• Aurélien

    Louis Aragon

    «La seule chose qu'il aima d'elle tout de suite, ce fut la voix. Une voix de contralto chaude, profonde, nocturne. Aussi mystérieuse que les yeux de biche sous cette chevelure d'institutrice. Bérénice parlait avec une certaine lenteur. Avec de brusques emballements, vite réprimés qu'accompagnaient des lueurs dans les yeux comme des feux d'onyx. Puis soudain, il semblait, très vite, que la jeune femme eût le sentiment de s'être trahie, les coins de sa bouche s'abaissaient, les lèvres devenaient tremblantes, enfin tout cela s'achevait par un sourire, et la phrase commencée s'interrompait, laissant à un geste gauche de la main le soin de terminer une pensée audacieuse, dont tout dans ce maintien s'excusait maintenant.»

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  • Elsa

    Louis Aragon

    Ce poème d'Aragon est un « roman achevé », au sens où l'on dit qu'une oeuvre est achevée ; c'est un roman en ce qu'il raconte une aventure du coeur. L'amour, l'expérience, la réflexion sur la vie en constituent les thèmes. Un Roman de la Rose.
    Et comme le Roman de la Rose, difficile à analyser, car sa signification est multiple, et la Rose ici, de l'aveu de l'auteur, indescriptible. Peut-être le lecteur en trouvera-t-il la clef dans les épigraphes au poème, l'une tirée du Gulistan ou L'Empire des Roses, de Saadi, l'autre de Roses à crédit, roman d'Elsa Triolet.
    Le thème de la Rose, commun à nos poètes médiévaux et à ceux de l'Orient, ne semblera aucunement d'apparition fortuite au coeur du poème que voici, à condition de se rappeler qu'Elsa voit le jour en même temps que ces Roses à crédit.

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  • Ce poème s'appelle « Roman » : c'est qu'il est un roman, au sens ancien du mot, au sens des romans médiévaux ; et surtout parce que, malgré le caractère autobiographique, ce poème est plus que le récit - journal ou mémoires - de la vie de l'auteur, un roman qui en est tiré.
    Il faut le lire dans le contexte de l'oeuvre d'Aragon. Il s'agissait ici d'éviter les redites : on n'y trouvera pas le côté politique des Yeux et la Mémoire ou les heures de la Résistance de La Diane française ou du Musée Grévin. Le domaine privé, cette fois, l'emporte sur le domaine public. Même si nous traversons deux guerres, et le surréalisme, et bien des pays étrangers.
    Poème au sens des Yeux et la Mémoire, ce Roman inachevé ne pouvait être achevé justement en raison de ces redites que cela eût comporté pour l'auteur. Peut-être la nouveauté de ce livre tient-elle d'abord à la diversité des formes poétiques employées. Diversité des mètres employés qui viendra contredire une idée courante qu'on se fait de la poésie d'Aragon.
    Il semble que, plus que le pas donné à telle ou telle méthode d'écriture, Aragon ait voulu marquer que la poésie est d'abord langage, et que le langage, sous toutes ses formes, a droit de cité dans ce royaume sans frontières qu'on appelle la poésie.
    Plus que jamais, ici, l'amour tient la première place.

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  • "Il ne m'est Paris que d'Elsa": l'anthologie des plus beaux poèmes d'Aragon sur Paris...
    Par cette anthologie, Aragon intègre la famille des poètes qui ont chanté Paris et décide de sa filiation en donnant à relire, comme en surimpression, les tableaux parisiens de Baudelaire, les poèmes d'Apollinaire, le Paris de Francis Carco et de Robert Desnos, compagnon de route du surréalisme.Mais Paris est également le théâtre où se joue l'histoire d'un amour écrit aux portes de la légende: celui que le poète voue à Elsa, rencontrée en 1928. Il ne se contente pas de célébrer les endroits que le couple fréquentait: à travers Elsa, il retrouve l'empreinte affective que le temps a laissée sur les murs de la capitale. "En intitulant son recueil Il ne m'est Paris que d'Elsa, Aragon faisait plus que mettre en miroir deux mythes qui lui sont propres, il donnait une définition de lui-même et de son écriture. Tout comme Paris et le monde en général ne peuvent devenir sensibles au poète que par la médiation de l'Autre, le poème sur la ville découvre, dans la brèche qu'ouvre la voix d'autrui, la première césure qui donne naissance au chant. Poésie de la rencontre et du dialogue, la romance d'Aragon trouve dans Paris, ville d'histoire et de mots, plus qu'un écho, un interlocuteur." Sylvie Servoise, auteure de la postface.

