ses contradictions, ses doutes.

  • Le quatrième et avant-dernier volume des oeuvres de Joseph Conrad rassemble des textes rédigés, et pour la plupart publiés, entre 1912 et 1917, c'est-à-dire juste avant la Grande Guerre et pendant les années les plus douloureuses du conflit mondial. On y trouvera, avec Fortune et Victoire, deux grands romans, qui furent les premiers de l'auteur à obtenir un succès commercial, et deux recueils de nouvelles, En marge des marées et Derniers contes, qui constituent la fin de sa carrière en ce domaine. Enfin, le volume contient encore La ligne d'ombre, dense récit qui est à coup sûr un chef-d'oeuvre de Conrad et une des plus puissantes et authentiques évocations d'aventures vécues en haute mer qu'il ait jamais écrites.
    Tous les aspects du génie de Conrad qui avaient déjà été illustrés par les trois volumes précédents s'affirment de nouveau ici : la somptuosité des décors exotiques, la diversité des temps et des lieux, la force des émotions liées à la vie en mer, la complexité des relations entre les hommes, le rôle de la violence meurtrière, les splendeurs du style. Un élément plus nouveau est l'accent mis sur la présence des femmes et le thème de l'amour : les héroïnes de Fortune et de Victoire sont des figures originales et attachantes, comme leurs partenaires masculins. La présence de la Pologne, le rôle de la guerre, une veine comique inattendue, sont également des traits rares chez Conrad.
    Comme pour les premiers volumes, une équipe de spécialistes travaillant sous la direction de Sylvère Monod a veillé à la qualité des traductions, pour la plupart nouvelles. Des notices historiques, critiques et bibliographiques, et une annotation précise sont offertes à la fin du volume, qu'ouvre une introduction générale.

  • La rescousse

    Joseph Conrad

    "Elle pensa qu'elle n'avait jamais entendu aucune voix qui lui plût autant - sauf une, peut-être. Mais c'était celle d'un grand acteur, tandis que cet homme ne jouait pas, n'était rien d'autre que lui-même. Il persuadait, il attendrissait, il troublait, il apaisait, par sa seule authenticité naturelle. Il avait voulu savoir et apparemment il savait. Trop lasse pour résister à l'incohérence de ses pensées, Mrs. Travers pensa avec une pointe d'amusement qu'il ne semblait pas avoir été déçu. Elle se dit : "Il croit en moi. Quelle formule ahurissante ! Tant d'êtres auraient pu avoir confiance en moi, et il a fallu que je trouve cela ici. Il a foi en moi plus qu'en lui-même." "Aborder la lecture de La Rescousse, c'est connaître une expérience exceptionnelle, peut-être unique : celle d'entrer dans un livre qui appartient à la fois au début et à la fin de la carrière d'un grand écrivain. (...) Son originalité est d'être un roman qui traite, et traite de façon puissante et riche, d'un thème fascinant et éminemment conradien : l'illusion de la grandeur."

  • Être capitaine à bord du vapeur-navette Sofala, non, ce n'était vraiment pas une vie aventureuse pour Harry Whalley le risque-tout. C'est pour sa fille qu'il en était arrivé à faire cette monotone tournée de colporteur du sud au nord du Détroit, puis du nord au sud. Après cinquante ans de navigation, dont quarante en Extrême-Orient! Mais pourquoi diable le capitaine Whalley ne regardait-il plus la mer?

  • Conrad a toujours eu le projet d'un grand roman méditerranéen. Cet ancien capitaine de la marine marchande anglaise, qui voyagea de Newcastle à Sidney, qui faillit périr noyé à bord du Palestine, qui fit la navette entre Singapour et Bornéo, qui connut les traversées périlleuses, les ravages du choléra, les fièvres, cet écrivain que passionnait l'aventure a gardé jusqu'à sa mort la nostalgie de la première mer qu'il parcourut : la Méditerranée. Le tome V des oeuvres de Conrad dans la Pléiade rassemble les derniers écrits. Malade, conscient que l'essentiel de son oeuvre est derrière lui, presque désabusé, Conrad installe ses personnages au bord de la Méditerranée. Et, s'il se souvient de Marseille, de ses amours, du temps où lui-même - comme le héros de La Flèche d'or - se faisait appeler Monsieur Georges, s'il se tourne résolument vers le passé en entreprenant, avec L'Attente, son «roman napoléonien», il n'a plus l'énergie qui lui fit écrire Nostromo ou Lord Jim. Et c'est là le charme amer de ces romans imparfaits : les images s'estompent, elles ont perdu leur splendeur, la désillusion s'installe en attendant le dernier naufrage. «- Où est maintenant son étoile ? dit Cosmo, après avoir regardé à terre un moment en silence. - Signore, elle a dû s'éteindre, répondit Attilio avec une intonation étudiée. Mais qui s'apercevra de son absence dans le ciel ?» (L'Attente)

  • Deux récits qui sont aussi deux voyages à la découverte de la conscience humaine telle que la révèle l'expérience ordinaire.
    Le premier mène marlow, second d'une épave en sursis, de londres vers bangkok, dans une traversée ponctuée de catastrophes.
    Mais au bout de cette odyssée qui est aussi un voyage initiatique vers l'orient mystérieux, il y a la vie, et le sentiment exalté d'une invincible énergie, d'un courage prosaïque et d'une compétence tranquille qui récusent le destin.
    Le second conduira le lecteur au centre d'une afrique encore inexplorée, où la civilisation n'imprime une trace précaire et dérisoire que par la sauvagerie routinière de l'exploitation coloniale.
    Au terme de ce périple, il y a m. kurz, continent inconnu au coeur de l'afrique inconnue, et qui, au fond de lui-même, n'a découvert que l'horreur. m. kurz, ange exterminateur et prophète sanglant, instrument ambigu de sa propre barbarie, en qui t.s. eliot voyait l'archétype de l'homme du xxe siècle.
    Jean-louis boireau.

    Ces deux récits ont respectivement paru pour la première fois en angleterre en 1898 et 1899.

empty