Littérature générale

  • Si Ceux du Donbass, paru en 2018 était une chronique des événements, un exercice littéraire proche de celui d'un mémorialiste où, de l'aveu même de l'auteur, son Donbass à lui restait hors-champ, Certains n'iront pas en enfer est un roman d'autofiction. Écrit et publié après le retour de Zakhar Prilepine du Donbass (en juillet 2018), il est marqué par un certain recul pris par rapport aux événements. Cela imprègne le récit d'une indéniable mélancolie et permet de magnifier la réalité pour donner une stature quasi-mythique à certains des personnages évoqués.
    Certains n'iront pas en enfer est donc inspiré d'une expérience personnelle, issue de l'engagement de Prilepine dans le conflit du Donbass. Prilepine offre ici un texte éclectique, impressionniste et littéraire qui nous permet de mieux comprendre les raisons de son départ pour le Donbass, son état d'esprit et ses occupations concrètes pendant les années de guerre. Il retrouve ici sa plume imagée et concise et une force d'évocation captivante. Comme chez son mentor Edouard Limonov, la prose romanesque est aussi le prétexte pour créer un double fantasmé et omniprésent.

  • Onze nouvelles qui passent sans crier gare du comique au tragique dans lesquelles Zakhar Prilepine, à sa façon - brutale et somptueuse -, parle des femmes, des "potes", de l'amour, de l'amitié, de la trahison, de la guerre, de comment on devient un homme, de la campagne russe qui se meurt... Il y a un ton Prilepine, à coup sûr celui d'un grand écrivain.

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  • Le péché

    Zakhar Prilepine

    • Syrtes
    • 30 Août 2018

    Le Pêché de Zakhar Prilepine est une gourmandise littéraire. Visiblement, il s'est fait une joie de rassembler dans ce recueil les textes dans lesquels il pouvait s'arrêter davantage sur le héros de sa prose : un jeune trentenaire, plein de force et de volonté de vivre en proie avec la réalité russe. Défini par son auteur comme « un roman en nouvelles », Le Péché tourne autour d'un même axe : le personnage de Zakhar.
    Les huit nouvelles et l'ensemble de vingt-trois poèmes qui le constituent sont autant de fragments de la vie du héros : ils se succèdent, non dans un ordre chronologique, mais dans celui qu'impose la mémoire, lorsqu'elle se plait à donner de la force et de la brillance à de menus faits de notre vie, en apparence insignifiants, et épars dans le temps.
    Ces fragments, qui sont autant de facettes de la personnalité de Prilepine, s'articulent au- tour d'une idée forte, obsédante : dans la deuxième et magnifique nouvelle, qui donne son titre au roman, le héros, un adolescent de dix-sept ans, répète, avant de s'endormir, comme d'autres comptent les moutons : « Et...il... est... mort... Il... est... mort. » Dans la dernière ligne de la dernière nouvelle, l'homme déjà mûr, combattant en Tchétchénie, voit son propre corps déchiqueté à l'instant même où il croyait s'en être tiré.
    Tour à tour adolescent en vacances à la campagne, chez ses grands-parents, où il éprouve ses premiers émois sexuels pour sa jeune cousine, maman d'un petit garçon de trois ans, puis videur dans une boîte de nuit, joyeux fossoyeur dans un cimetière, qui se soûle gaiement avec ses compagnons après les enterrements, toujours il promène un regard tendre, étonné, émerveillé et plein d'humour sur le monde. Et sur cette Russie tant aimée, bien que tout y soit glacé et que les saisons y aient toujours un goût de neige. Cette Russie souvent dure, brutale, intolérable, qui le fait souffrir mais pour laquelle il ne cesse de se battre.