  • 1492, où Grenade tombe aux mains des Chrétiens, est aussi l'année de la découverte des Indes Occidentales par Christophe Colomb : ainsi se font en même temps les comptes du passé et ceux de l'avenir. Les Maures d'Espagne, dont la langue ignore le futur, n'ont en fait plus de lendemain à attendre. Parmi eux se reflètent tous les schismes de l'Islam et se débat la question de l'origine du Mal. Cependant un vieillard, un chanteur de rues qu'on appelle le Medjnoûn, c'est-à-dire le Fou, s'y pose le double problème du temps et de l'avenir de l'homme, celui aussi de l'amour véritable et du couple dont l'heure n'est pas encore venue. L'avenir de l'homme est la femme, dit-il : dans la perspective de la femme de l'avenir, et d'après le nom de celle vers qui se tournent sa prière et son chant, il va s'imaginer le héros d'un « Medjnoûn et Elsa », à l'imitation du célèbre poème de Medjnoûn et Leïla, que vient d'écrire le Persan Djâmî.
    Le Fou d'Elsa a recours, de la prose au vers français, à toutes les formes intermédiaires du langage. L'imagination ici prend le masque de l'histoire et, réinventant Boabdil, dernier roi de Grenade, que les historiens calomnièrent, réhabilite celui qui prolongea de dix années le règne de l'Islam en Europe.

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  • La publication de La Grande Gaîté dans notre collection est assurément un événement. Ce recueil d'Aragon initialement paru chez Gallimard en 1929, illustré par Yves Tanguy, n'avait jamais été republié séparément, seulement repris en 1974 dans l'oeuvre poétique complet publié au Livre Club Diderot, puis dans la Pléiade en 2007. Ce livre certainement surprendra, choquera même sans doute les lecteurs du Roman inachevé ou du Fou d'Elsa. Écrits en 1927 et 1928, par, ne l'oublions pas, un jeune homme qui n'a pas trente ans, les poèmes de ce recueil correspondent à une violente crise existentielle du poète, à sa relation amoureuse douloureuse et tourmentée avec Nancy Cunard comme à la complication croissante de ses rapports avec Breton et ses amis surréalistes. Le titre est évidemment une antiphrase, c'est de fait de la plus grande détresse qu'il s'agit. D'une agressivité inouïe, d'une dérision acerbe, la première partie du livre est, comme le souligne la préfacière Marie-Thérèse Eychart (ayant collaboré par ailleurs aux «Pléiade» Aragon) un «jeu de massacre» désespéré qui n'épargne rien ni personne. La seconde partie en revanche rend au lecteur un Aragon plus proche de ce qu'il connaît. Il y renoue, comme après une descente aux enfers, avec un chant, fût-il brisé et de douleur indépassable. C'est là qu'on lira notamment le célèbre Poème à crier dans les ruines qui est sans conteste un des sommets de la poésie aragonienne.

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  • Le paysan de Paris

    Louis Aragon

    Ce livre est né d'un sentiment inédit du paysage parisien. Comme un paysan ouvrant à tout de grands yeux, le poète nous apprend à voir d'un regard neuf les passages, les boutiques des coiffeurs à bustes de cire, les bains, les immeubles les plus ordinaires, les affiches, les extraits de journaux, semblables aux collages des peintres. Deux morceaux célèbres du livre, Le Passage de l'Opéra et Le Sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont donnent l'éveil à «la lumière moderne de l'insolite». Deux autres textes essentiels du Paysan de Paris : Préface à une mythologie moderne et Le Songe du paysan, en sont à la fois l'introduction et la conclusion, le point de départ et le point d'arrivée d'une pensée prise dans sa variation.

