Langue française

  • Le péché

    Zakhar Prilepine

    • Syrtes
    • 30 Août 2018

    Le Pêché de Zakhar Prilepine est une gourmandise littéraire. Visiblement, il s'est fait une joie de rassembler dans ce recueil les textes dans lesquels il pouvait s'arrêter davantage sur le héros de sa prose : un jeune trentenaire, plein de force et de volonté de vivre en proie avec la réalité russe. Défini par son auteur comme « un roman en nouvelles », Le Péché tourne autour d'un même axe : le personnage de Zakhar.
    Les huit nouvelles et l'ensemble de vingt-trois poèmes qui le constituent sont autant de fragments de la vie du héros : ils se succèdent, non dans un ordre chronologique, mais dans celui qu'impose la mémoire, lorsqu'elle se plait à donner de la force et de la brillance à de menus faits de notre vie, en apparence insignifiants, et épars dans le temps.
    Ces fragments, qui sont autant de facettes de la personnalité de Prilepine, s'articulent au- tour d'une idée forte, obsédante : dans la deuxième et magnifique nouvelle, qui donne son titre au roman, le héros, un adolescent de dix-sept ans, répète, avant de s'endormir, comme d'autres comptent les moutons : « Et...il... est... mort... Il... est... mort. » Dans la dernière ligne de la dernière nouvelle, l'homme déjà mûr, combattant en Tchétchénie, voit son propre corps déchiqueté à l'instant même où il croyait s'en être tiré.
    Tour à tour adolescent en vacances à la campagne, chez ses grands-parents, où il éprouve ses premiers émois sexuels pour sa jeune cousine, maman d'un petit garçon de trois ans, puis videur dans une boîte de nuit, joyeux fossoyeur dans un cimetière, qui se soûle gaiement avec ses compagnons après les enterrements, toujours il promène un regard tendre, étonné, émerveillé et plein d'humour sur le monde. Et sur cette Russie tant aimée, bien que tout y soit glacé et que les saisons y aient toujours un goût de neige. Cette Russie souvent dure, brutale, intolérable, qui le fait souffrir mais pour laquelle il ne cesse de se battre.

  • Pathologies

    Zakhar Prilepine

    • Syrtes
    • 23 Août 2018

    Publié d'abord dans des revues littéraires en 2003 et 2004, Pathologies a été connu du grand public grâce à sa publication sur Internet et salué à l'unanimité par plusieurs vétérans de la guerre, ainsi que par la critique littéraire, avant même sa parution sous forme de livre. Le personnage principal, Egor Tachevski, réserviste pendant le conflit tchétchène, évoque trois périodes de sa vie : sa participation à la guerre, son amour pour Dacha dans le monde « civil » et son enfance. Ces deux dernières lui servent de bouclier contre les horreurs de la guerre au sujet de laquelle il ne se fait pas d'illusions : c'est une injustice, une boucherie où s'il ne tue pas le premier il sera tué à son tour.
    L'auteur décrit la relation sulfureuse d'Egor et de Dacha et la vie des soldats russes dans leur QG, une école près de Groznyï. Séquence par séquence, les deux parties du roman se déroulent parallèlement. Les soldats russes s'installent tranquillement dans l'école, prennent leurs marques, découvrent la ville. Quelques missions sont effectuées sans trop de difficultés.
    Mais le premier coup tiré engendre une riposte, le premier camarade tué est vengé par l'exé- cution des Tchétchènes. C'est un engrenage. Pendant que la violence va crescendo, la jalousie est omniprésente dans la relation d'Egor et de Dacha.
    Elle lui révèle l'existence d'un journal dans lequel elle décrivait ses relations avec ses amants précédents. Entre deux dérives, les flash-back de l'enfance servent de refuge et d'accalmie au lecteur. Mais ils ne pourront pas atténuer le point culminant de deux « pathologies ». Deux scènes achèvent le roman : Egor est au centre d'un massacre qui suit la prise de son QG par les combattants tchétchènes ; sa relation avec Dacha se termine par une crise de jalousie aiguë durant laquelle il saccage leur appartement à la recherche du fameux journal. La délivrance est terrible, le point de la fin est une dernière balle tirée et un dernier baiser. Dans ce roman chacun pourra tirer ses propres conclusions, trouver des drapeaux à défendre et clamer des réquisitoires. L'auteur est loin de prendre position : il narre la guerre. Et sa justesse de ton, sa langue concise et ses images fortes donnent une belle oeuvre littéraire.

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