  • Pathologies

    Zakhar Prilepine

    • Syrtes
    • 23 Août 2018

    Publié d'abord dans des revues littéraires en 2003 et 2004, Pathologies a été connu du grand public grâce à sa publication sur Internet et salué à l'unanimité par plusieurs vétérans de la guerre, ainsi que par la critique littéraire, avant même sa parution sous forme de livre. Le personnage principal, Egor Tachevski, réserviste pendant le conflit tchétchène, évoque trois périodes de sa vie : sa participation à la guerre, son amour pour Dacha dans le monde « civil » et son enfance. Ces deux dernières lui servent de bouclier contre les horreurs de la guerre au sujet de laquelle il ne se fait pas d'illusions : c'est une injustice, une boucherie où s'il ne tue pas le premier il sera tué à son tour.
    L'auteur décrit la relation sulfureuse d'Egor et de Dacha et la vie des soldats russes dans leur QG, une école près de Groznyï. Séquence par séquence, les deux parties du roman se déroulent parallèlement. Les soldats russes s'installent tranquillement dans l'école, prennent leurs marques, découvrent la ville. Quelques missions sont effectuées sans trop de difficultés.
    Mais le premier coup tiré engendre une riposte, le premier camarade tué est vengé par l'exé- cution des Tchétchènes. C'est un engrenage. Pendant que la violence va crescendo, la jalousie est omniprésente dans la relation d'Egor et de Dacha.
    Elle lui révèle l'existence d'un journal dans lequel elle décrivait ses relations avec ses amants précédents. Entre deux dérives, les flash-back de l'enfance servent de refuge et d'accalmie au lecteur. Mais ils ne pourront pas atténuer le point culminant de deux « pathologies ». Deux scènes achèvent le roman : Egor est au centre d'un massacre qui suit la prise de son QG par les combattants tchétchènes ; sa relation avec Dacha se termine par une crise de jalousie aiguë durant laquelle il saccage leur appartement à la recherche du fameux journal. La délivrance est terrible, le point de la fin est une dernière balle tirée et un dernier baiser. Dans ce roman chacun pourra tirer ses propres conclusions, trouver des drapeaux à défendre et clamer des réquisitoires. L'auteur est loin de prendre position : il narre la guerre. Et sa justesse de ton, sa langue concise et ses images fortes donnent une belle oeuvre littéraire.

  • L'ouvrage de Zakhar Prilepine comporte huit essais biographiques consacrés à des poètes et des écrivains russes des XVIII e et XIX e siècles dont les écrits reflètent leurs expériences militaires.
    L'auteur s'appuie sur une démarche originale et pertinente : dévoiler le lien entre la poésie de guerre (souvent abondante) de quelques écrivains classiques russes et leurs réelles expériences militaires (aujourd'hui oubliées ou méconnues). Il est vrai qu'il n'existe pas, à ce jour, d'étude qui serait consacrée à cette dimension particulière de la littérature russe. Nourri par de nombreuses sources historiques, le livre de Prilepine permet de se faire une idée assez précise de l'engagement de ces auteurs dans les différents corps de l'armée et, de ce fait, d'apprécier autrement la teneur autobiographique de leur oeuvre. Prilepine se penche également, le cas échéant, sur les écrits politiques de ses personnages - parfois diamétralement opposées - afin d'esquisser un portrait collectif des cercles intellectuels de l'époque.
    Pour appuyer ses analyses, Prilepine fait appel à des sources de première main : mémoires et carnets des écrivains dont il est question, ainsi que des souvenirs de leurs contemporains et cama- rades d'armes. Ces interventions à la première personne permettent de rendre la narration, par ailleurs assez dense et riche en détails historiques, plus vivante et fluide. Comme à son habitude, Prilepine adopte un style familier et nonchalant (bien que parfaitement maîtrisé), en se permet- tant de fréquents clins d'oeil aux lecteurs et une grande proximité avec ses personnages.
    Un autre mérite du livre consiste à faire connaître des écrits poétiques de grande qualité au- jourd'hui tombés dans l'oubli, qui sont ici longuement cités et commentés. On apprécie particu- lièrement la finesse et la pertinence des analyses littéraires de Prilepine, qui n'hésite pas à dresser des parallèles entre les auteurs étudiés et d'autres époques de la littérature russe, en proposant ainsi une vision plus complète de son sujet.
    Auteurs évoqués : Gavrila Derjavine (1743-1816), Alexandre Chichkov (1754-1841), Denis Davydov (1784-1839), Konstantin Batiouchkov (1787-1855), Piotr Viazemski (1792- 1878), Alexandre Bestoujev-Marlinski (1797-1837), Alexandre Pouchkine (1799-1837), Piotr Tchaadaïev (1794-1856).