  • La semaine sainte

    Louis Aragon

    Cette semaine sainte est celle du 19 au 26 mars 1815.
    Le débarquement de l'île d'elbe a eu lieu et " bonaparte " a déjà dépassé lyon. louis xviii est en fuite. une indescriptible cohue l'accompagne, une foule de gens qui courent aussi vite qu'ils le peuvent de paris à béthune. c'est la maison du roi, la cour, les dignitaires, des maréchaux, les troupes qui sont restées loyales.

    La france, encore une fois, se trouve partagée en deux.

    Il y a la france du passé qui fuit avec louis xviii, et celle du présent, avec ses aspirations, ses espoirs, qui regarde du côté de napoléon.
    L'empereur est-il plus proche de la révolution, plus proche du peuple que les bourbons ?

    Un tel livre, un tel roman est impossible à résumer. c'est le tableau de tout un peuple à un tournant de son destin, c'est l'immense poème épique d'une société saisie au milieu de ses convulsions les plus caractéristiques.

    C'est une somme poétique, historique, romanesque, l'un des plus beaux livres d'aragon.

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  • Les beaux quartiers

    Louis Aragon

    Ce roman est l'histoire de deux frères, Edmond et Armand Barbentane. Le premier devra sa fortune à l'abandon qu'un homme riche lui fait de sa maîtresse. Armand, lui, abandonnant les siens, est devenu ouvrier dans une usine de Levallois-Perret : son avenir s'en trouvera changé.
    Ce roman est le second du Monde réel qu'inaugurait Les Cloches de Bâle.

  • Les cloches de Bâle

    Louis Aragon

    Les Cloches de Bâle constituent le premier volume de la grande entreprise romanesque, Le Monde Réel.
    Trois femmes en sont les figures dominantes : Diane, la demi-mondaine ; Catherine Simonidzé, jeune Géorgienne qui finit par abandonner les idées de l'anarchie pour se rapprocher du socialisme ; Clara Zetkin, la femme nouvelle.
    L'ouvrage doit son titre au célèbre congrès socialiste de Bâle qui s'est tenu presque à la veille de la première guerre mondiale.

  • Le Con d'Irène est un récit érotique publié sous le manteau en 1928 sans nom d'auteur ni d'éditeur. Il célèbre le bonheur de la volupté éprouvé par une jeune femme, Irène.
    Il fut immédiatement censuré et mis à l'index. Impossible de reconnaître comme littérature une ode passionnée au sexe de la femme, « ce lieu de délice et d'ombre, ce patio d'ardeur, dans ses limites nacrées, la belle image du pessimisme. Ô fente, fente humide et douce, cher abîme vertigineux ».
    Ce n'est que le début de l'histoire mouvementée de ce livre sulfureux.
    Après une réédition clandestine en 1952 par Jean-Jacques Pauvert, le livre est réédité en 1962, toujours confidentiellement, aux éditions du Cercle du livre précieux, avec une préface de André Pieyre de Mandiargues. Puis Régine Deforges le republie en 1968, édition à nouveau saisie...
    Aujourd'hui, revenu de la provocation, le Con d'Irène reste un classique de la littérature érotique où demeure une religieuse fascination pour le sexe féminin.

  • La valse des vingt ans.

    Bon pour le vent bon pour la nuit bon pour le froid.
    Bon pour la marche et pour la boue et pour les balles.
    Bon pour la légende et pour le chemin de croix.
    Bon pour l'absence et les longs soirs drôle de bal.
    Où comme j'ai dansé petit tu danseras.
    Sur une partition d'orchestre inhumaine.
    Bon pour la peur pour la mitraille et pour les rats.
    Bon comme le bon pain bon comme la romaine.

    Mais voici se lever le soleil des conscrits.
    La valse des vingt ans tourne à travers Paris.

    Bon pour la gnole à l'aube et l'angoisse au créneau.
    Bon pour l'attente et la tempête et les patrouilles.
    /> Et bon pour le silence où montent les signaux.
    La jeunesse qui passe et le coeur qui se rouille.
    Bon pour l'amour et pour la mort bon pour l'oubli.
    Dans le manteau de pluie et d'ombre des batailles.
    Enfants-soldats roulés vivants sans autre lit.
    Que la fosse qu'on fit d'avance à votre taille.

