• À l'occasion du 75e anniversaire de la mort de Max Jacob au camp de Drancy, le 5 mars 2019, ultime hommage de Lina Lachgar, poète elle-même, et qui est aussi une des plus ferventes admiratrices et connaisseuses de l'oeuvre jacobienne.

  • Arrestation et mort de Max Jacob est le récit de la fin tragique du poète. De Saint-Benoît-sur-Loire où Max Jacob fut arrêté par la police allemande jusqu'à sa mort au camp de Drancy le 5 mars 1944, Lina Lachgar nous fournit quantité d'informations et de documents inédits. C'est avec une intensité émanant des seuls faits que nous est révélé par cette habituée de longue date de l'oeuvre du poète - on se souvient de l'album Max Jacob qui parut il y a une vingtaine d'années et, plus récemment, des Pantoufles de Max Jacob (La Différence, 2001) - le déroulement implacable des événements qui conduisirent à son internement. Précieux livre qui fera date dans la connaissance d'un des plus grands poètes du XXe siècle.

  • Avoir dans les yeux une lumière qui fasse réapparaître le temps, revivre des ombres, des rires, des apparences, des situations, voire une passion...
    Nous sommes bien éloignés de la science-fiction de Wells : il suffit à la narratrice de prendre le train (à vapeur) pour aller frapper à la porte du poète qu'elle admire entre tous, et qu'elle eût aimé connaître. Les années, ni la logique des choses, ni même la mort ne résistent à la fantasia de l'imaginaire. A Saint-Benoît, Mlle Infrarouge frappe à la porte de Max Jacob, que lui ouvre sa logeuse, l'encombrante et dévouée Mme Persillard, c'est son nom, le poète ne l'a pas inventé.
    La fantasmagorie exige le réalisme.
    Incomparable connaisseuse de l'auteur du Cornet à dés et du Laboratoire central, Lina Lachgar s'autorise en poète cette "divagation" comme eût dit Mallarmé, à propos (pas toujours à propos, on ne refait pas Max !) des cerises du jardin, du péché, de la pauvreté, de la vie parisienne du poète, de Dieu et de la beauté des garçons. Des pages éclairées par l'humour, la cocasserie, voilées d'une émotion murmurée.

  • " Quelquefois des images qui n'ont aucun lien les unes avec les autres, telles de brèves illuminations se succèdent, se superposent et se multiplient.
    Ainsi au salut d'une main gantée des liasses d'étincelles s'éteignent dans la mer. Le ciel pose son pied sur le clocher du couvent. Une dame élégante et intemporelle emporte un canapé sur une brouette. Le chemin de nos voix se perd avec les médailles anciennes que brouille la légende. Deux bras de bronze soutiennent un pont de marbre sous les saules. La musique des essences brûle le temps dans l'espace comme ces feux d'herbes à l'automne qui agrandissent le ciel.
    " Souvenirs, complicités, paysages, surgis du crépuscule qu'appelle " l'ambassadrice du Rêve ", s'enchaînent de manière magique, nous livrant de saisissantes, imprévisibles images : " Je cache mon bonheur dans des grains de lys "... Lina au Pays des Merveilles ! Ici encore le poète de Sept Rêves avec Marcel Proust poursuit la recherche de " toute une intériorité inimaginable et émerveillée ".

  • L'hiver allait s'effaçant Il neigeait Le printemps vivait sans être né Comme le simulacre d'une vérité plusieurs fois mensongère La fièvre essentielle persistait Là où la rivière déroulait son film d'une grâce inutile à travers le paysage qui s'étendait à perte de vue tel un grand lavis aveuglant la toute laine la toute neige La plus lente que lente tournait sur elle-même en se déplaçant " Tous autant qu'ils sont et chacun à sa manière, les livres de Lina Lachgar irradient - on ne saurait dire autrement. À l'instar de ces carrousels illuminés, ils magnétisent, ils électrisent les sens [...]. " Anthony Dufraisse, Nrf " Il convient au mieux d'aborder Lina Lachgar [...] par un abandon consenti à une longue - et lente - plongée dans un univers intérieur, dévoilé, masqué, suggéré, exposé, selon les moments. [...] Lina Lachgar écrit comme on échange un premier baiser amoureux, à pleine bouche, fiévreusement et délicatement à la fois. " Lucie Clair, Le Matricule des anges.

    Auteur d'une quinzaine de recueils de poèmes, souvent illustrés par de grands artistes, tels Jean Cocteau - qui a également préfacé son premier recueil -, Lina Lachgar a publié plusieurs essais et récits, notamment sur Max Jacob et Marcel Proust.

  • Texte onirique dans la lignée de Quelques jours à Twilightstrasse, paru en
    2005, Carbone 14 renouvelle le genre du journal imaginaire. Aux côtés de
    l'auteur nous plongeons dans un univers où l'émerveillement face au réel est
    constant et donne lieu à des balades sensorielles qui nous entraînent au sein
    de tableaux lumineux où se croisent des personnages illustres, fictifs ou
    réels. Au fil des pages, on se laisse envoûter par le monde intérieur et la
    prose de Lina Lachgar. « En apparence une simple ballade au fil des jours, des
    sensations, des impressions, [...] c'est une exploration d'une troublante
    luminosité qui se déploie. » Lucie Clair, Le Matricule des anges. Auteur d'une
    quinzaine de recueils de poèmes, souvent illustrés par de grands artistes, tels
    Jean Cocteau - qui a également préfacé son premier recueil -, Lina Lachgar a
    publié plusieurs essais et récits, notamment sur Max Jacob et Marcel Proust.

  • Jeune provinciale, épouse d'un " taxi ", Odilon Albaret, Céleste Gineste devient en 1914 à la fois la gouvernante, la messagère, la presque confidente et le " souffre-douleur " de Marcel Proust.
    Le couple partage dès lors la vie de l'écrivain jusqu'à sa mort, en 1922. Odilon est le chauffeur et Céleste la bonne fée d'un homme qui " mélange la nuit avec le jour ", a des impatiences de pacha et des amitiés extravagantes. D'un homme que Céleste voit se consumer dans une chambre close à écrire sur ses genoux, avec un " petit porte-plume d'écolier ". Entre deux visites aux maisons du vice. Là-dessus Monsieur et Céleste se mentent...
    Céleste n'a pas seulement prêté quelques traits au personnage romanesque si vivant de Françoise, elle connut presque tous les amis de Proust. En lui tenant la main, avec l'autorité d'une fervente de La Recherche, Lina Lachgar imagine le journal qu'elle aurait pu rédiger, avec ses souvenirs, ses émotions, ses hargnes - elle détestait les " soi-disant secrétaires de Monsieur " -, les expressions si spontanées qu'elles touchent au vrai des choses : " Monsieur était toujours l'extrême des autres ", et au coeur de l'émotion : " Depuis votre départ, je suis dans nulle part...
    " " Désormais sans vous, je ne fabrique que du chagrin. Mes larmes s'arrangent entre elles. Je suis toujours à vos ordres, Monsieur. Vous n'avez qu'à ordonner. Mais vous n'ordonnez plus rien. J'attends quand même. " Poète on ne peut plus singulière, et passionnée, on le sait, par l'oeuvre de Marcel Proust, Lina Lachgar, tient la gageure d'une évocation qui devrait étonner les amoureux de La Recherche.

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