• « Poésie/Gallimard » est une collection au format poche de recueils poétiques français ou traduits. Chaque volume rassemble des textes déjà parus en édition courante - tantôt du catalogue Gallimard, tantôt du fonds d'autres éditeurs -, souvent enrichis d'une préface et d'un dossier documentaire inédits. Élégant viatique pour les amateurs de poésie, la collection offre des éditions de référence, pratiques et bon marché, pour les étudiants en lettres. Aujourd'hui dirigée par André Velter, poète, voyageur et animateur de plusieurs émissions sur France Culture, la collection reste fidèle à sa triple vocation : édition commentée des « classiques », sensibilité à la création francophone contemporaine (Guy Goffette, Ghérasim Luca, Gérard Macé, Gaston Miron, Valère Novarina...) et ouverture à de nombreux domaines linguistiques (le Palestinien Mahmoud Darwich, le Libanais d'origine syrienne Adonis, le Tchèque Vladimír Holan, le Finnois Pentti Holappa, le Suédois Tomas Tranströmer et récemment l'Italien Mario Luzi, deux mois seulement après sa disparition...).

  • Pour un poltron comme moi, rien de si courageux qu'une mise au point qui pourrait être une mise aux poings. Faire l'essai de la justice quand l'univers ne pense qu'à la force ? Après tout ! une bonne conscience porte toujours une arme à feu. Quant à mon revolver modèle 1905 avec lequel j'appris le tir, dans mes égarements il ne s'est pas égaré. En ce temps-là, Picasso maîtrisait son siècle en maîtrisant sa propre gourme géniale par le sacrifice de ses naturelles coquetteries (ô l'austère cubisme, etc..., etc..., etc...). On ne riait pas même encore du Douanier Rousseau, d'Erik Satie, l'un enlevant à la plastique des falbalas que l'autre enlevait à l'orchestre. En ce temps-là «homme nouveau» qui s'en doutait ? pas lui ! André Salmon déménageait en charrette à bras les Licornes du Symbolisme. Est-ce que les amis se choisissent ? Non ! ils se polarisent.
    Max Jacob rencontre Pablo Picasso en 1901 à Paris. Il s'en suit une fraternelle amitié qui fait de lui le témoin quasi quotidien du travail de Picasso. A partir de 1921 les contacts sont plus laches mais les signes existent d'un lien jamais vraiment défait. Si il exprime parfois une pathétique jalousie à l'égard du peintre, c'est toujours Picasso qu'il désigne comme son héros (aux côtés d'Apollinaire ou Salmon) lorsqu'il doit écrire sur l'époque de la rue Ravignan.
    Aussi, à la mort du marchand Paul Guillaume sa veuve lui demande une préface à un volume des mémoires de son mari. Le projet deviendra ce récit fondamental sur le cubisme : La chronique des temps héroïques, commencée en 1935 dont seul le début parut du vivant de Max Jacob en 1937. C'est en 1956 que Louis Broder en fera une édition limitée, avec des eux-fortes de Picasso, d'après un manuscrit complet des huit chapitres.
    C'est le texte de notre édition qui n'avait jamais été repris depuis. Il n'existe pourtant pas de témoignage aussi vivant et direct que celui-ci sur l'aventure de l'art moderne, depuis la bohème montmartroise jusqu'aux frasques des années folles.

  • En 1936, Max Jacob désormais célèbre, se retire pour une seconde fois à Saint-Benoît-sur-Loire, près d'Orléans. Là, le poète vieillissant renoue avec une correspondance véritablement océanique. Parmi ses destinataires, un jeune étudiant en céramique et poète. Au cours d'un échange épistolaire intense (1941-1944) qui dépassera rapidement les seuls conseils esthétiques, Max Jacob évoquera ses rencontres (Apollinaire, Picasso, Cocteau...), son oeuvre poétique, sa conversion au catholicisme et dispensera sans compter son attention bienveillante aux projets spirituels du jeune homme, aujourd'hui retiré près de Toulouse. Leur lumineuse correspondance n'est pas sans rappeler celle de Rilke avec le jeune poète Franz Xaver Kappus. Max Jacob, bientôt en proie aux persécutions contre les juifs sous l'Occupation, terrassé par le malheur qui frappe les siens, ne sera plus que souffrance : ces lettres en sont la parole recueillie. Ce poignant document montre Max Jacob tel que l'Histoire l'a gardé : tendre, généreux, ironique, artiste, spirituel, mystique.