    La valse des vingt ans traverse les bistros.
    Éclate comme un rire aux bouches du métro.
    [...]

  • Les yeux d'Elsa

    Louis Aragon

    • Seghers
    • 17 Septembre 2012

    À la gloire de la femme aimée, Aragon, le dernier poète courtois, a composé ses plus merveilleux poèmes.
    « Ma place de l'étoile, à moi, est dans mon coeur, et si vous voulez connaître le nom de l'étoile, mes poèmes suffisamment le livrent. » Pétrarque a chanté Laure, Ronsard Hélène, Lamartine Elvire, c'est à Elsa qu'Aragon donne ses poèmes qui sont au nombre des plus beaux chants d'amour qu'un poète ait écrits.

    La présente édition intègre la préface que Louis Aragon rédigea en février 1942, ainsi que trois textes en prose particulièrement éclairants : « La Leçon de Ribérac », « La Rime en 1940 » et « Sur une définition de la poésie. » Enrichie d'une postface de Lionel Ray et de documents iconographiques rarement publiés, elle est une invitation à lire, ou relire, l'une des oeuvres majeures de la poésie française.

  • De l'Exposition de 1889 à la guerre de 1914, ce roman fait la chronique d'un quart de siècle de la vie des Français, autour de Pierre Mercadier, professeur d'histoire, qui quittera sa femme et ses enfants pour mener une vie lointaine. Il reparaîtra à la veille de la guerre de 14, pour mourir à demi paralysé. Son fils, Pascal, portera les armes pendant quatre ans et trois mois, croyant par cela faire que son propre enfant n'y soit jamais soumis.

  • Aragon ne ressemble pas à l'image que l'on a de lui, celle d'un poète qui, après avoir pris part à l'aventure surréaliste, a recouru à la rime et à des formes traditionnelles pour chanter la France résistante, le parti communiste et l'amour d'Elsa. Sa voix propre est sans doute moins célèbre que celles que lui ont prêtées les chanteurs. Il arrive en effet qu'on ne voie en lui qu'un parolier de génie, surtout quand on néglige de « commencer par le lire ». Sa poésie, il est vrai, n'est pas un rébus ; elle demeure une parole intelligible, ce qui la rend accessible, ce qui permet aussi à ses non-lecteurs de se méprendre à son propos. Aragon, à qui le lit, apparaît comme le poète du mouvement perpétuel. Inventeur de formes et de mètres nouveaux, il ne s'en tint jamais à ses découvertes, continua de se renouveler, contesta les genres anciens sans les refuser : en les utilisant. Comme Hugo (vu par Mallarmé), « il était le vers français personnellement ». Comme Hugo encore, il eut plusieurs cordes à son instrument et n'en négligea aucune. Voici donc toute la lyre d'Aragon, rassemblée, ainsi qu'il l'a souhaité, dans l'ordre chronologique, depuis Feu de joie jusqu'aux Adieux en passant par des traductions et des textes épars dont cette édition offre le recueil le plus complet jamais réalisé. On a pris l'habitude de distinguer trois périodes dans ces soixante années de création : l'appel à l'imaginaire des époques dadaïste et surréaliste, la quête de la réalité à travers les noces de l'écriture et du militantisme (dont la poésie de la Résistance est la plus belle illustration), le lyrisme intime, enfin, qui offre une incessante relecture de soi via une diversité inouïe de formes. Ces deux volumes montrent qu'Aragon, en fait, ne changea jamais tout à fait de matière, que tous les enjeux de sa poésie - la langue, l'Histoire, le sujet individuel - sont toujours présents, même si l'accent est mis tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre. Son oeuvre poétique a l'unité, labyrinthique certes, mais incontestable, d'un océan. On en a beaucoup fréquenté les plages ; on peut désormais l'explorer jusque dans les grandes profondeurs.