  • Plus de dix ans après avoir fait une entrée fracassante sur la scène littéraire russe avec Pathologies (Syrtes, 2007), roman sur la guerre de Tchétchénie à laquelle il avait pris part en tant que chef d'une unité de combat, Zakhar Prilepine, écrivain engagé politiquement et très populaire en Russie, renoue avec la thématique guerrière. Il se penche cette fois sur un autre conflit et lève le voile de la désinformation sur la guerre qui se déroule dans l'est de l'Ukraine. Ce sujet brûlant d'actualité, l'auteur l'approche en revêtant tour à tour de multiples casquettes : celle de correspon- dant de guerre, de convoyeur d'aide humanitaire dans le Donbass, de conseiller politique du chef de la République populaire de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, de commandant de bataillon de l'armée de la RPD. Sa chronique, il la veut prise sur le vif, laissant parler les acteurs du conflit et les témoins involontaires, les combattants et les journalistes, les jeunes hommes et jeunes femmes qui ont tout lâché pour aller se frotter au plus près à l'histoire en train de s'écrire dans le Donbass. Sa chronique fait résonner la parole non censurée de ceux dont la vie s'est trouvée fata- lement déraillée par l'Euromaïdan de l'hiver 2013-2014, ceux qui se sont découvert une vocation après la perte d'un être cher, ceux qui ont pris conscience de leurs propres engagements lorsqu'ils ont senti leur mode de vie et leurs valeurs menacées. La parole de l'auteur, elle, demeure alors en voix-off, loin pour autant de se désengager. Chronique d'une guerre en cours est un livre d'opinion, violent, une prise de position dense et sans équivoque. Au fil des interviews et des témoignages, Zakhar Prilepine donne aussi à voir et à entendre ses propres positions sur la guerre civile qui se poursuit à ce jour dans le Donbass, les origines du conflit, la crise de l'identité ukrainienne, le tout dans le style maîtrisé que le lecteur français lui connaît.

  • Salué comme un des meilleurs livres de Prilepine, c'est la quintessence de son oeuvre que ce recueil nous offre, revisitant à travers huit nouvelles ses thèmes de prédilection : la violence sociale et politique, la figure du père, le rapport aux femmes.

  • L'archipel des Solovki

    Zakhar Prilepine

    Prilepine ose et assume le romanesque pour raconter les Camps des Solovki à destination spéciale - genèse du Goulag - à travers l'histoire d'amour d'un détenu et de sa "gardienne". Un vrai roman russe dans la lignée du «Docteur Jivago »de Pasternak ou de la «Saga moscovite» d'Axionov, un grand livre, dans une langue dense, tenue, charnelle de l'écrivain le plus populaire actuellement dans son pays.  

  • Après "Je viens de Russie", "De gauche, jeune et méchant", Zakhar Prilepine cristallise la polémique sur une actualité dramatique qui dépasse les frontières du monde russe : l'Ukraine.
    Il y est allé souvent avant Maïdan et y est retourné après, comme correspondant de guerre et humanitaire. Il a levé les fonds et a consacré son prix du Grand Livre qui l'a auréolé en 2014 à l'organisation de convois pour le Donbass. Il les a lui-même accompagnés et a renouvelé l'opération en septembre 2015. Reporter sur le front, il sait mieux que personne mener le dialogue avec les combattants séparatistes que Kiev s'obstine à traiter de « terroristes ».
    La guerre, il l'a connaît depuis la Tchétchénie. Et il en parle sans pathos, avec une compassion toute retenue. L'émotion naît de la force de son écriture, pas d'une sentimentalité hypocrite.
    Non, la guerre en Ukraine ne l'a pas surpris : elle couvait depuis 1990 et les causes du conflit remontent à bien plus longtemps (les plus récentes renvoient à l'après-guerre de 14-18 et aux récidives pronazies des années 40). Son recul historique sur les événements qui ont éclaté en février 2014 se traduit par une analyse fine et sans concession du passé récent. « Le temps des troubles » que traverse l'Ukraine contemporaine, à l'instar de la Russie du début du XVIIe siècle, s'est tramé dans l'histoire. Et il explique comment. Avec une ironie mordante, il dissèque les responsabilités des acteurs politiques, russes et ukrainiens depuis l'effondrement de l'URSS. Il ne ménage pas la partie russe tout en assumant son soutien à la fermeté du Kremlin. Sa plume insolente ne rate pas les intellos du camp libéral qui, de Moscou ou de l'étranger, dissertent sans fin sur les options du Donbass, loin du front et loin de la misère.
    Ouvrage traduit du russe par Monique Slodzian.