    Max Jacob (1876-1944) est l'une des personnalités marquantes de l'art du XXe siècle. Sa production ne se borne pas à la poésie (Le Cornet à dés, Le Laboratoire central) mais comporte également un oeuvre graphique et musicale ainsi qu'une importante correspondance. Arrêté par la Gestapo, il meurt d'épuisement le 5 mars 1944 au camp d'internement de Drancy.

  • Oeuvres

    Max Jacob

    Précédé de Portrait de Max en accordéon par Guy Goffette

  • «La poésie de Morven, c'est d'abord une poésie incarnée. Monologues, dialogues, chansons qui conservent toutes les inflexions de la voix humaine, le débit, la coupe de phrases, la tournure d'esprit vive et imagée des Bretons de Cornouaille, ces effusions brèves et ces violences brisées, ces sautes de passion et ces interpellations railleuses, tendres ou indignées : quelle intensité de vie et quelle bonhomie! On se croirait à l'aurore du XVIe siècle. Nous sommes en pleine pâte humaine, dans un réseau de cris, de cadences, de rythmes et d'images, qui enserre autant de petits drames d'un raccourci frémissant. Ce mariage du lyrisme et de la bonhomie s'est consommé très rarement dans les lettres françaises. Villon, La Fontaine, Verlaine, Apollinaire, font un bien petit troupeau. Quoique leur pair, Max Jacob, juif et breton, ne pouvait ressembler à aucun d'eux, mais rien ne les rapproche peut-être davantage que ce fond d'humeur très mystérieux dont Max eut pleine conscience : "La gaîté, surtout la triste, est le feu divin."» Julien Lanoë.

  • Max jacob était aussi un admirable metteur en scène de lui-même.
    Tout lui était matière d'art. je retrouve partout dans le moindre de ses écrits son ton de voix, son geste, son clin d'oeil, comme dans les historiettes qu'il racontait avec tant de malice. il démodait tout au fur et à mesure, expliquait tout, renvoyait la bêtise d'un mot, d'un trait, d'une chiquenaude, comme il aurait chassé un grain de tabac égaré sur le jabot qu'il n'avait pas. et il parlait de dieu auquel il croyait si fort avec des larmes.
    Ce qui ne l'empêchait pas, avec les bras levés d'un personnage de daumier, de s'écrier en montrant le ciel : " c'est à n'y pas croire ! ". et d'ajouter un instant plus tard : " ah ! s'il n'y avait pas l'enfer ! ". c'est l'enfer qui lui faisait donner tant de licence à " cette maudite langue " comme on le verra bien d'un bout à l'autre de ce cabinet noir, chef-d'oeuvre de la satire.

  • Max Jacob jongle avec les mots et compose comme un peintre. L'absurde familier, la musique des vers pour chanter et danser, les accents de la prière, son univers est bouleversant de fantaisie et de tendresse. Tout avait l'air en mosaïque : les animaux marchaient les pattes vers le ciel sauf l'âne dont le ventre blanc portait des mots écrits et qui changeaient. La tour était une jumelle de théâtre; il y avait des tapisseries dorées avec des vaches noires; et la petite princesse en robe noire, on ne savait pas si sa robe avait des soleils verts ou si on la voyait par des trous de haillons.

  • Au début de juin 1941, Max Jacob rencontra chez un de ses amis, à Montargis, ville voisine, J. E., 18 ans, étudiant en médecine. Le père de ce jeune homme, au cours d'un dîner auquel il avait convié l'auteur du Cornet à dés lui posait cette question : Qu'est-ce qu'un vers lyrique? Son interlocuteur réserva sa réponse par une boutade, puis se tournant vers J. E. : On ne peut pas parler de poésie devant des parents!... Mais rentré à Saint-Benoît, il achetait un cahier d'écolier chez l'épicière, inscrivait sur la couverture rose : "Cahier appartenant à J. E." et rédigeait sur le papier quadrillé pour l'adresser à son nouvel ami le traité d'esthétique que nous présentons aujourd'hui. Quelques semaines plus tard, l'étudiant, retardé sans doute par la préparation de ses examens, remerciait l'auteur de ce merveilleux présent en lui demandant une définition du sentiment. Max Jacob s'attendait à plus d'enthousiasme. Il répondit poliment et, au cours d'une nouvelle rencontre avec J. E., due comme la première au hasard d'une visite chez un ami commun, ajouta quelques pages au cahier. Là cessèrent leurs relations.