  • Blanche ou l'oubli

    Louis Aragon

    «Quand j'ai connu Blanche, elle portait un petit chapeau de feutre, cloche, très enfoncé, d'un feutre extraordinairement tendre, léger, mou, comme si ça lui avait fait quelque chose de coiffer Blanche.
    Elle aimait s'habiller en noir, elle s'asseyait d'une façon que n'avait personne, se penchait pour m'écouter, la joue sur la main, le coude sur le genou. Je lui avais dit : "Vous fumez ?", et elle avait éteint sa cigarette, non, c'était pure nervosité. C'est très drôle, cette petite fille, dès la première fois, dans un lieu avec de hautes lumières, un café tout en longueur, j'avais une idée tracassante, je ne pensais qu'à une chose, et Dieu sait ce que je pouvais dire !
    Les mains m'en tremblaient, j'avais envie d'enlever son manteau, d'ouvrir sa robe... Pourquoi ?»

  • Pour beaucoup, le roman est un miroir servant à comprendre le monde. Chez Aragon, c'est le miroir qui devient roman : «Tout ce que je vois, ma vie, la réalité même, perdant tout sens moral, tout prend valeur d'être le reflet des fictions.» Dans La Mise à mort, deux rivaux semblent aux prises, si ce n'est que l'un n'est sans doute qu'une image de l'autre. Dans Blanche ou l'Oubli, le narrateur invente une jeune femme, Marie-Noire, chargée d'arracher à l'oubli la femme qui l'a quitté, Blanche ; chaque personnage, imaginaire ou imaginant, se prétend bientôt le créateur de l'autre. Dans Théâtre/Roman se succèdent deux narrateurs, l'Homme de théâtre et l'Écrivain ; mais «est-ce un acteur qui rêve au jeune homme qu'il fut», ou l'inverse ? «À votre choix», dit Aragon. On comprend que Philippe Forest rappelle dans sa notice la parabole de Tchouang tseu : le sage endormi rêve qu'il est un papillon, et se demande une fois éveillé s'il n'est pas plutôt un papillon rêvant qu'il est un sage. D'une stupéfiante liberté formelle, les trois derniers romans d'Aragon, ici accompagnés des nouvelles les plus tardives du Mentir-vrai, sont des songes partagés. Inutile d'y chercher des vérités ultimes («la vérité, cette mort de moi-même»). «Valse des adieux», façon de boucler la boucle en renouant avec l'ambition expérimentale des premiers écrits, ces textes des années 1960 et 1970 tournent inlassablement, et sans illusion, autour de l'insoluble énigme qui fut au coeur de l'existence d'Aragon : celle de l'identité.

  • Le mentir-vrai

    Louis Aragon

    La nouvelle Le mentir-vrai, qui donne son titre au recueil, est un texte capital qu'Aragon considère comme une sorte d'art romanesque. Il y évoque ses années d'enfance en mélangeant fiction et réalité.
    Le recueil comprend aussi un ensemble de sept nouvelles publiées clandestinement sous l'Occupation et groupées sous le titre de Servitude et grandeur des Français. Mais on trouve aussi l'histoire d'une extravagante maîtresse d'Alexandre II et de ses chiens (La sainte Russie), de brèves aventures de café (Chproumpph et L'inconnue du printemps), une fantaisie policière (Tuer n'est pas jouer), des contes dont le ressort est l'humour...
    En tout vingt-huit nouvelles qui font briller toutes les facettes du style, de l'imagination, de l'humour et du drame.

  • Écrites pendant la guerre et publiées clandestinement dans le recueil Servitude et grandeur des Français, ces trois nouvelles donnent la parole à «l'adversaire», qu'il soit un journaliste hostile à la Résistance et aux communistes, réparateur de radios et collaborateur, ou une jeune Allemande qui a suivi les soldats à Paris. Mais les situations changent, les idées évoluent et peu à peu les adversaires basculent dans le camp des alliés...

