La Difference

  • Le 6 mai 2008, le calme revenu, Peter Handke s'envole vers l'enclave serbe de Velika Hoca, dans le sud du Kosovo. Irrité par les comptes rendus disjonctés de la réalité qui ont paru dans la presse allemande, notamment, il a hâte de voir de ses yeux ce qu'il advient de ces hommes et de ces femmes qui vivent désormais sous la juridiction albanaise : quelle est la situation économique de ces gens dans l'enclave ?
    Comment le nouvel État étranger se manifeste au quotidien ? Qu'est-ce qui a changé pour eux ? Il décèle des changements inquiétants : refus du bilinguisme, déni de l'existence de l'enclave sur les cartes, destruction de bâtiments du patrimoine culturel orthodoxe, difficultés d'approvisionnement, manque d'eau pour irriguer, situation économique précaire, taxes exorbitantes, non respect des droits de propriété... La liste est précise, longue, confondante... Mais Handke décèle aussi un désir de paix dans les deux secteurs, albanais et serbe, de la ville de Mitrovica, la beauté des vignobles et des champs de blé sous le soleil de mai, le chant des coucous omniprésents, la situation géographique privilégiée de l'enclave...
    Le lecteur comprendra la nécessité de protester et de rendre public un état de fait passé sous silence.

  • Au moment où les généraux de l'OTAN et de l'armée serbe s'entendaient à Kumanovo sur une possibilité de paix, le rideau tombait au Burgtheater de Vienne (mercredi 9 juin 1999) sur la première de cette pièce de Peter Handke qui parle de l'impossibilité d'écrire sur la guerre.
    De quoi y est-il question ? Dans le hall d'un hôtel d'une petite ville des Balkans, deux metteurs en scène préparent un film, " dix ans après la dernière guerre ". Le scénariste a disparu, restent " quelques lignes directrices tracées par le Comité mondial pour l'éthique ". Défilent alors les personnages susceptibles de jouer dans le film qui ne verra jamais le jour. Des gens du village ou des environs, dont l'égaré, le " coureur des bois " qui ne peut plus entendre les mots " mon voisin ", " coexistence pacifique " ou " droits de l'homme " sans avoir envie de trancher une gorge.
    A travers lui, Peter Handke proclame sa détestation des " hyènes humanitaires ", des experts internationaux, des historiens et, bien sûr, des journalistes. Tous ont créé la réalité de la guerre dans les Balkans selon leurs représentations, ou plutôt selon les directives de la centrale monopolistique de production de la vérité. Le peuple a disparu et le pays aussi, dont le nom -Yougoslavie -n'est plus que chuchoté, au profit d'une " situation " que les experts internationaux maîtrisent.

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