• Promulguée en septembre 1999, la réforme de l'enseignement du français au lycée a déjà connu quatre remaniements.
    Hésitations, errements, incohérences théoriques, méthodologie douteuse, et avant tout un superbe mépris du travail de concertation avec les enseignants, auront présidé à cette manière, pour le moins surprenante de la part d'un groupe d'«experts», de procéder à l'accouchement de la réforme...
    Qu'en est-il donc de ces programmes ? Une fois dépassé l'obstacle du jargon linguistico-pédagogique, on ne reconnaît plus grand-chose de la discipline - que l'on soit professeur ou parent d'élève, ayant encore en mémoire les cours du lycée. Disparue la notion d'auteur, disparue l'histoire littéraire, disparue l'analyse des oeuvres pour en dégager le sens...
    Agnès Joste, professeur de lettres, s'est livrée à une lecture méticuleuse et édifiante des textes du ministère ; où l'on découvre que la conception de la littérature qui y est véhiculée est une conception techniciste, qui vise avant tout à inculquer aux élèves, non pas une liberté d'esprit, mais des techniques communicationnelles et consensuelles ; que le dénigrement de l'étude de la littérature va de pair avec un mépris des professeurs et de leur désir de transmission des savoirs. Agnès Joste est membre du collectif « Sauver les lettres » (Sauver les lettres. Des professeurs accusent, Textuel, 2001), qui entend mettre fin à la surdité du ministère de l'Éducation nationale et des inspecteurs, et ouvrir le débat. Ce débat ne concerne pas leur seule profession, on l'aura compris. Parce qu'il y va de la formation de nombreuses jeunes générations, de la maîtrise de leur langue, de la lecture des grandes oeuvres littéraires, de la culture enfin.

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