  • Henri Matisse, roman

    Louis Aragon

    Lorsque aragon publie son henri matisse, roman, c'est l'aboutissement d'un projet, né trente ans plus tôt, de la rencontre entre l'écrivain et le peintre.
    Rencontre passionnelle et bouleversante. de 1941 à 1971, aragon médite son henri matisse, roman qui donnera naissance à un livre d'art en deux tomes dont nous reprenons le texte et les images dans leur intégralité, les 551 documents d'origine étant reproduits ici en noir et blanc. cette longue maturation aboutit à une richesse exceptionnelle dans la variété des genres. aragon confronte son propre travail d'écrivain à celui du peintre dont il s'est assigné pour tâche de faire le portrait.
    "ceci est un roman, c'est-à-dire un langage imaginé pour expliquer l'activité singulière à quoi s'adonne un peintre ou un sculpteur, s'il faut appeler de leur nom commun ces aventuriers de la pierre ou de la toile, dont l'art est précisément ce qui échappe aux explications de texte." aragon.

  • Aragon ne ressemble pas à l'image que l'on a de lui, celle d'un poète qui, après avoir pris part à l'aventure surréaliste, a recouru à la rime et à des formes traditionnelles pour chanter la France résistante, le parti communiste et l'amour d'Elsa. Sa voix propre est sans doute moins célèbre que celles que lui ont prêtées les chanteurs. Il arrive en effet qu'on ne voie en lui qu'un parolier de génie, surtout quand on néglige de « commencer par le lire ». Sa poésie, il est vrai, n'est pas un rébus ; elle demeure une parole intelligible, ce qui la rend accessible, ce qui permet aussi à ses non-lecteurs de se méprendre à son propos. Aragon, à qui le lit, apparaît comme le poète du mouvement perpétuel. Inventeur de formes et de mètres nouveaux, il ne s'en tint jamais à ses découvertes, continua de se renouveler, contesta les genres anciens sans les refuser : en les utilisant. Comme Hugo (vu par Mallarmé), « il était le vers français personnellement ». Comme Hugo encore, il eut plusieurs cordes à son instrument et n'en négligea aucune. Voici donc toute la lyre d'Aragon, rassemblée, ainsi qu'il l'a souhaité, dans l'ordre chronologique, depuis Feu de joie jusqu'aux Adieux en passant par des traductions et des textes épars dont cette édition offre le recueil le plus complet jamais réalisé. On a pris l'habitude de distinguer trois périodes dans ces soixante années de création : l'appel à l'imaginaire des époques dadaïste et surréaliste, la quête de la réalité à travers les noces de l'écriture et du militantisme (dont la poésie de la Résistance est la plus belle illustration), le lyrisme intime, enfin, qui offre une incessante relecture de soi via une diversité inouïe de formes. Ces deux volumes montrent qu'Aragon, en fait, ne changea jamais tout à fait de matière, que tous les enjeux de sa poésie - la langue, l'Histoire, le sujet individuel - sont toujours présents, même si l'accent est mis tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre. Son oeuvre poétique a l'unité, labyrinthique certes, mais incontestable, d'un océan. On en a beaucoup fréquenté les plages ; on peut désormais l'explorer jusque dans les grandes profondeurs.

  • On ne rencontre pas chez Aragon de jeunesse littéraire ni de période d'apprentissage ; du premier coup, il s'est révélé comme un immense écrivain. Les oeuvres réunies dans ce volume l'attestent : de l'époque Dada, avec Anicet ou le Panorama, roman (1921) et Les Aventures de Télémaque (1922), au premier roman du cycle du Monde réel, Les Cloches de Bâle (1934), en passant par les contes surréalistes du Libertinage (1924), et les explorations érotiques de La Défense de l'infini.
    Dans cet ensemble de textes, on découvrira d'abord la respiration continue et profonde d'un créateur qui multiplia les essais autour de quelques problèmes capitaux et qui survivent à la plupart des réponses : où est le véritable amour, et comment faire jamais face à l'infini du désir? À quelles fins l'art peut-il servir? Les histoires ou l'Histoire ne sont-elles que bruit et fureur? Quelle est cette chose insaisissable qu'on appelle «monde réel» et comment arrive-t-il, avant qu'on s'en aperçoive, que cette réalité file comme du sable entre les doigts? Mais aussi, comment rester fidèle, et surtout, tant le risque de trahison est intime, «Quel est celui qu'on prend pour moi»?
    Cette édition ne manquera pas d'aviver l'énigme centrale de leur auteur ; ce faisant, peut-être lui restituera-t-elle la place qu'il mérite, l'une des toutes premières parmi les grandes voix de ce siècle.

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