  • Le singe noir

    Zakhar Prilepine

    Le Singe noir - le singe noir désignant un jouet d'enfant -, est à la fois un drame psychologique et un thriller politique raconté à la première personne.
    Un jeune journaliste est envoyé par sa rédaction en reportage dans un laboratoire ultrasecret où l'on étudie le phénomène des enfants meurtriers. Ce journaliste, écrivain par ailleurs, est à un moment de sa vie où tout bascule. Le milieu professionnel dans lequel il évolue est particulièrement glauque ; il est marié, père d'une fille et d'un garçon, mais sa vie conjugale est un naufrage ; ses jumeaux, aussi innocents, attendrissants, émouvants et drôles soient-ils, accaparent toute son attention et l'empêchent d'entretenir comme il l'entend une relation stable avec sa maîtresse, sensuelle et farouche ; pour finir il tourne autour d'une prostituée qui ressemble étonnamment à son épouse et qu'il rencontre près de la place des Trois-Gares, quartier de Moscou on ne peut plus mal famé.
    Cette enquête sur les enfants assassins lui fournissant un matériau de première main pour son prochain livre, autant que la possibilité de fuir le domicile conjugal, il s'y lance à corps perdu et accumule le plus de documentation possible. Grâce à Internet, il découvre qu'un jour, les habitants de toute une maison ont été massacrés par des préados. Il entre alors en relation avec un certain Charov, proche du pouvoir, ainsi que des médecins et des policiers, tous en charge de ce troublant phénomène.
    On lui raconte, bien entendu, l'histoire de ces bandes d'enfants qui, au Moyen Age, se ruaient par vagues sur les villes où ils massacraient tout ce qui bougeait, et puis bien sûr, on lui parle de ces enfants-soldats d'Afrique, ces machines à tuer de sept, huit, neuf ans, armés de kalachnikov et capables des pires horreurs. A quoi viennent s'ajoutent ses propres souvenirs d'enfance et de service militaire.
    Au cours de cette enquête, les événements vont s'accélérer dans sa vie privée : sa femme quitte le domicile conjugal avec sa progéniture, ses relations avec sa maîtresse se dégradent, la prostituée est assassinée, laissant un fils en bas âge que le journaliste veut adopter.
    Cette accumulation de faits troublants, de rebondissements feuilletonesques, finissent par distiller le doute. Comme dans le célèbre apologue chinois des Fleurs bleues de Raymond Queneau (Tchouang-tseu rêve qu'il est papillon, mais n'est-ce point le papillon qui rêve qu'il est Tchouang-tseu ?), on finit par se demander si toute cette histoire, n'est pas le fruit de l'imagination malade du narrateur.
    Reste un trouble profond : et si même les enfants que l'on croyait innocents sont habités par le Mal, alors où va le monde ?

  • Zakhar Prilépine, que beaucoup considèrent en Russie comme le Maxime Gorki de notre temps, est, à 38 ans, l'auteur d'une dizaine de romans traduits dans plusieurs langues. San'kia, le plus célèbre d'entre eux, a fait de lui un gourou de la jeunesse. Ni ses idées politiques radicales ni son engagement dans le mouvement national-bolchevique de Limonov ne détournent de lui des millions de lecteurs. C'est qu'il empoigne la terrible réalité russe des « années zéro », de 2000 à aujourd'hui, sans pathos ni faux-semblants, avec une lucidité implacable servie par un immense talent. Il était temps d'offrir aux lecteurs français son Je viens de Russie, recueil de miniatures écrites à la volée, sur les genoux de l'actualité. Autant que le sous-texte de ses romans, elles forment un condensé merveilleusement spontané de ses émotions, de ses colères et de ses intuitions. Ainsi, ose-t-il avouer avec humour ses pulsions régicides dans « Comment je n'ai pas tué Eltsine ».
    Il y est donc question de politique, de littérature, d'histoire, d'amour, d'impressions de voyage, de tout ce qui le fait vivre et écrire à cent à l'heure. Il dit mieux que personne l'effroi que ressent la grande majorité des Russes devant « le magma incandescent qui cherche la sortie », autrement dit la menace d'effondrement général qu'il nomme Terra Tartarara. Mais, en contrepoint de cette version possible d'Apocalypse now, il dit tout son bonheur de « venir de Russie », ses sensations d'enfance provinciale qu'il garde aussi fraîches que la délicieuse brûlure de la neige dans les bottes. L'unité du livre tient à cet alliage subtil de pressentiments funestes et de jubilation infinie d'appartenir à cette terre.