  • Paru en 1919, confession brûlante sous mille artifices, La Défense de Tartufe est au centre de la vie de Max Jacob et de son oeuvre. Harcelé, peu après son baptême, par les amis de Montparnasse qui doutent de sa sincérité, «Tartufe» décide de mettre sous leurs yeux, sans commentaires, les poèmes et les proses correspondant à chaque étape de son étonnante évolution. Ce sera toute sa «défense». Quel dossier ! Voici d'abord la période «burlesque», dont témoignent quelques chansons de cabaret. L'apparition de la rue Ravignan est relatée ? pudiquement ? en quelques poèmes scintillants et obscurs, qui sont comme des boîtes à secrets. Suivent cinq années troubles : Max est à la fois mystique... et pécheur ! Un précieux Journal raconte, presque heure par heure, l'apparition au cinéma, les péripéties peu banales de la préparation au baptême, les impressions du néophyte. Le livre se clôt sur les toutes premières méditations, que tant d'autres devaient suivre.
    Des notes accompagnent chacun de ces textes dont certains brouillons retrouvés permettent de fixer la date et de suivre la genèse.


  • max jacob aurait écrit vingt mille lettres, ce qui ferait de lui l'un des derniers, sinon le dernier, de nos épistoliers du xxe siècle.
    nous en avons trouvé, pour notre part, plus d'un millier. didier gompel-netter. le max jacob qui se donne à lire, au long de ces précieuses pages retrouvées, est joyeux, avide d'écrire, débordant d'un talent en liberté tant il est vrai que dans ce temps-là, les poèmes, on ne les écrivait pas, mais on les vivait. c'était plus joli. ces missives sont la preuve d'un temps de vivre véritable, d'une écoute fraternelle et amoureuse de l'autre, d'un art d'orfèvre des mots comme on n'en retrouve plus.


  • Ce dernier volume de la correspondance rassemblée par Didier Gompel-Netter couvre donc les années d'Occupation.
    Max Jacob vit en illustrant les pages de garde de ses propres livres que des libraires lui envoient. S'il pressent la fin, c'est d'art, encore et toujours d'art, dont il s'obstine à parler. A Jean Follain 12 février 1942 Mon cher Jean, J'ai d'abord reçu la visité de la gestapo et comme un monsieur [...] me demandait ce que j'écris, je lui ai tendu une brochure de Poèmes 38 ; "C'est tout ce que j'ai de moi ici.
    Voulez-vous l'emporter ? Attendez ! Je vais vous mettre une petite dédicace : rappelez-moi donc votre nom?... Ah, très bien... mais que vais-je écrire... amitié ? Ce serait indiscret !... Hommage, c'est bien ridicule... Eh bien... souvenir ?" Il est parti en emportant les adresses des lettres qui attendaient le courrier sur ma table.


  • le dernier de nos épistoliers du xxe siècle, selon le mot de didier gompel-netter, s'exprime au long de ces pages avec une grande liberté et, ainsi, qu'on le découvrira, une actualité sanas cesse renouvelée.
    a renée dulsou 10 février 1934. cher rené, nous vivons dans une atmosphère d'angoisse qui rappelle celle de la guerre. les gens se regardent dans la rue avec inquiétude [. ] noe pouvant pas s'excuser, le gouvernement se met en colère. après quoi il bafouille [. ]. on a parlé avec indignation à la chambre de tenir compte des agitations de la rue. comme si les agitations de la rue, ce n'était pas l'opinion publique ; et je vois dans un journal il faudra dorénavant gouverner en tenant compte de l'opinion publique ! c'est à se demander si on rêve ou qui est fou à lier.
    ainsi la démocratie, ce n'est pas l'opinion publique ! alors qu'est-ce que c'est. c'est une oligarchie de malins qui profitent de leurs pouvoirs pour tondre la toison d'or.

  • Correspondance de Max Jacob à Louis Guillaume. Louis Guillaume vient d'avoir 30 ans quand commence cet échange de correspondance bientôt suivi d'estime littéraire et d'amitiés réciproques. « Max Jacob et Louis Guillaume étaient trop différents pour que cette amicale liaison n'ait pas ses ombres et ses lumières. Ce qui les unissait : la Bretagne d'abord. Puis, avant tout la poésie. C'est un nouvel « Art poétique « qui transparaît dans ces bavardages épistolaires et surtout un « Art d'écrire inégalable, sans pédantisme, tout de sincérité et d'expérience. Max Jacob déploie là tout son savoir et tout son coeur.

    Max Jacob (1876-1944). Il est l'auteur de nombreux recueils, la plupart aux Editions Gallimard comme Le Cornet à dés ou Le Laboratoire central. Il est considéré comme l'un des plus grands poètes du XXe siècle. Il fut l'ami d'Apollinaire et Picasso et fit partie de la bohème montmartroise. Il vivra durant six ans une retraite à St Benoit sur Loire. Arrêté par la Gestapo, il meurt en déportation au camp de Drancy.

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