• Au début du XXe siècle, l'avocat Artur Volny, député sortant, fait campagne pour sa réélection au parlement autrichien. Mais entre la vertu et l'immoralisme de son discours, il se heurte à l'incompréhension tant de ses électeurs qu'à celle de ses camarades de parti. Seules ses filles Irène et Olga le soutiennent. Avec elles, il échange sur la cosmologie, le suicide et la vie après la mort.

  • Complémentaire du carnet de bord reconstitué il y a quatre ans en tant que Tout, la correspondance que le lecteur français découvrira ici est le fruit d'une folie.
    Soit dit sans préjuger du jugement que les uns ou les autres porteront sur l'impossible apostolat du solipsiste apostat, aux prises, dans ces pages, avec son prochain, il fallait à tout le moins de l'idée fixe pour reprendre, à distance, à contre-courant des caprices de l'histoire et des vents politiques, la collecte de vieux papiers dont personne ne s'était soucié depuis l'année des accords de Munich.
    Folie ou passion, longue patience et course poursuite - perdue de justesse - contre la mort des derniers survivants dispersés entre trois continents, le jeu en valait la chandelle. Le résultat est là : trois cent soixante-dix-neuf lettres à une vingtaine de destinataires, amis ou amantes, proches ou fantoches, qui nous conduisent de la première réaction du monde extérieur au Monde comme conscience et comme rien en 1905 jusqu'à la négation logique de la dernière maladie.
    Billets de deux lignes ou opuscules de cinquante pages, lettres-cours de philosophie pratique ou romans intimes, d'amour, de mendicité ou de beuverie, lettres-provocations, exercices de style, commentaires sur Stendhal et Voltaire, la Rome antique, la dysenterie et la thermodynamique, cabotines, propagandesques, pragmatiques ou sans autre objet que le pur hédonisme de l'écrit, l'ensemble, en majeure partie inédit en tchèque, ne ressemble, au meilleur sens du terme, à " rien ".
    Tout un monde donc, au sein duquel le contrepoint fourni par la présence-absence de l'autre donne à entendre quelques-uns des textes non seulement les plus amphibies, mais littérairement les plus achevés et les plus innovateurs de toute l'oeuvre de Klima et, en tant que tout, l'expression la plus parlante de son " contradictionisme ".

  • Auteur culte et marginal impénitent dans l'écrit comme dans la vie, Ladislav
    Klíma (1878-1928) attend toujours d'être reconnu en dehors de son pays. C'est
    ce à quoi s'applique notre édition des oeuvres complètes dont le tome III est
    consacré aux essais, dont de nombreux d'inédits et, comme toujours, accompagnés
    par un méticuleux appareil critique. Les textes publiés ici, destinés pour la
    plupart au public le plus large, touchent à tout - depuis les chaussures qui
    serrent et les rages de dents, jusqu'à la politique internationale, la
    sexualité, l'inspiration poétique, l'antisémitisme, l'école, le suicide - avec
    une liberté, une lucidité dans le scandale et un art de l'invective qui
    constituent un antidote décapant à la pensée unique et à la grisaille de notre
    début de XXIe siècle. Ladislav Klíma (1878-1928), né à Domazlice (Bohême
    occidentale), est mis au ban à seize ans de tous les établissements de l'Empire
    autrichien et vit, tour à tour, comme rentier, conducteur de machine à vapeur,
    gardien d'une usine hors service, fabricant d'un ersatz de tabac, dramaturge et
    journaliste. Philosophe du vécu, solipsiste convaincu, il pousse la pensée de
    Schopenhauer et de Nietzsche au-delà de ses plus extrêmes limites, publie trois
    volumes de fragments théoriques et laisse, en mourant à Prague en 1928 - ignoré
    de la plupart de ses compatriotes, sujet de scandale pour d'autres, auteur
    culte pour un petit nombre -, une immense oeuvre manuscrite, aussi bien
    romanesque que philosophique.

  • Nemesis la glorieuse Nouv.

  • La première mondiale que fut, en 1991, la traduction du Grand Roman, sauvé du néant d'après un manuscrit bien près d'y sombrer, annonçait logiquement l'édition des oeuvres complètes de l'écrivain et philosophe Ladislav Klima que nous inaugurons aujourd'hui par un ensemble de textes eux aussi presque entièrement inédits, dans leur babel d'origine comme en français.
    Ce Tout, rassemblé plus de soixante ans après la mort de l'auteur, grâce a un travail d'enquête aussi passionné que passionnant, qui figure sans doute parmi les effets les plus pervers de la chute du communisme à l'Est, c'est d'une part l'oeuvre maîtresse que Klima rêvait d'écrire, " un jour en guise de plaisanterie " - " autochronique " qui, entre " moi " et " Moi ", se veut en toute immodestie le " Fin Mot de Tout, un point c'est tout ".
    Pari impossible donc, dont les fragments trouvent une clef de lecture et un complément dans les pages éparses du journal. Depuis la révélation fondamentale jusqu'à la maladie finale, le lecteur y devient témoin des avatars, des aléas et des contradictions quotidiennes de la pensée vécue de cet homme qui s'obstinait à vouloir être Dieu. Pathétique ou jubilatoire, le contrepoint donne un document spirituel tout à fait unique, à lire, au-delà du dictionnaire d'idées fixes qui vient d'abord à l'esprit, comme un scénario de l'éternel, retour du premier jour d'une Création sans objet, synonyme du Rien.
    A lire et à relire, un " Tout " sans préjudice de la suite.

  • Chef-d'oeuvre inachevé, à classer entre le Manuscrit trouvé à Saragosse et Les 120 Journées de Sodome, Le Grand Romande Ladislav Klima, écrit entre 1907 et 1915 et fort maltraité par l'histoire, a été découvert par le public français en 1991, cinq ans avant sa première édition intégrale en Tchéquie.
    La réédition que nous proposons aujourd'hui dans le cadre des oeuvres complètes de Klima ajoute au texte, devenu introuvable, un apparat critique qui éclaire tout ensemble les racines philosophico-fantasmatiques, la double naissance, la mort programmée et la résurrection des membra disjecta de cette superbe folie, " non plus ultra d'immoralité, de malfaisance et d'extravagance ", qui remplit une lacune de taille dans la révolution du roman moderne communément associée aux noms plus connus de l'Autriche-Hongrie finissante.
    " Grand ", dit le titre.
    " Hénaurme ", comme dirait l'autre. Entre le roman noir, le fantasme nu, la féerie et l'exercice pratique de métaphysique appliquée, entre les enfers et les " surmondes ", l'Italie, l'Inde et les déserts d'Arabie, le romantisme échevelé et un picaresque teinté de scatologie, la fresque férocement irréaliste et gaiement anachronique n'obéit qu'à sa propre démesure, touchant à tout, depuis les réincarnations successives de la Vierge jusqu'à l'aménagement sanitaire de la drôle de machine volante inventée, semble-t-il, par l'empereur Guillaume Ier.
    Au lecteur de se laisser emporter, à ses risques et périls, par l'irrépressible surenchère de l'imaginaire, dans un mouvement de progression à l'infini, ponctué d'abîmes.

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