  • San'kia

    Zakhar Prilepine

    San 'kia, deuxième roman de Zakhar Prilepine après Pathologies, qui racontait la guerre en Tchétchénie, témoigne du parcours d'une certaine jeunesse russe.
    Un roman qui se veut le pendant d'aujourd'hui de La Mère de Gorki. Sacha, militant d'un groupuscule d'extrême gauche, hantise de tous les services de sécurité, vient se réfugier un temps à la campagne auprès de ses grands-parents, après une manifestation qui a mal tourné. Il a cessé de travailler, vit d'expédients chez sa mère, qui se tue à la tâche à l'usine pour un salaire de misère et ne comprend pas les aspirations révolutionnaires de son fils.
    En plus de ses amis, avec qui il picole énormément, comme son père, mort d'alcoolisme, il y a Yana, une jeune fille responsable de la même organisation, dont il s'est épris. Arrêté quelques jours plus tard, torturé, humilié, laissé pour mort par la police, Sacha ne peut que se radicaliser davantage. Anna Politkovskaïa, la journaliste assassinée, avait de la sympathie pour ces jeunes, les seuls à oser affronter, à leurs risques et périls, le pouvoir en place.
    Des jeunes à qui on ne laisse que la liberté de se fracasser la tête contre les murs et de passer à l'action directe. "Zakhar Prilepine est à la mode, expliquait un critique russe. Crâne rasé et chemise noire déboutonnée, il pourrait jouer au cinéma un killer ou un anti-killer. Il plaît à tous : aux uns pour son réalisme, aux autres pour un antilibéralisme militant ; aux radicaux de gauche pour son héros révolté, qui hait la société de consommation avec sa liberté d'entreprendre et son délitement social ; aux adversaires libéraux de toutes les révolutions parce que ce héros-là est condamné, et que ces gamins enragés qui cassent les vitrines et brûlent les voitures ne pourront jamais accomplir aucune révolution." A quoi l'auteur de San'kia répondait d'avance : "La Russie se nourrit des âmes de ses fils, c'est cela qui la fait vivre.
    Ce ne sont pas les saints, ce sont les maudits qui la font vivre." Pas étonnant qu'en quelques années Zakhar Prilepine soit devenu, dans son pays, l'un des écrivains les plus populaires et son roman San 'kia un best-seller sur internet.

  • Avec Je viens de Russie, chroniques coup de poing publiées par La Différence en 2014, les Français ont pu découvrir les passions, les colères et les combats de Zakhar Prilepine, formidable écrivain qui, à moins de 40 ans, vient de recevoir la plus haute distinction de la littérature russe. Devenu un romancier de renommée mondiale, Prilepine tient à partager « le pain chaud » de ses soucis quotidiens avec ses lecteurs. De sa plume anti-glamour, chaleureuse et facétieuse à la fois, il continue à tenir ce journal exceptionnel qui nous fait entrer au coeur de la vie russe actuelle.Le dernier opus de ces chroniques, De gauche, jeune et méchant, dit bien que le ton monte dans la société russe et le monde. La guerre en Ukraine se profile et les pressentiments de Prilepine se confirment : l'oligarchie russe se range du côté du pouvoir de Kiev, orchestré par les oligarques ukrainiens. S'il ne cède pas un pouce de terrain dans son corps-à-corps avec les libéraux (ceux qui depuis les années 90 mettent le pays en pièces), il règle ses comptes en écrivain, avec un humour qui tue et nous ravit. Sans détour et sans la moindre arrogance, il nous confie ses craintes et ses antipathies. Aucune contradiction pour lui entre les sujets brûlants de l'actualité et la banalité du quotidien. Lisez ces courts récits chaleureux et électriques, écrits durant ces trois dernières années, et vous en apprendrez beaucoup sur le monde russe actuel, loin des stéréotypes.

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